Les candidats les moins médiatisés ont saisi l'opportunité de ce premier débat, mardi soir, pour passer à l'attaque et montrer les fractures avec les cinq favoris.

Pour la première fois, les onze candidats à l'élection présidentielle étaient rassemblés dans un unique débat télévisé, à trois semaines du premier tour.
Pour la première fois, les onze candidats à l'élection présidentielle étaient rassemblés dans un unique débat télévisé, à trois semaines du premier tour. © Maxppp /

C'était une première et une occasion inespérée pour les "petits candidats" d'être en pleine lumière. Pour ce premier débat télévisé à onze candidats, à 18 jours du premier tour de l'élection présidentielle, les six candidats les moins bien placés dans les sondages n'ont pas hésité à se montrer directs et offensifs.

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Début poussif, première empoignade sur les travailleurs détachés

Après une première demi-heure très policée, en raison des échanges courts et rythmés imposés par le nombre de participants, les candidats se sont opposés sur la question de l'Europe, où les lignes de fracture entre les candidats sont apparues plus clairement. D'un côté, Emmanuel Macron a plaidé pour un renforcement de la construction européenne, quand Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon appellent à la renégociation des traités. A l'opposé, François Asselineau en tête, les candidats ont été nombreux à arguer du "Frexit" et/ou la sortie immédiate de l'euro.

Sur ce thème, Marine Le Pen a ainsi raillé les "vieilles badernes" d'Emmanuel Macron tandis que Benoît Hamon, devancé dans les sondages par un Jean-Luc Mélenchon en dynamique, a attaqué le leader de la France insoumise sur ses propositions de sortie des traités.

► Les précisions de Delphine Simon

La question de la directive européenne sur les travailleurs détachés a donné lieu à une passe d'armes entre Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Nicolas Dupont-Aignan qui a lancé le sujet. "C'est inacceptable que des personnes qui viennent de Roumanie, de Pologne, d'Espagne et ne paient pas les charges sociales, quand nos artisans, nos indépendants les paient", s'est indigné le candidat de Debout La France.

"On oublie de dire à chaque fois qu'il y a près de 300 000 Français qui sont travailleurs détachés. Donc vous irez leur expliquer les uns et les autres que dès demain, c'est fini pour eux", a répliqué le candidat du mouvement En Marche, face à Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan.

"Pas d'immunité ouvrière"

Ce débat aura aussi été le premier où les affaires qui entachent les campagnes de François Fillon et Marine Le Pen ont été clairement évoquées. Lors du précédent, le 20 mars dernier sur TF1, Jean-Luc Mélenchon y avait fait une légère allusion. Cette fois, c'est Philippe Poutou qui a mené la charge.

Lors d'une question sur la moralisation de la vie politique et l'exemplarité des élus, le président de la République en tête, le candidat du NPA a regretté le contexte de la campagne électorale : "plus on fouille, plus on sent la corruption". Il s'en est pris frontalement à François Fillon, repris par ce dernier sur les accusations de Philippe Poutou, avant d'enchaîner avec Marine Le Pen qui a invoqué son immunité parlementaire pour ne pas se rendre à une convocation. Répliquant d'ailleurs qu'il n'existe pas "d'immunité ouvrière".

Une punchline appréciée sur les réseaux sociaux, à tel point que le candidat NPA est devenu, à la suite de cette attaque, le candidat qui gagnait le plus de nouveaux abonnés à la minute sur Twitter, d'après les statistiques fournies par le site aucoeurdesdebats.fr, lancé spécialement pour l'occasion.

Les favoris ont tout fait pour ne pas se mettre en danger

Pour se distinguer des favoris, les six petits ont cherché très vite à marquer leurs différences, à l'instar de Nicolas Dupont-Aignan qui a concentré ses attaques contre François Fillon, directement ou plus indirectement, en lançant en préambule : "j'ai toujours servi les Français sans jamais me servir".

La voix chantante et teintée de l'accent du Béarn de Jean Lassalle rappelant qu'il était "fils de berger, frère de berger", les flèches décochées par Nathalie Arthaud, "dans le camp des travailleurs" contre "le grand patronat", ainsi que "l'indépendance de la France", mantra d'un François Asselineau en pointe sur les articles de la Constitution, ont donné de la couleur au débat.

Six petits candidats dans l'arène et les gros planqués dans le callejón, la barrière qui sépare des taureaux. Il faut notamment mettre l'accent sur François Fillon, plutôt discret, se posant en candidat du "redressement" qui "devra restaurer la fierté nationale et se tenir aux côtés des Français qui réclament de l'ordre et de la sécurité". Il a toutefois répliqué aux attaques de Nicolas Dupont-Aignan en rappelant que quand "il l'a connu, (il était) chef de cabinet de François Bayrou" au ministère de l'Éducation en 1993.

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