Créé pour la première fois en 1971, le portefeuille de l'Environnement (ou du Climat, ou de l'Écologie, ou du Développement durable) en a vu passer, des ministres. Ces dix-là ont marqué l'histoire par leurs avancées, leur ambition... ou leurs renoncements.

Corinne Lepage, Jean-Louis Borloo, Ségolène Royal, Michel Barnier, Roselyne Bachelot, Delphine Batho, Dominique Voynet, Nicolas Hulot, NKM et Yves Cochet ont tous été ministres de l'Environnement.
Corinne Lepage, Jean-Louis Borloo, Ségolène Royal, Michel Barnier, Roselyne Bachelot, Delphine Batho, Dominique Voynet, Nicolas Hulot, NKM et Yves Cochet ont tous été ministres de l'Environnement. © Hans Lucas, AFP et Radio France

Tout commence le 7 janvier 71. À l'époque, le président s'appelle Pompidou, le Premier ministre Chaban-Delmas et, pour la première fois, le gouvernement compte un portefeuille dédié à l'Environnement. Robert Poujade, fidèle gaulliste mais pas moins sensible à la question, est nommé ministre délégué à la Protection de la nature et de l'environnement ; il se préoccupe de pollution sonore, de qualité de l'air. Mais si Poujade jurait qu'il "fallait le faire", il renommera plus tard ce ministère comme celui "de l'impossible"

Depuis, une trentaine d’hommes et de femmes politiques lui ont succédé, une minorité provenant véritablement du mouvement écologiste : ils se sentent souvent délaissés et se succèdent (7 ministres depuis 2013). Et si la création de ce ministère a sans doute accompagné le développement de l'écologie politique, il a surtout souvent été ignoré, régulièrement renommé (parfois associé à la Culture, au Cadre de vie, à l'Équipement, aux Transports ou au Logement). C'est peut-être ce qu'on retient de ces cinquante ans (malgré les avancées et les engagements) : le manque d'argent, la pression des lobbys, les galères et les renoncements. Voici toutefois dix personnalités qui ont marqué cette fonction.  

2017-2018, Nicolas Hulot 

Longtemps courtisé (par Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande), c'est finalement Emmanuel Macron qui réussit, en 2017, à convaincre Nicolas Hulot. Voilà l'animateur de télé et militant pour l'environnement désormais ministre d'État, au troisième rang protocolaire du gouvernement. Climat, pollution de l'air, énergie et transports : le champ d'action est large. 

Hulot présente un plan climat pour atteindre la neutralité carbone en 2050, comportant notamment la fin de la commercialisation des voitures roulant à l'essence d'ici 2040. Il milite aussi pour une fin rapide de l'usage du glyphosate (en trois ans). Mais le 28 août 2018, il démissionne en direct sur France Inter expliquant avoir le sentiment de ne pas être soutenu et que l'écologie n'est pas une priorité du gouvernement. Il explique ne pas vouloir "s'accommoder" de "petits pas"

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2014-2017, Ségolène Royal 

Quand Ségolène Royal est nommée en 2014, ce n'est pas sa "première" à l'Environnement. Pendant un peu moins d'un an, elle est membre du gouvernement Bérégovoy (1992-1993) et fait voter des textes sur le traitement des déchets ou le bruit.

Mais son passage le plus marquant est donc sous le quinquennat de François Hollande, en tant que Ministre de l'Environnement, de l'Énergie et de la Mer, chargée des Relations internationales sur le climat (MEEM) et durant lequel elle préside la Cop21, conférence de Paris de 2015 sur les changements climatiques, après la démission de Laurent Fabius, parti pour le Conseil constitutionnel.

Elle fait également voter, en 2015, la loi pour la croissance verte, qui vise à favoriser les énergies nouvelles et sanctuarise le principe d’ouverture à la concurrence des barrages hydroélectriques.  

2012-2013, Delphine Batho

En juin 2012, François Hollande remet la gauche au pouvoir, mais paradoxalement, aucun écologiste ne veut prendre ce ministère maudit. C'est Delphine Batho qui s'y colle, après les législatives. Mais à peine un an plus tard, au début de juillet 2013, alors que le nouveau budget de l'État prévoit une chute de 7% de son budget, la ministre le qualifie de "mauvais budget" et estime que les Français ressentent "une déception à l'égard du gouvernement", estimant qu'il y avait "un doute sur notre volonté de changement".  

Dénonçant ainsi les engagements de façade du gouvernement de Jean-Marc Ayraud, elle est poussée vers la sortie. 

