Le Conseil national du numérique (CNNum) est entré en crise ouverte avec le gouvernement, qui contestait sa composition, notamment la présence de la présence de l'essayiste Rokhaya Diallo et du rappeur Axiom. L’ensemble de ses membres a présenté sa démission ce mardi.

Marie Ekeland, présidente fraichement nommée à la tête du Conseil national du Numérique, a démissionné huit jours après son arrivée
Marie Ekeland, présidente fraichement nommée à la tête du Conseil national du Numérique, a démissionné huit jours après son arrivée © AFP / KENA BETANCUR

Une semaine à peine après son arrivée à la tête du Conseil National du numérique, Marie Ekeland a finalement rendu son tablier : 

Cette démission, suivie de celles annoncées, mardi, de plusieurs autres membres de ce conseil est la conséquence de plusieurs jours de polémique suscitée par la présence, parmi ses membres, de l'essayiste Rokhaya Diallo et du rappeur Axiom. 

Dans une partie de la classe politique et sur les réseaux sociaux, la présence de Rokhaya Diallo, connue pour ses dénonciations d'un "racisme d'Etat" et la défense du principe de réunions militantes en "non mixité" raciale afin de libérer la parole de personnes dites "racisées", est mal passée.

Le gouvernement a voulu retirer ces derniers de l’instance en question, décision à laquelle s’est fermement opposé Marie Ekeland, qui estime ainsi que la promesse d’indépendance faite au départ au Conseil National Numérique n’a pas été tenue : 

Le projet que j'ai porté, d'ouverture, d'indépendance de pensée et de diversité, a été mis à l'épreuve dès le démarrage. Je ne vois pas aujourd'hui comment continuer 

Dans la foulée, les autres membres du CNNum ont annoncé avoir quitté l'instance, "considérant que le travail du Conseil ne peut plus se faire selon des modalités efficaces", selon un communiqué commun. 

Interrogée le soir même sur CNews, Rokhaya Diallo a réagi : "Je regrette qu'on ne soit plus capable de s'entendre et de dialoguer".

Qu'est ce que le CNNum?

Cette institution émerge en 2011, sous la présidence de Nicolas Sarkozy et avec l'aide de Pierre Kosciusko-Morizet, et est  chargée d'un rôle consultatif sur l'application des outils numériques dans la société, ainsi que la définition de ses missions auprès de la population. A sa tête jusqu'au début 2017, Mounir Majouhbi en a fait un outil d'orientation pour le gouvernement sur tous les dossiers numériques.

Après des mois au ralenti dans la foulée du départ de son ex-président, Mounir Mahjoubi, parti rejoindre la campagne d'Emmanuel Macron, le CNNum devait être relancé sur de nouvelles bases.

Relance ratée

Après plusieurs mois sans personne à sa tête, le Conseil, dans sa nouvelle version présentée le 11 décembre dernier, comportait ainsi 30 membres bénévoles, dont 10 issus de la sphère académique, 10 issus de la sphère économique et 10 issus de la société civile. Tous nommés "pour leur vision, ouverture et expérience" et " travailler collectivement sur les différents sujets du CNNum". "L’indépendance de pensée étant notre première condition", expliquait alors sa nouvelle présidente.

Nouveaux locaux, nouveau statut et autonomie accrue: le CNNum s'était vu confier une mission de conseil auprès du gouvernement "pour les questions relevant de son champ de compétences". Objectif : Réfléchir à l'impact du numérique sur le monde de demain.

le 11 décembre, lors d'une conférence de presse commune avec le désormais secrétaire d'État au Numérique Mounir Mahjoubi, la nouvelle présidente expliquait vouloir "poser la question de savoir quel monde nous voulons construire. Le fait de réussir une transformation numérique n'a pas de sens en soi". Elle justifiait ainsi l'ouverture à des personnalités extérieures au monde numérique. 

Symbole de cette ouverture, Marie Ekeland avait alors cité le nom de Rokhaya Diallo, sans susciter de réaction de la part du secrétaire d'Etat. 

Ce mardi, Mounir Mahjoubi, après l'annonce de la démission groupée des membres du Conseil National du Numérique, a finalement promis une nouvelle mouture du conseil début 2018 avec "une plus grande représentativité des quartiers, de la ruralité", considérant que ce conseil "tel qu'il était organisé, allait être inaudible"'.

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