[scald=113867:sdl_editor_representation]par Gérard Bon et Chine Labbé

PARIS (Reuters) - Jean-Luc Mélenchon doit sa percée dans la campagne présidentielle à ses qualités de tribun, son allant et sa capacité à exalter les foules, mais aussi à la dynamique propre au Front de gauche, soulignent ses animateurs.

Au point que ce rassemblement, qui semble gagner en puissance au fil des meetings du leader à l'écharpe rouge et des sondages - entre 12,5% et 15% -, apparaît comme une force désormais crédible à la gauche du Parti socialiste.

Les responsables du Front de gauche, coalition lancée en 2009 par les communistes, le Parti de gauche et plusieurs autres petites formations, se disent eux-mêmes surpris par l'ampleur de la vague rouge, qui va bien au-delà de l'addition de leurs forces.

"On avait dit 'on veut créer la surprise', et c'est en train de se réaliser. On est à un moment qui nous surprend nous-mêmes", dit Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF et directeur adjoint de la campagne.

"Nous sommes passé d'un Front de gauche à quasiment un front populaire avec des tas de personnes de tous milieux sociaux, de tous âges", confirme Martine Billard, numéro 2 du Parti de gauche.

Pour la députée de Paris, l'ancien sénateur socialiste, qui se présente comme "le bruit et la fureur, le tumulte et le fracas", est "l'élément le plus médiatisé dans la bataille", mais "la démarche est collective."

Selon un récent sondage TNS Sofres-Mediaprism pour i> TELE, les sympathisants sont partagés entre l'adhésion à des idées qui s'affichent clairement à gauche (48%) et la volonté d'envoyer un signal au candidat socialiste François Hollande (48%) pour qu'il se positionne davantage à gauche.

"REMETTRE LE ROUGE À LA MODE"

Fait nouveau, Jean-Luc Mélenchon, qui suscitait jusque-là l'adhésion de cadres et fonctionnaires, progresse aussi chez les classes populaires et les personnes en lisière du jeu politique, d'après plusieurs sondages.

Pour beaucoup, l'ancien socialiste a le mérite de "remettre le rouge à la mode".

"Le Front de gauche exalte la politique, l'élève au niveau où elle ne devrait jamais cesser d'être, un rêve possible", estimait récemment le cinéaste Robert Guédiguian dans les colonnes de l'Humanité.

Cette capacité à exalter a d'ailleurs rallié à sa candidature une centaine d'auteurs de romans noirs et 165 personnalités internationales issues des milieux syndical, altermondialiste ou politique, parmi lesquelles l'Allemand Oskar Lafontaine, fondateur du parti de gauche Die Linke.

Mais la posture du député européen lui vaut aussi de sévères critiques, comme celles de l'écologiste Daniel Cohn-Bendit, qui le juge passéiste et "fasciné" par Fidel Castro et Hugo Chavez.

Toujours est-il que le député européen, "Hugolien en diable", selon l'écrivain Pierre Assouline, suscite un engouement dont profitent toutes les composantes de la coalition.

UNE COALITION QUI A FAIT SES PREUVES

Le PCF dit ainsi avoir enregistré 300 adhésions lors de la marche place de la Bastille le mois dernier et presque autant au sein du Mouvement des jeunes communistes. Le Parti de gauche annonce de son côté avoir passé le cap des 10.000 adhérents.

"Dans cet élan, le PCF se renforce, chaque parti se renforce", affirme Olivier Dartigolles.

Il rappelle que le Front de gauche est né de la convergence en 2008 de plusieurs facteurs: la volonté du PCF de faire de la politique autrement et la décision de Jean-Luc Mélenchon de quitter le PS pour fonder le Parti de gauche.

Mais aussi du refus du trotskyste Chistian Piquet de rejoindre le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) alors lancé par Olivier Besancenot pour créer la Gauche unitaire.

Cette coalition, qui a permis aux communistes d'enrayer leur lent déclin, a fait ses preuves dès les élections européennes de 2009 où elle s'est placée en cinquième position avec près de 6,5% des voix et cinq élus.

Aux élections cantonales de 2011, un nouveau cap est franchi puisque l'alliance obtient 10,38% sur les cantons où elle est présente et se place comme la seconde force de gauche, devant Europe Ecologie-Les Verts.

Les communistes décident alors d'introniser Jean-Luc Mélenchon pour la présidentielle et de prolonger l'accord pour les législatives, au risque de voir le député européen tirer la couverture à lui.

Mais les alliés de "l'autre gauche" disent tous se féliciter de la construction d'une nouvelle force politique, comme en témoigne le ralliement de plusieurs responsables du NPA, dont le candidat, Philippe Poutou, peine à sortir de l'anonymat.

"La dynamique citoyenne s'est greffée sur le premier cercle, c'est une dynamique qui s'autoalimente. Il n'y a pas de gros ou de petits, on est à égalité sur un accord politique", assure Olivier Dartigolles.

"Il y a un dynamisme, même une joie dans la campagne qui, du coup, entraîne", confirme Martine Billard, pour qui la campagne attire des jeunes mais aussi des quadras et des quinquagénaires qui n'avaient jamais adhéré à un parti politique.

Un avis partagé par Alexis Corbière, secrétaire national du Parti de gauche, qui s'efforce depuis le début de la campagne de "dégonfler la baudruche Le Pen" et de faire mentir l'idée selon laquelle le FN serait en tête chez les ouvriers.

"L'essentiel de la force du Front de gauche, c'est que nous faisons venir au vote des gens qui sont des abstentionnistes", affirme-t-il. Une tendance confirmée par un sondage CSA.

Edité par Yves Clarisse

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