2010-2012, Nathalie Kosciusko-Morizet

D'abord secrétaire d'État à l'Écologie (de 2007 à 2009), elle veut limiter, en 2008, la culture des organismes génétiquement modifiés (OMG) mais, face à l'immobilisme de la majorité, dénonce une "armée de lâches"à laquelle elle est confrontée. 

Après un détour par le portefeuille de la Prospective et de l'Économie numérique, elle remplace Jean-Louis Borloo comme ministre de l'Écologie, du Développement durable, des Transports et du Logement de 2010 à 2012, année de la présidentielle. Elle contribue à appliquer les mesures de la loi Grenelle II pour l'environnement et interdit notamment l'usage de la fracture hydraulique dans la recherche de gaz de schiste. 

2007-2010, Jean-Louis Borloo 

Ministre de la Ville sous le quinquennat de Jacques Chirac, Jean-Louis Borloo revient au gouvernement sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Nommé en juin 2007 ministre d'État, il est numéro deux du gouvernement, ministre de l'Écologie, de l'Énergie, du Développement et de l'Aménagement durables, en charge en outre des transports et de la Mer. 

Signataire du "Pacte" de Nicolas Hulot durant la campagne, Nicolas Sarkozy demande à Jean-Louis Borloo de mettre en place le Grenelle Environnement. Cela aboutit aux deux lois Grenelle I et II. Les deux textes permettent la mise en place de nouvelles normes et avantages fiscaux pour la rénovation thermique des bâtiments, l'aboutissement de projets TGV ou le bonus-malus écologique pour les voitures. C'est "un changement historique", dit-il en octobre 2007.  

2002-2004, Roselyne Bachelot 

Ministre de l'Écologie et du Développement durable, Roselyne Bachelot dirige les travaux de la Charte de l'environnement qui inscriront, en 2005, les principe de prévention, de précaution et de pollueur-payeur dans la Constitution.

2001-2002, Yves Cochet 

Yves Cochet est ministre un an durant, dans le gouvernement de cohabitation dirigé Lionel Jospin, sous la présidence de Jacques Chirac. Il est à l'origine de la création de l'Agence française pour le développement et la promotion de l'agriculture biologique en 2001. 

1997-2001, Dominique Voynet 

Ministre dans le gouvernement de "gauche plurielle", Dominique Voynet est chargée de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement. Elle devient ainsi la première ministre issue des Verts, dans une équipe gouvernementale en France.

Son passage au ministère de l'Environnement est marqué la loi qui porte son nom, pour l'aménagement et le développement durable du territoire mais aussi la loi sur la chasse qui redéfinit le partage des espaces naturels entre chasseurs et autres usagers. Elle participe à l'adoption du protocole de Kyoto, en décembre 1997, et aux réunions internationales qui suivent. À La Haye, en 2000, elle dirige la délégation européenne pour la sixième conférence internationale sur le Climat. 

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Mais elle est aussi critiquée pour l'autorisation donnée au site de Bure pour l'enfouissement des déchets nucléaires, la suppression par le gouvernement de la vignette auto, ou une déclaration malheureuse après le naufrage de l'Erika. Voyant son projet de réforme sur la politique de l'eau, elle finit par démissionner à l'été 2001 et devient secrétaire nationale des Verts. Elle fait part d'un sentiment d'abandon, qui n'est pas sans rappeler celui de Nicolas Hulot ou Delphine Batho. 

1995-1997, Corinne Lepage

Avocate, Corinne Lepage est connue médiatiquement depuis son engagement dans le dossier du naufrage de l'Amoco Cadiz dans lequel elle défend les collectivités locales bretonnes.  Nommée ministre de l'Environnement dans les gouvernements d'Alain Juppé, elle lutte pour l'amélioration et la surveillance de la qualité de l'air (loi LAURE). C'est cette loi qui instaure par exemple les limitations de vitesse en cas de pic de pollution. 

Corinne Lepage refuse de signer le décret d'autorisation de redémarrage du réacteur Superphénix et menace implicitement Alain Juppé de démissionner. Elle fait face aux lobbyistes industriels ou de la chasse, à la réduction de son budget. Elle racontera cette expérience dans un livre titré On ne peut rien faire, Madame le ministre.  

1993-1995, Michel Barnier

Bien avant la négociation du Brexit, Michel Barnier a été plusieurs fois ministre. Il a été ministre de l’Environnement du gouvernement Balladur en mars 1993. Il a notamment installé la Commission nationale du débat public pour les grands projets d’infrastructures. Michel Barnier, qui avait débuté en occupant, au début des années 70, un poste de chargé de mission au cabinet de Robert Poujade... premier ministre de l'Environnement.