Emmanuel Macron s'est offert une conférence de presse gaullienne de 2 heures et 22 minutes. Il a répondu à 15 journalistes. Il a parlé de "l'art d'être français" et de leur "boule au ventre". Et il a dit qu'il y avait un risque que "tout soit cul par dessus tête".

Emmanuel Macron face à la presse depuis l'Élysée, le 25 avril 2019.
Emmanuel Macron face à la presse depuis l'Élysée, le 25 avril 2019. © AFP / Ludovic MARIN

"Est-ce qu'on a fait fausse route ? Je crois tout le contraire" : offensif, Emmanuel Macron a livré jeudi ses réponses au grand débat et à la crise des "gilets jaunes", multipliant des intentions en matière de réformes fiscales et institutionnelles lors d'une grande conférence de presse à l'Elysée.

Le décor hyper gaullien

Un grand bureau face à plus de 300 journalistes. Une heure de propos liminaire sans prompteur ni discours écrit. Depuis la salle des fêtes de l'Élysée ce jeudi, le chef de l'État a renoué avec une tradition de la Ve République en livrant une longue conférence de presse. Pour cet exercice qu'Emmanuel Macron effectuait pour la première fois depuis le début de son quinquennat, le Président s'est largement appuyé sur un décor et une posture qui rappellent sans conteste le général Charles de Gaulle.

Dans la scénarisation de sa conférence de presse, Emmanuel Macron rappelle profondément le Général de Gaulle
Dans la scénarisation de sa conférence de presse, Emmanuel Macron rappelle profondément le Général de Gaulle / AFP/ Capture d'écran France 2

Le discours liminaire d'une heure

Sur le plan économique et social : Emmanuel Macron qui a salué les "justes revendications" portées par les "gilets jaunes", s'est fixé pour objectif "d'aller plus loin sur le référendum d'initiative partagée", en faisant passer son seuil d'environ 4,5 millions de signatures (10% du corps électoral) à un million. Sur le plan social et économique, Emmanuel Macron a appelé à "travailler davantage" pour financer la baisse d'impôts, notamment ceux sur le revenu, qu'il veut "baisser significativement". Il n'a toutefois pas souhaité revenir sur la réforme de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Le président a encore annoncé la fin des fermetures des hôpitaux et des écoles d'ici 2022, en indiquant en outre vouloir des classes de "24 élèves maximum"de la grande section de maternelle au CE1.

Sur le plan institutionnel : Emmanuel Macron a défendu l'idée d'une réforme constitutionnelle, qui doit être présentée au parlement d'ici l'été. Il a appelé le gouvernement à présenter le mois prochain "une profonde réforme de l'administration", et a annoncé la création dans "chaque canton", d'ici à "la fin du quinquennat", d'un "endroit où l'on puisse trouver une solution aux problèmes", baptisé "France services". Emmanuel Macron a encore dit souhaiter "un nouvel acte de décentralisation", en retenant le principe de différenciation territoriale, qui doit porter "sur la politique de la vie quotidienne" comme "le logement, le transport, la transition écologique pour garantir des décisions prises au plus près du terrain". Le chef de l'État a encore réclamé "la fin des grands corps de l'État".

15 questions de journalistes, très centrées sur la personne de Macron

15 journalistes ont pu poser des questions à Emmanuel Macron. Les quatre premières portaient sur le ressenti du Président et non sur ses réformes ou l'état de la France.

Il a fallut attendre près d'une heure et demie d'échange avec la presse avant qu'une question soit posée sur l'affaire Benalla. Et c'est la première fois qu'Emmanuel Macron y répondait directement. C'était d'ailleurs la dernière question : "Est-ce que je regrette de l'avoir embauché à l'Elysée ? Non", a répondu le président, jugeant que c'était "cohérent" avec ses "valeurs". "C'est pour ça que je lui en veux encore plus", a-t-il dit. Alexandre Benalla n'a "jamais été protégé par l'Elysée", a-t-il assuré. "Il a fait des fautes, les sait-on toutes aujourd'hui ? Je ne sais pas", a-t-il déclaré. 

