Alors que Carlos Ghosn lance une opération de communication pour se défendre, retour sur le parcours de cinq personnalités mises en accusation et dont les déclarations n'ont pas toujours eu l'effet escompté.

L'ex-ministre des finances, Jérôme Cahuzac, a démissionné face aux accusations de fraude fiscale, après avoir nié.
L'ex-ministre des finances, Jérôme Cahuzac, a démissionné face aux accusations de fraude fiscale, après avoir nié. © AFP / Lionel Bonaventure

Depuis Beyrouth, où il a atterri depuis sa fuite du Japon dont la justice l'accuse entre autres d'abus de confiance et de dissimulation de revenus, l'ex-patron de l'Alliance Renault-Nissan a tenu une conférence de presse et répondu à une interview pour France Inter, ce mercredi 8 janvier. Mais ce genre de contre-offensive médiatique n'est pas toujours payante et peut même se retourner contre son auteur, comme l'ont précédemment démontré le parcours d'autres personnalités mises en accusation. Passage en revue. 

► EN VIDÉO - Carlos Ghosn : "Je suis innocent de toutes les charges qui ont été présentées contre moi"

Jérôme Cahuzac : "Les yeux dans les yeux"

Pour celui qui était alors ministre de l’Économie et des Finances, les ennuis commencent fin 2012. Jérôme Cahuzac informe François Hollande d'un article à paraître dans Mediapart, où il est question de comptes cachés en Suisse. Il assure alors au président que ces accusations sont fausses.

Immédiatement après la publication de l'enquête en question, le 4 décembre, le monsieur Budget, qui a fait de la lutte contre la fraude fiscale l'un de ses chevaux de bataille, lance la contre-offensive. Dans un communiqué et sur Twitter, il affirme n'avoir "jamais eu de compte en Suisse ou ailleurs". Le lendemain, debout à l'Assemblée nationale, il martèle :

Je n'ai pas, je n'ai jamais eu de comptes à l'étranger. Ni maintenant, ni avant.

"Mes accusateurs devront prouver que les allégations sont fondées. Ils auront du mal", insiste-t-il, sûr de lui, au micro de RTL. Selon lui, ces "accusations délirantes" ne reposent sur aucun document. Il promet même de porter plainte. 

Mais en parallèle, le journal d'investigations dévoile un nouvel élément : "un enregistrement datant de la fin de l'année 2000 dans lequel Jérôme Cahuzac, alors député, évoque avec un chargé d'affaires son compte caché", décrit l'article. On l'y entend dire : "Moi, ce qui m’embête, c’est que j’ai toujours un compte ouvert à l’UBS [Union des banques suisses, ndlr]".

Jérôme Cahuzac persiste et signe, multipliant les communiqués et les interventions dans les médias. Fermement soutenu par le président et le gouvernement, il "nie en bloc et en détail" à la télé, le 6 janvier : "Ça ne peut pas être moi puisque je n'ai jamais eu de compte à l'étranger". Sauf que, deux jours plus tard, le parquet de Paris ouvre une enquête préliminaire pour "blanchiment de fraude fiscale".

Le ministre ne se démonte pas pour autant. Le 8 février, c'est au micro de BFM-TV et RMC qu'il répète, "les yeux dans les yeux", ses dénégations, espérant que "la réponse apportée aux autorités françaises par la Suisse, permettra, très vite, et le plus vite serait le mieux, d'en finir, avec ces saletés".

Le 19 mars, le parquet déclare que la voix de l'enregistrement est probablement celle de Jérôme Cahuzac et ouvre une information judiciaire. Le même jour, le ministre démissionne, tout en continuant de clamer son innocence.

Acculé, c'est finalement sur son blog qu'il passe aux aveux publiquement, le 2 avril, après avoir été entendu par deux juges d'instruction du pôle financier. "Dévasté par les remords", il "demande pardon" au président de la République, au Premier ministre et à ses collègues du gouvernement. Il admet avoir été "pris dans une spirale du mensonge". Le 16 avril, sur le plateau de BFM-TV et RMC, il évoque avec "tristesse" sa "part d'ombre", sa "faute morale". Un exercice de confession ultra-contrôlé concocté par une communicante habituée aux causes perdues, Anne Hommel.

En mai 2018, Jérôme Cahuzac a été condamné à quatre ans d'emprisonnement, dont deux avec sursis, reconnu coupable de fraude fiscale et de blanchiment de fraude fiscale. La cour d'appel de Paris confirme également les cinq ans d’inéligibilité et l’amende de 300 000 euros décidés par le tribunal en première instance, en 2016. Notons qu'en février 2019, l'ex-ministre a obtenu un aménagement de peine sous forme de bracelet électronique.

