Pour peu que l'on soit un eurodéputé assidu et consciencieux, le Parlement européen n'est pas un lieu où on se la coule douce. Deux députés européens ont accepté de nous raconter leur quotidien entre réunions, Thalys et nuits à l'hôtel.

 Élisabeth Morin-Chartier et Guillaume Balas lors de la campagne pour les élections européennes de 2014
Élisabeth Morin-Chartier et Guillaume Balas lors de la campagne pour les élections européennes de 2014 © AFP / Jean-François Monier / Xavier Leoty

Il fait partie du mouvement Génération.s, elle soutient la République en marche. Il habite à Paris, elle à Poitiers. Il est candidat pour faire un second mandat, elle arrête après avoir passé près de douze ans au Parlement européen. Guillaume Balas et Élisabeth Morin-Chartier font partie des eurodéputés français les plus investis à Bruxelles et à Strasbourg, selon le site spécialisé VoteWatch Europe. Voilà à quoi ressemble leur quotidien.

Lundi, 6h du matin : avion

La "semaine type" d'un eurodéputé à Bruxelles s'étale du lundi au jeudi, le vendredi étant généralement consacré aux activités en circonscription. "Comme j'habite Poitiers, je quitte ma maison tous les lundis matins à 6h, raconte Élisabeth Morin-Chartier. Je prends un avion qui arrive de la Rochelle et qui m'emmène à Lyon, où je dois en reprendre un autre qui m'emmène à Bruxelles. Et je n'ai pas toujours ma correspondance !"

Le Parlement européen rembourse, bien entendu, les frais de déplacement. Guillaume Balas, pour le coup, n'a pas de problème de correspondance : "J'habite Paris, près de la gare du Nord, donc je prends le Thalys tous les matins. Je commence à Bruxelles vers 9h."

Mardi, 9h-12h : réunion

Les eurodéputés "bosseurs" ont un point commun : ils sont toujours en réunion. "Je commence toujours la semaine par une réunion avec mes collaborateurs, explique Élisabeth Morin-Chartier. Cela permet de cadrer le travail pour que l'organisation soit parfaite." 

Ensuite, tout s'enchaîne "à un rythme absolument effréné" selon Guillaume Balas : "Vous avez les réunions avec les membres de votre délégation politique pour faire le tour des sujets. Ensuite, ce sont les réunions en commission, avec souvent des auditions d'experts. Il y a aussi les réunions avec tous les partis qui composent votre groupe politique. C'est là où les positions officielles vont être prises sur les différents rapports."

Midi : pause déjeuner (ou pas)

"C'est à fond la caisse partout, tout le temps", affirme Élisabeth Morin-Chartier, membre titulaire de la Commission parlementaire de l’emploi et des affaires sociales, tout comme Guillaume Balas. L'eurodéputée poursuit : "En douze ans au Parlement, j'ai dû faire 17 règlements et directives. Celle sur les travailleurs détachés, dont j'étais co-rapporteur, m'a demandé 28 mois de travail."

Le Parlement européen compte 751 députés. Et si les réunions s'enchaînent, c'est parce qu'il y a, à Bruxelles, une "culture du résultat", selon Guillaume Balas : "En France, on prend le temps de réfléchir, de se connaître, on est plus sur le temps long. Ici, au bout de vingt minutes, on a produit quelque chose. En déjeuner de travail, vous mangez trois trucs et demi et en 25 minutes c'est terminé. Ce n'est pas vraiment l'idée de la pause-déjeuner française, c'est beaucoup plus anglo-saxon." 

Mercredi, 12h-19h : réunion

La culture de la réunion, à Bruxelles, va de pair avec celle de la négociation. "Comme aucun groupe n'a la majorité absolue, on n'a jamais raison tout seul, explique Élisabeth Morin-Chartier. On doit toujours être à l'écoute pour construire le consensus et pour bâtir sa majorité." D'où les réunions.

Une semaine par mois, les eurodéputés sont en session plénière à Strasbourg pour voter les textes européens. Le rythme y est presque plus soutenu qu'à Bruxelles, selon Guillaume Balas : "Avant les votes, il y a souvent des surprises, des revirements et vous avez toutes les urgences à gérer. Les réunions sont souvent très longues."

Jeudi, 22h : retour à la maison

Les eurodéputés ont tous une enveloppe de 304 euros par jour pour se loger et pour manger. Tous les soirs, Guillaume Balas reprend le Thalys pour rentrer à Paris alors qu'Elisabeth Morin-Chartier rentre à l'hôtel. "Ma valise généralement casse avant la fin du mandat", rigole-t-elle. Grâce à une application, Guillaume Balas sait, lui, quelle distance il parcourt dans les couloirs du Parlement : entre cinq et dix kilomètres par jour.

Les vendredis, l'eurodéputé Génération.s, en tant qu'ancien enseignant, les consacre parfois à faire découvrir son métier à des élèves de collège ou de lycée. Elisabeth Morin-Chartier, récemment, a participé à des ateliers citoyens pour organiser le vote aux prochaines élections européennes dans les prisons. Elle regrette que son travail soit "mal connu" voire "méprisé" par les partis politiques français. Guillaume Balas a la même analyse : "On n'a pas compris que c'est au Parlement européen que se joue la réalité du pouvoir. Certains préfèrent le théâtre politicien français que de peser réellement."

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