Près de la moitié des conseillers régionaux acquis au Front national, ont décampé depuis 2015, certains à la suite de Florian Philippot, d'autres déçus par Marine Le Pen.

Déçus, proches de Florian Philippot ou éprouvant plus de sympathie pour Marion Maréchal-Le Pen que pour sa tante Marine Le Pen, les élus frontistes et les adhérents se détournent du FN.
Déçus, proches de Florian Philippot ou éprouvant plus de sympathie pour Marion Maréchal-Le Pen que pour sa tante Marine Le Pen, les élus frontistes et les adhérents se détournent du FN. © AFP / ERIC FEFERBERG

En 2015, au lendemain des régionales, le Front National pavoisait dans la région Grand Est grâce à l’élection de 46 conseillers régionaux, du jamais vu pour le parti d’extrême droite. Deux ans et demi plus tard, ils ne sont plus que 29.

La première vague de départs s’est déroulée à l’automne, quand Florian Philippot a quitté le FN pour créer son mouvement, "Les Patriotes".

Parachuté dans l’Est par Marine Le Pen, l’ancien conseiller de la patronne du FN y avait placé ses ouailles, sans hésiter à écarter des historiques du parti. Quand il a claqué la porte, il a été logiquement suivi par ceux qui lui sont restés fidèles. 

Résultat : onze départs du groupe FN et la naissance d’un groupe "Patriotes" au Conseil régional. 

Un nouveau groupe CNIP-Divers droite créé jeudi

La deuxième vague de départs a eu lieu ces derniers jours. Cette fois, il ne s’agit pas de proches de Florian Philippot, mais au contraire, de six élus frontistes qui n’avaient pas digéré son parachutage, mais se disent aujourd’hui plus déçus encore par le Front national en général, et par Marine Le Pen en particulier. 

Jeudi, à l’occasion de l’ouverture de la prochaine séance plénière du Conseil régional du Grand Est, ces six frondeurs constitueront leur propre groupe baptisé "CNIP-Divers droite". Il sera présidé Jordan Grosse-Curciani, secrétaire départemental du FN dans les Vosges, qui a démissionné au lendemain du Congrès du FN, organisé les 10 et 11 mars à Lille.  

"Nous espérions que le départ de Philippot permette un éclaircissement de la ligne, ça n’a pas été le cas", explique le jeune vosgien, en déplorant que le Congrès du FN et la refondation promise se soient "limités à la forme et pas au fond, avec un changement de nom"

La flamme en moi s'est éteinte

Dans les lettres de démission envoyées par certains de ces élus au siège du FN à Nanterre, et que France Inter a pu consulter, on retrouve cette forte déception et le manque de clarté sur la ligne. "Je préférerais oublier - mais c'est bien difficile - le fameux débat de la présidentielle car c'est ce soir-là, si j'ose dire, que la flamme en moi s'est éteinte", écrit ainsi Thierry Gourlot, adhérent depuis 1978, ancien secrétaire départemental du FN de la Moselle, écarté à la veille des régionales pour laisser sa place à un proche de Florian Philippot. 

"Le slogan 'ni droite – ni gauche' n'a jamais été le mien. Je suis un homme de droite assumé, de droite libérale et conservatrice, ce qui ne m'empêche pas d'avoir la fibre sociale et d'être attaché à la solidarité", écrit encore cette figure locale, qui a attendu le Congrès pour prendre sa décision. Il emmène avec lui d’autres poids lourds du FN en Moselle : Daniel Balard et Sébastien Brodeck, responsable de la communication FN pour le Grand Est, et surtout deux autres conseillers régionaux : Laurence Burg et Hervé Hoff. 

Point commun entre ces conseillers régionaux démissionnaires qui se retrouveront dans un groupe dissident au Conseil régional avec les élus Fabienne Cudel (Haute Marne) et Corinne Kaufmann (Meuse), ils croient tous à une union des droites qui dépasserait largement le FN.  

Sympathie non feinte pour Marion Maréchal-Le Pen

"Les ré-adhésions chutent de 80 % en Moselle", déplore Hervé Hoff, qui ne cache pas sa sympathie pour Marion Maréchal Le Pen, qu’il aurait voulu voir reprendre le flambeau FN. 

Mais en attendant un éventuel retour de la benjamine Le Pen, ce sera sous les couleurs du Centre National des Indépendants et des Paysans qu’ils siégeront. Le plus vieux parti de France, créé par Antoine Pinay, aura ainsi, pour la première fois de son histoire, un groupe dans une collectivité locale. 

"Le CNIP n’est ni trop proche du FN comme un Dupont Aignan, ni trop fédéraliste sur l’Europe comme LR, c’est un parti de droite conservatrice, libérale, qui nous laisse une certaine autonomie au niveau local, au contraire du FN", explique Jordan Grosse-Curciani, qui dirigera le groupe. 

Pour cette occasion, le président du CNIP, Bruno North, viendra même en personne à Metz, jeudi, alors que son parti attire de plus en plus d’orphelins du FN ou de Marion Maréchal le Pen, à l’instar du conseiller régional PACA, Olivier Bettati.

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