François Fillon : le "cabinet noir"

Lors de la campagne présidentielle de 2017, le candidat François Fillon, est pris dans la tourmente. L'affaire commence le 25 janvier 2017, avec la parution d'un article dans Le Canard enchaîné. Le journal soupçonne son épouse, Pénélope Fillon, d'avoir bénéficié d'_"emplois fictifs"_. Elle aurait été employée plusieurs années par son mari et son suppléant, en tant qu'attachée parlementaire. Elle aurait ensuite été rémunérée pour quelques notes de lecture à la Revue des deux mondes, propriété de Marc Ladreit de Lacharrière, ami de M. Fillon.

Le parquet national financier ouvre une enquête préliminaire. Dans la foulée, François Fillon communique. Il déclare souhaiter être reçu "dans les plus brefs délais" par le parquet pour "faire taire cette campagne de calomnie", "rétablir la vérité" et "défendre [son] honneur". Le ton est donné : "ceux qui ont pensé m'atteindre doivent être certains de ma détermination".

Détermination et indignation sont les deux axes de son offensive médiatique dans un premier temps. "Je vois que la séquence des boules puantes est ouverte, réagit-il, je voudrai simplement dire que je suis scandalisé par le mépris et par la misogynie de cet article."

Le lendemain, au journal de TF1, il n'a "pas de mots pour dire [son] dégoût devant la caractère abject de cette accusation". Mais il apporte de nouveau de l'eau au moulin médiatique en confiant qu'il a aussi employé deux de ses enfants qui étaient avocats "en raisons de leurs compétences". Il annonce qu'il "portera plainte contre les journaux qui affirment que sa femme avait un emploi fictif". 

Et surtout, il réaffirme sa position :

Il n'y a qu'une seule chose qui m’empêcherait d'être candidat, c'est si (...) j'étais mis en examen.

Cette phrase va devenir son fardeau, tandis que les révélations s'accumulent et le montant dont aurait bénéficié son épouse pour des emplois fictifs s'alourdit. Le candidat décide de prendre les devants en se lançant dans une opération de "transparence". Il publie le 6 février sur son site de campagne un tableau des dates et salaires perçus pour chacun des contrats de collaboratrice parlementaire de son épouse, entre 1986 et 2013. Dans sa conférence de presse, il affirme n'avoir "rien à cacher" tous les faits révélés étant "légaux", révélant au passage avoir également employé ses deux enfants pendant quelques mois.

La communication de François Fillon se meut rapidement en théorie du complot. Face aux parlementaires Républicains, il a d'abord dénoncé "un coup d'État institutionnel" venu de la gauche. Devant la presse, il explique que "le système veut décider du résultat à la place des électeurs, manifestement mon programme dérange le désordre établi", dénonçant "une campagne de presse d'une violence inouïe". Pour celui qui se dit "lynché", "assassiné", le déroulement des événements est "pour le moins troublant". Il s'agit certainement d'une "opération montée".

Sur le plateau de L'Émission politique de France 2, le 23 mars, il clarifie finalement ses insinuations : 

On cherchait un cabinet noir, on l'a trouvé.

Tandis que la date du premier tour de l'élection approche, celui qui cultive une image d'homme politique irréprochable et honnête change complètement son fusil d'épaule. "Je m'en remets désormais au suffrage universel. Ma décision est claire : je suis candidat et j'irai jusqu'à la victoire", annonce-t-il dans un entretien au Figaro, le 17 février, après de nouvelles révélations du Canard sur des indemnités de licenciement touchées par Pénélope Fillon de la part de l'Assemblée nationale.

Après l'annonce de sa mise en examen mi-mars, François Fillon affiche toujours plus de détermination : "Je ne céderai pas, je ne me retirerai pas", martèle-t-il devant les caméras. Lâché par une partie de son équipe de campagne, le candidat chancelle, mais ne cède pas. Le 5 mars, il organise une opération spectaculaire : un grand rassemblement de soutien au Trocadéro auxquels des milliers de sympathisants répondent présents.

Le 5 mars 2017, le candidat LR François Fillon a réunit des milliers de sympathisants au Trocadero, à Paris.
Le 5 mars 2017, le candidat LR François Fillon a réunit des milliers de sympathisants au Trocadero, à Paris. © AFP / Irina Kalashnikova / Sputnik

Un prêt de 50 000 euros déclaré tardivement, d’embarrassants dons de costumes et de montres... Les ennuis continuent de s'accumuler. François Fillon sera finalement mis en examen, notamment pour "détournements de fonds publics" et "complicité et recel d’abus de bien sociaux", le 24 mars. Puis, il sera vaincu au premier tour de l'élection présidentielle.

Lui qui était désigné grand favori par plusieurs sondages, lui qui avait vaincu Alain Juppé à la primaire de la droite et du centre... Le voici désormais en attente de son procès, qui s'ouvrira en février.

