Nicolas Sarkozy inaugure mardi 13 septembre le nouveau centre pénitentiaire sud-francilien, qui accueillera ses premiers détenus à partir du mois d'octobre à Réau en Seine et Marne. En 2007, c'est en visitant la prison pour femmes de Rennes que le ministre de l'Intérieur et candidat à la présidentielle Nicolas Sarkozy avait lancé: "la prison va changer"...

Depuis le plan Perben lancé en 2002, la France a engagé un vaste programme de construction de nouvelles prisons. Depuis 2008, douze établissements de grande capacité (plus de 400 places) ont déjà été ouverts, financés de plus en plus par des partenariats public-privé.

Si ces nouveaux établissements marquent une amélioration considérable en termes de confort (douche et télévision dans des cellules prévues pour être individuelles par exemple), détenus et surveillants dénoncent une prison "déshumanisée".

Par ailleurs, l'ouverture de nouvelles prisons n'a pas fait baisser la surpopulation carcérale. La France n'a jamais compté autant de détenus: 64 726 personnes incarcérées au 1er juillet 2011, pour 56 081 places. Et les prisons les plus récentes ne tardent pas à dépasser leurs capacités d'accueil.

L'atrium de la prison de Rennes-Vezin
L'atrium de la prison de Rennes-Vezin © Radio France / Sara Ghibaudo

Reportage au centre pénitentiaire de Rennes-Vezin

Lors de son ouverture en mars 2010, la cellule individuelle devait être la règle. Aujourd'hui, les 690 places ne suffisent plus. Malgré une amélioration notable du confort des cellules, la nouvelle prison, dans ses deux quartiers maison d'arrêt et son quartier pour les courtes peines, est rattrapée par la surpopulation, comme en témoigne cette visite avec le directeur du centre pénitentiaire.

Richard Bauer

« Plus il y a de places de prison, plus il y a d’incarcérations »

La CGT s'inquiète de la hausse de la surpopulation carcérale, en particulier dans l'Ouest, qu'elle attribue notamment à un durcissement judiciaire liée à l'affaire Laetitia.

Eric Lemoine, secrétaire régional adjoint de la CGT pénitentiaire

« Dans l’atrium les détenus sont livrés à eux-mêmes et à tous les trafics »

Richard Bauer, le directeur du centre pénitentiaire de Rennes-Vezin
Richard Bauer, le directeur du centre pénitentiaire de Rennes-Vezin © Radio France / Sara Ghibaudo

Le centre pénitentiaire pour hommes de Rennes-Vezin fait partie du programme dit "13 200", pour 13 200 places nouvelles prévues par la loi Perben de 2002.

Ce programme qui comporte 12 grands établissements de plus de 400 places est en voie d'achèvement, avec le centre de Réau en Seine et Marne puis celui de Nantes. La conception même de l'établissement a généré violences et malaise, un échec aujourd'hui largement reconnu au sein de l'administration.

Le problème vient en particulier de l'étalement géographique des bâtiments: le trajet pour se rendre d'un lieu à un autre est souvent long, avec des sas de contrôle à franchir, mais aussi des lieux de passage mal surveillés, comme "l'atrium" que présente le directeur.

Richard Bauer

Pour les surveillants aussi cette prison est moins humaine

Les espaces sont cloisonnés: rien à voir avec la conception d'une prison traditionnelle comme l'ancienne prison Jacques Cartier de Rennes, désormais fermée, où surveillants et détenus pouvaient se voir et communiquer d'un étage à un autre sur les coursives. D'où un isolement et une "déshumanisation" que ressent Christelle Nicolas, secrétaire locale de la CGT pénitentiaire, qui estime qu'il y a davantage d'agressions dans la nouvelle prison

Christelle Nicolas

Les prisonniers se plaignent d’un manque de contact avec les surveillants

Et les détenus, que pensent-ils de ces nouvelles prisons? Ils partagés, estiment leurs familles.

Lilia Rainfroy a 3 enfants, son mari qui purge une peine de 5 ans d'emprisonnement depuis 2 ans. Barbara Chicherie, avec sa fille de deux ans, vient voir son mari incarcéré pour 16 mois, et qui devrait sortir le mois prochain. Tous les deux avaient déjà été incarcérés à l'ancienne prison Jacques Cartier de Rennes.

Lilia et Barbara

Lilia et Barbara posent avec leurs filles dans les locaux de l'association Titomm, qui accueille et aide les familles de détenus
Lilia et Barbara posent avec leurs filles dans les locaux de l'association Titomm, qui accueille et aide les familles de détenus © Radio France / Sara Ghibaudo

Le directeur le confirme : le centre pénitentiaire n'offre pas suffisamment d'emplois (il n'a que 80 postes à proposer et le directeur estime qu'il en faudrait au moins 120). Ce 13 septembre, certains détenus qui suivent une formation rémunérée dans le bâtiment ont mené un mouvement de protestation: ils subissent un retard de paiement depuis deux mois et pour la fin de l'année, les fonds sont gelés.

Quant à l'accompagnement vers la sortie, Richard Bauer note que cet été il n'y avait sur le centre que deux conseillers d'insertion et de probation pour 700 détenus.

Seul point sur lequel il a été entendu: des travaux vont permettre d'embellir les cours de promenade.

Richard Bauer

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> Le programme Pénitentiaire sur le site du Ministère de la Justice

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