Le (petit) mea culpa

Emmanuel Macron a expliqué regretter d'avoir "donné" le "sentiment" d'être "dur", "parfois injuste" avec les Français. 

"L'impatience, l'exigence que j'ai avec moi-même, que j'ai avec les membres du gouvernement, je l'ai un peu eue avec les Français. Le sentiment que j'ai donné, c'était une forme d'injonction permanente, d'être dur, parfois injuste. Ça, je le regrette. D'abord parce que ce n'est pas ce que je suis profondément et parce que je pense que ça n'a pas aidé à la cause", a déclaré le chef de l'État. 

Plein emploi, proportionnelle, suppression de l'ENA : les principales annonces 

Au cours de son échange avec les journalistes, Emmanuel Macron a annoncé les réformes suivantes:

Plein emploi : Emmanuel Macron s'est fixé un nouvel objectif: le "plein emploi" pour 2025. "Je ne remets pas en cause l’objectif des 7 %" pour 2022 qui l'avait lui même fixé, a-t-il précisé.

Baisse des impôts sur le revenu : Le chef de l'Etat estime à "5 milliards" la baisse de l'impôt sur le revenu.

Retraites réindexées : Le président a annoncé que les retraites "de moins de 2.000 euros" seront réindexées sur l'inflation en 2020, mais aussi qu'aucune pension n'augmentera moins vite que les prix à partir de 2021. Il a par ailleurs souhaité que "la retraite minimale" pour une carrière complète soit portée à 1.000 euros, un montant selon lui "significativement supérieur" au minimum vieillesse qu'il a promis de relever à 900 euros l'an prochain.

Proportionnelle : Macron plaide pour 20% de proportionnelle à l'Assemblée et pour 25% à 30% de parlementaires en moins

Suppression de l'ENA :  Emmanuel Macron a confirmé qu'il souhaitait "supprimer l'ENA" pour "bâtir quelque chose de mieux"

Les expressions : "cul par dessus tête", "l'art d'être français", la "boule au ventre"

"Le cul par dessus tête" : Au cours de son propos liminaire, le président a estimé qu'il fallait "savoir dire ce qu’on veut garder et consolider, sinon, je l'ai bien senti, tout est cul par-dessus tête." Emmanuel Macron faisait référence au souci de mieux accompagner les familles, "profondément transformées", pour "retrouver la dynamique de notre natalité". 

"La boule au ventre" : Interrogé sur les réponses concrètes qu'il peut apporter aux revendications des "gilets jaunes" et à la "boule au ventre" que les Français peuvent ressentir face aux difficultés du quotidien, Emmanuel Macron a estimé qu'il ne pouvait pas être "le guichet de toutes les revendications". Mais il a aussi dit comprendre le mal-être des Français, "la boule au ventre" qui a engendré cette crise de défiance. "Je crois que la boule au ventre, dans beaucoup de cas c'est vrai, elle vient du pouvoir d'achat et je pense qu'il faut y répondre, mais elle vient [surtout] de la perte du sens collectif".

"L'art d'être français" : Au cours de cette conférence de presse, Emmanuel Macron a souhaité "reconstruire l'art d'être français." Il a répété l'expression plusieurs fois, y compris en conclusion de la conférence de presse.

La citation

"Je me fiche de la prochaine élection, je veux réussir"

L'erreur sur le temps de travail

Au cours de sa conférence de presse, Emmanuel macron a déclaré: "La France travaille moins que ses voisins. On rentre en moyenne plus tard, on part plus tôt et on travaille moins dans l'année".  Le ministère du Travail contredit le Président. Une étude publiée en juin 2019 sur "la durée habituelle hebdomadaire du travail" et qui compare huit pays européens pour l’année 2016, montre que la France se classe en troisième position des pays les plus travailleurs avec 36,3 heures de travail "habituel hebdomadaire". Si les Britanniques et les Espagnols font mieux avec respectivement (36,8 et 36,4), nous faisons mieux que les Allemands et leurs 34,8 heures…

© AFP / Kun TIAN, Thomas SAINT-CRICQ
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