François de Rugy : Le homard, "ça me donne mal à la tête"

Le 10 juillet 2019, Mediapart publie un article sur "la vie de château sur fonds publics des époux de Rugy". Le ministre de la Transition écologique et sa femme auraient multiplié les dîners privés fastueux "entre amis", entre 2017 et 2018, "aux frais de la République". "Verres en cristal, porcelaines, petites cuillères en or, chandeliers, vaisselles d’apparat, bouquets de fleurs composés pour l’occasion selon la couleur choisie par madame (...), champagnes et vins offerts par les hôtes"... Le journal décrit par le menu et photos à l'appui, ces dîners "dans les salons de l’hôtel de Lassay, la résidence du président de l’Assemblée nationale", lorsqu'il occupait ce poste. 

Des révélations plutôt embarrassantes pour celui qui réclamait davantage de transparence et de contrôle des dépenses de l'Assemblée. Parmi les photos publiées, celle de homards géants présentés en enfilade sur une table, va susciter beaucoup de réactions.

Sur France Inter, le ministre "assume" des dîners qui "faisaient partie de [son] travail" et lui auraient permis de rester "connecté". Il évoque des "dîners informels dans un travail de représentation".  Une défense qui peine à convaincre. Et ça ne va pas s'arranger. Le 12 juillet, sur BFM-TV / RMC, il annonce, des sanglots dans la voix, qu'il n'a "absolument pas de raisons de démissionner".

Mais ce sont d'autres déclarations sur ce même plateau qui vont susciter de nombreuses railleries. Au sujet des homards, il réplique sur le terrain culinaire : 

Je n'en mange pas. J'ai une intolérance aux crustacés et aux fruits de mer.

"Je n'aime pas les huîtres, je ne prends pas de champagne, je déteste le caviar (...), le champagne ça me donne mal à la tête", poursuit-il. Les grands crus ? Il n'en est "pas amateur". D'ailleurs, il n'a “jamais acheté une bouteille à plus de 30 euros”. Séverine de Rugy, elle, "prend le métro tous les matins, la ligne 13 pour aller à Gennevilliers en banlieue parisienne”. Tout cela relèverait selon lui d'un "acharnement" de la part de Mediapart : "C’est le fantasme des coupeurs de tête”, attaque le ministre qui estime que son nom à particule a aussi pesé négativement dans l'opinion. Mais un portrait réalisé par l'AFP et une photo de lui pêchant un crustacé viennent à nouveau affaiblir sa communication.

Travaux de rénovation, location d'un appartement à vocation sociale, achat d'un sèche-cheveux doré à la feuille d’or... En l'espace de trois jours, Mediapart enchaîne les révélations. Finalement, François de Rugy démissionne le 16 juillet. Dans un communiqué publié sur Facebook, il dénonce un "lynchage médiatique" et annonce qu'il a déposé une plainte pénale en diffamation. Mais le coup de grâce arrive après sa démission, et c'est encore Mediapart qui l'assène, avec une enquête sur l'utilisation de son indemnité représentative de frais de mandat pour payer une partie de ses cotisations au parti EELV (Europe écologie les verts).

Le site d'information Mediapart devra faire face à la justice, le 11 février prochain, concernant l'article sur un "logement à vocation sociale".

Richard Virenque : "Dopé à l'insu de mon plein gré"

Le 8 juillet 1998 éclate l'affaire "Festina", quelques jours avant le départ du Tour de France. Alors que la voiture du soigneur de l'équipe Festina, est inspectée à la frontière, les douaniers y découvrent plus de 400 flacons de produits dopants et stupéfiants. Placé en garde à vue, le soigneur avoue un dopage organisé au sein de l'équipe cycliste. Après les aveux du directeur sportif et du médecin, Festina est exclue de la compétition. 

On découvre un système de dopage généralisé et les regards se tournent vers l'un des coureurs, chouchou du public et favori pour le maillot : Richard Virenque. Le cycliste français et ses co-équipiers refusent l'exclusion. Et alors qu'ils devaient négocier avec la direction du Tour, le cycliste improvise une conférence de presse dans le petit café-tabac. "D'être écarté de la course, alors qu'on n'a jamais été sujet à un contrôle positif, on me suspend, pour une question d'image", clame-t-il en sanglotant, annonçant qu'ils acceptent finalement de se retirer.

La défense de Richard Virenque est régulièrement moquée par Les Guignols de l'info. Sa marionnette affirme avoir été dopée "à l'insu de [son] plein gré", par déformation d'une déclaration maladroite du sportif à la presse : "Les ampoules je les connais parce que bon, on fait souvent des récupérations. Et pour ma part, ça peut pas être à son insu parce que je vois et ... Une piqûre à son insu ça doit être difficile". Le journaliste le reprend : "À votre insu". "Voilà, à mon insu", répond Richard Virenque.

