Découvrez les bonnes feuilles du livre de Cécile Amar et Cyril Graziani, "Le peuple et le Président" : une traversée de la crise des "gilets jaunes", en allant des ronds-points jusqu'à l'Élysée.

Couverture du livre "Le peuple et le Président"  de Cécile Amar et Cyril Graziani
Couverture du livre "Le peuple et le Président" de Cécile Amar et Cyril Graziani © Ed.Michel Lafon

Dans "Le peuple et le Président" qui paraît aux éditions Michel Lafon, Cécile Amar, journaliste à L'Obs, et Cyril Graziani, journaliste à France Inter, racontent ces derniers mois de crise à l'écoute des voix des "gilets jaunes", des forces de l'ordre et du président de la République. 

Cette crise des "gilets jaunes" est partie d'une vidéo postée sur Facebook le 18 octobre par Jacline Mouraud, alors inconnue du grand public. Elle y interpelle "Monsieur Macron",  et dénonce ce qu'elle appelle "la traque aux conducteurs". Une pétition "pour une baisse des prix du carburant" est ensuite lancée dans la foulée par une autre inconnue, Priscillia Ludosky, et devient tout aussi virale que la vidéo. Mais le mouvement des "gilets jaunes" a véritablement commencé le 17 novembre avec les premiers blocages de ronds-points et 290 000 personnes dans les rues. Ce rendez-vous là entre Emmanuel Macron et la France n'était pas prévu à l'agenda présidentiel.

"Nous faisons le récit de semaines qui ont passionné la France", explique Cyril Graziani, journaliste politique à France Inter. "Ça s'appelle 'Le peuple et le Président', mais ce n'est pas pour les opposer. Tous les 'gilets jaunes' interrogés nous parlent du peuple, et tout est dit avec le retraité que nous citons au début du livre : le Président n'entend pas. Très longtemps, les 'gilets jaunes' ont eu la conviction qu'Emmanuel Macron ne s'intéressait pas à eux."  Voici quelque bonnes feuilles en exclusivité :

"Le Président ne reconnait pas l'erreur faite en refusant d'aller sur les ronds-points"

Parcourir les récits et témoignages recueillis par les deux journalistes, y compris ceux du président de la République, permet de se rendre compte à quel point les discours des uns restent sans écho auprès des autres, et à quel point Emmanuel Macron est passé à côté d'un rendez-vous majeur.

"Il a raté plusieurs occasions d'apaiser les choses, dès le début, dès la première semaine. Il a refusé d'aller à la rencontre des mécontents sur un rond-point entre le 17 et le 24 novembre", précise Cyril Graziani, "alors que le ministre de l'Intérieur avait organisé un rendez-vous possible. Aujourd'hui encore, s'il reconnaît des erreurs de langage, le Président ne reconnait pas l'erreur faite en refusant d'aller sur les ronds-points, ou en refusant la main tendue du patron de la CFDT Laurent Berger."

“Tuez-les !”

Extrait p.89 (témoignage d'un policier lors des échauffourées devant l'Arc de Triomphe) :

"On approche, mais c’est impossible. On ne voit plus rien à cause des gaz, des fumées, de la masse confuse de manifestants. Un 'gilet jaune' attrape le pied de l’un de mes collègues et le fait tomber. Plus loin, un autre policier est carrément roué de coups alors qu’il est à terre. Mais cette fois, c’est un 'gilet jaune' qui le relève…" Nicolas lève les yeux : "Deux cents à trois cents personnes viennent dans notre direction, certains en criant : “Tuez-les !”. "Tuez-les", cette phrase, Nicolas l’aura en tête 'à tout jamais'.

"Vous me faites chier avec ça"

Extrait p. 159 (À l'Élysée juste avant l'allocution du 10 décembre)  :

À quelques secondes du début de la première prise : 'Stop ! Ça ne va pas', crie un conseiller. 'La cravate. Elle ne va pas. Faut la changer.' Elle n’est pas assez droite. 'Vous me faites chier avec ça', éructe crûment Emmanuel Macron. Un employé court dans les appartements privés. Et rapporte trois cravates sombres. 'Celle-là fera l’affaire', s’agace le chef de l’État. Il en prend une au hasard. Son temps est compté. Il veut rester concentré sur son message. Il s’assied. Prêt à se lancer. 3, 2, 1… Un conseiller s’approche de lui, réajuste sa cravate, repositionne sa Légion d’honneur, lisse sa chemise. 'Vous ne pouvez pas arrêter de le toucher', s’agace un autre.

"C’est mon tort"

Extrait p.181 : 

Sur les ronds-points, dans les cortèges les samedi, les 'phrases' du Président reviennent. En boomerang. Comme si elles n'avaient jamais été digérées. Elles ont dessiné ce chef de l'État qu'elles détestent. Certains de ses amis l'ont alerté. Dany Cohn-Bendit lui a dit que c'était 'n'importe quoi'. En ce début d'année 2019, dans son bureau élyséen, après des semaines jaunes, Emmanuel Macron revient sur sa façon de s'exprimer...

Le Président va plus loin : 'Il y a une chose que j’ai sous-estimée, c’est qu’en même temps qu’on endosse cette part de régalien, on ne peut plus parler aux gens comme quand on est candidat'. Il fait amende honorable : 'La part de vérité, peut-être de désinvolture, de caractère direct avec laquelle je m’exprimais devant les Français, quand j’allais au-devant d’eux pendant la campagne, j’ai gardé la même comme Président. Et là où j’ai eu tort, c’est que parce que je suis devenu Président, les gens, ils ne l’ont pas pris comme une parole d’égal à égal, ils ont dit : 'C’est le Président.' Ça a été perçu comme une forme d’humiliation.' 'Humiliation', le mot est juste. Emmanuel Macron avoue, et dans sa bouche, ces mots sont rares : 'C’est mon tort'. Il a eu tort.

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