2020, c'est loin, mais la bataille des municipales est déjà bien lancée. A Paris, Anne Hidalgo vient de perdre un allié de poids : son adjoint Bruno Julliard démissionne en raison de vifs désaccords (remplacé par Emmanuel Grégoire). Ce matin, c'était panique à l'hôtel de Ville.

Bruno Julliard
Bruno Julliard © AFP / JOËL SAGET

Dix heures et demi, c'est un adjoint qui court dans les couloirs de l'Hôtel de ville, essoufflé, et qui vous dit : "Je ne savais pas, je vous rappelle, je vous rappelle, je dois voir Anne." Anne Hidalgo, Bruno Julliard est allé la prévenir en tout début de matinée, lors d'un tête à tête,  juste avant la parution de l'interview. Question de politesse. Politesse en retour d'Anne Hidalgo, qui le remercie, dans un tweet, "pour le travail accompli pendant ces quatre années à nos côtés"

Un tweet qui ne dit pas, comme me l'a raconté un de ses proches, à quel point la maire de Paris est "choquée" par la "violence" de l'interview.  

Problème de méthode et désaccords de fond

Le feu couvait depuis presque un an. Et dans Le Monde, c'est un départ-réquisitoire :  "Je n'y crois, je ne veux pas faire semblant". Les mots sont sans ambiguïté : "déni", "déficit d'échange et d'écoute", "une certaine inconstance", jusqu'au "repli sur l'Hôtel de ville".  Problème de méthode : "erreurs et approximations" sur le Velib, les panneaux publicitaires ou la piétonisation des voies sur berge. Et désaccord, sur le fond, avec la maire de Paris : Bruno Julliard opposé à la gratuité totale dans les transports en commun ou l'armement de la police municipale.  

Des griefs que l'ex-adjoint expose longuement dans une lettre adressée ce matin à tous les conseillers de Paris (et que France Intet a pu se procurer).

Divorce au sommet, et rancoeur chez les autres adjoints. Ian Brossat, le communiste, revendique sa fidélité et sa loyauté à la maire de Paris :

"Ce qui est étrange, c'est que cette démission arrive au moment où notre majorité municipale se porte mieux, et dans une rentrée où la situation s'améliore, et donc je trouve cette décision un peu curieuse. Bruno Julliard donne l'impression de considérer que notre majorité avait pris des décisions trop à gauche pour lui... Moi j'en suis plutôt fier !"

Un départ pour faire quoi ? "Nouveau projet professionnel, aucun plan caché", répond Julliard, mais chez les élus de Paris, le sous-titre est clair. L'ex adjoint poserait un acte fort en vue des municipales : dans l'interview, il parle d'ailleurs de 2020, de la nécessité d'une majorité "nouvelle",  au "centre gauche"... "Depuis la présidentielle, Bruno est pour un renversement des alliances à Paris", observe un élu qui le connaît bien. Tiens, tiens : Emmanuel Macron, es-tu là ? Les macronnistes n'en espéraient pas tant. De quoi nourrir la campagne d'un Benjamin Griveaux, à touche-touche avec Anne Hidalgo dans les sondages : "Bruno Julliard pose le même diagnostic que nous", se félicite un conseiller La REM de Paris. 

Un départ fracassant dont se serait bien passée la maire de Paris qui publie la semaine prochaine, son plaidoyer pour l'écologie dans la capitale, intitulé "Respirer"... Pour l'instant, c'est surtout l'air vicié de la campagne qui pollue sa rentrée. 

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.