Interrogés par les policiers, les membres de Festina finiront par passer aux aveux, en mentionnant parfois des membres d'autres équipes. De nouvelles interpellations ont ensuite eu lieu sur le Tour. Richard Virenque, lui, sera mis en examen pour complicité d'incitation au dopage, en 1999. Il passera aux aveux au cours du procès, en octobre 2000. Il sera relaxé et reviendra même dans le peloton.

Le couple Balkany : "Nous, on n'a plus un rond"

Les ennuis judiciaires des époux Balkany n'en finissent plus de rebondir. Ils débutent en décembre 2013, avec l'ouverture d'une information judiciaire pour blanchiment de fraude fiscale. Puis, s'y ajoutent des faits de corruption en 2014. Patrick - qui a perdu son immunité parlementaire et s'est vu interdire la sortie du territoire - et Isabelle Balkany, sont mis en examen pour corruption passive, fraude fiscale et blanchiment de fraude fiscale. Le procès au tribunal correctionnel de Paris s'ouvre en mai 2019.

Un épisode va entacher la communication des Balkany dès janvier 2014. Alors qu'ils sont déjà dans le collimateur de la justice, l'édile en pleine campagne perd son sang-froid et s'empare de la caméra de BFM TV. Au cours d'une scène surréaliste immortalisée par la caméra, il s'isole dans une pièce de sa permanence et tente de retirer la bande pour effacer les enregistrements. "Pas aujourd'hui, pas maintenant ! Quel gâchis", essaye de le raisonner un de ses proches. 

Pendant cinq ans, le couple n'accorde pas d'interview, jusqu'à un documentaire diffusé dans Enquête exclusive sur M6, le 20 janvier 2019. Avant l'ouverture du procès au tribunal correctionnel de Paris, Le Parisien indique qu'Isabelle Balkany a "tenté de mettre fin à ses jours en avalant une très forte quantité de médicaments", après avoir diffusé un long message sur Facebook, le 1er mai. Elle est hospitalisée.

Pendant ce temps, Patrick Balkany tente de se défendre, assez maladroitement :

J’ai commencé la politique avec ma femme, nous étions riches. On la finit pauvres.

Une autre déclaration de Patrick Balkany au cours du procès ne va rien arranger leur défense. L'élu déclare “avoir l’impression qu’on fait le procès des Juifs qui, après la Libération, ont pris leurs dispositions”, alors qu'il est interrogé sur des montages financiers masquant une villa antillaise. Une analogie qui passe mal de la part de celui qui dit aussi espérer ne pas servir de "bouc émissaire" à la place de "tous les Français qui ont, ou ont eu, un compte en Suisse".

Le maire de Levallois-Perret est incarcéré à la prison de Santé, le 13 septembre 2019, date de sa condamnation à quatre ans de prison pour fraude fiscale, avec un mandat de dépôt auquel échappe son épouse pour raisons de santé. Le 18 octobre, Patrick Balkany est à nouveau condamné à cinq ans de prison ferme, pour blanchiment. Isabelle Balkany a, quant à elle, été condamnée à trois et quatre ans de détention. Tous deux écopent de 10 années d'inéligibilité.

Pour une remise en liberté, la cour réclame une caution de 500 000 euros. "C’est très difficile à trouver. Nous, on n’a plus un rond. Rien. Ni en France, ni à l’étranger", déplore Patrick Balkany. Tandis que son mari est derrière les barreaux, Isabelle Balkany assure de son côté l'intérim à la mairie... et la communication. Elle confirme sur BFM-TV :

Nous n'avons plus un centime.

S'estimant victime de "spoliation", elle établit la liste de ce que leur a coûté les procédures judiciaires et saisies financières. BFM TV, Europe 1, Cnews, Le Parisien, 20 Minutes... Isabelle Balkany enchaîne les interviews, martelant qu'"il n'y a pas eu un centime d'argent public" en jeu dans ces affaires. Elle détaille les conditions d'incarcération de son mari qui est "très fatigué". "Je suis bouleversée, meurtrie, triste et inquiète pour l'homme que j'aime depuis 43 ans", confie-t-elle. Sans vouloir "le faire passer pour une victime", elle souligne ses "pépins de santé". Il sera d'ailleurs hospitalisé pour une occlusion intestinale.

Elle salue le "soutien" des Levalloisiens, traduisant "une histoire d'affection et de tendresse rare" avec ses administrés. Il explique d'ailleurs avoir "donné [son] accord pour la création d’une association de soutien", visant à réunir le montant de la caution. De quoi conserver une certaine motivation. Le couple ne perd pas de vue les élections municipales. 

Finalement, anticipant une confirmation d'inéligibilité en appel, ils renoncent à se présenter aux élections municipales. Après six mandats successifs, Patrick Balkany n'en briguera donc pas un septième.

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