[scald=221797:sdl_editor_representation]par Julien Ponthus et Jean-Baptiste Vey

DIJON/PARIS (Reuters) - Confronté à une croissance économique nulle, François Hollande peine à convaincre du réalisme de son objectif de faire baisser le chômage d'ici la fin 2013 et une partie de son entourage commence à nuancer cette promesse.

Trois tendances apparaissent parmi ses proches : les premiers distinguent objectif et promesse, d'autres veulent y croire malgré la défiance des économistes et les troisièmes expliquent désormais qu'il s'agit surtout de stopper la hausse.

Atteindre l'objectif présidentiel, "c'est d'abord d'arriver à un plateau", explique ainsi un conseiller, pour qui l'urgence est d'enrayer l'augmentation du chômage des jeunes.

D'autres s'arc-boutent sur une véritable inversion de la courbe, alors que le nombre de chômeurs dans la catégorie phare a augmenté pour le 21e mois consécutif en janvier.

"C'est un objectif!", s'agace un conseiller du chef de l'Etat. "On veut y arriver coûte que coûte."

La Commission européenne estime au contraire que le chômage continuera d'augmenter cette année, et même l'an prochain, avec un taux atteignant respectivement 10,7% puis 11,0% de la population active contre 10,3% en 2012.

Une telle hausse constituerait une fragilité de plus pour le président français, dont la popularité est au plus bas après seulement 10 mois de présidence, à 31% d'opinions favorables dans le baromètre Ipsos-Le Point, après l'abandon de l'objectif de réduction du déficit à 3% cette année.

"L'objectif d'inverser la courbe du chômage avant la fin 2013 n'a pas plus de valeur que celui de ramener le déficit public à 3% du PIB en 2013", estime Bruno Cavalier, économiste chez Oddo Securities. "Attendons donc encore quelques mois avant que la communication officielle s'aligne sur la réalité."

UN OBJECTIF "DIFFICILE", RECONNAÎT HOLLANDE

A Dijon lundi et mardi, François Hollande a fait la publicité des mesures gouvernementales de lutte contre le chômage mais reconnu que la tâche serait rude.

"J'ai fixé cet objectif, inverser cette courbe du chômage avant la fin de cette année. C'est difficile, je le sais", a-t-il déclaré mardi. "Nous y parviendrons à trois conditions : être lucides sur le diagnostic, être cohérents dans la stratégie et être rapides dans l'action."

A l'Elysée, on parle ainsi "d'opération commando" pour boucler l'objectif de créer 100.000 "emplois d'avenir" cette année, un dispositif réservé aux jeunes peu qualifiés. Quelque 10.000 contrats auraient déjà été signés.

La présidence met aussi en avant les autres emplois aidés, les "contrats de génération", le crédit d'impôt compétitivité emploi et la réforme du marché du travail permise par l'accord conclu entre les partenaires sociaux.

Pour les spécialistes, ces mesures ne peuvent avoir d'effet déterminant tant que la reprise économique fait défaut, ce qui sera à nouveau le cas cette année. Et beaucoup regrettent que les embauches se fassent dans le secteur associatif ou public.

Selon Denis Ferrand, directeur du cabinet d'analyse économique Coe-Rexecode, "le chômage devrait poursuivre son ascension en 2013. Les anticipations d'évolution des effectifs des chefs d'entreprise sont très dégradées et la croissance économique sera insuffisante pour générer des créations nettes d'emplois".

"D'ici la fin de l'année 2013, la croissance économique sera probablement inférieure à 1%, seuil à partir duquel on enregistre des créations nettes d'effectifs dans le secteur marchand", poursuit-il. "Or, vu la progression attendue de la population active, ce n'est qu'à partir de 1,4 point de croissance que le chômage pourrait amorcer un repli."

Pour Bruno Cavalier, "il est clair que le chômage va monter en 2013 et sans doute aussi en 2014".

Il faut selon lui créer 200.000 emplois par an pour faire reculer le taux de chômage, compte tenu d'une croissance moyenne de la population active de 0,7%, alors que près de 140.000 destructions d'emplois peuvent être craintes cette année.

Edité par Yves Clarisse

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