Face à la commission des sénateurs de tous bords (sauf LREM, qui a boycotté l'audition), l'ancien chargé de mission de l'Élysée s'est défendu d'avoir bénéficié de passe-droits. Il dénonce à nouveau "un acharnement médiatique" et une "instrumentalisation à des fins politiques".

Alexandre Benalla devant la commission sénatoriale le 19 septembre 2018
Alexandre Benalla devant la commission sénatoriale le 19 septembre 2018 © AFP / Bertrand Guay

C'était la 23e audition organisée par le Sénat depuis le début de cette commission d'enquête, mais très certainement la plus observée. Le suspense avait d'ailleurs été alimenté par le principal intéressé lui-même, Alexandre Benalla ayant d'abord annoncé qu'il refusait d'y participer, avant de changer d'avis et de se rendre "contraint" devant une commission qui, selon lui, "bafoue notre démocratie".

Le ton (ou la stratégie) a bien changé ce mercredi 19 septembre. Alexandre Benalla arrive d'abord avec des excuses. "J'ai un profond respect pour le Sénat, j'ai un profond respect pour les sénateurs" assure-t-il devant le président de la commission Phillipe Bas, qu'il qualifiait la semaine passée de "petit marquis". "Je suis bien élevé, je vous présente mes excuses, monsieur Bas. On n'attaque pas les hommes."

"Je n'ai eu aucun avantage en nature"

Voilà pour le ton, mais qu'en est-il du fond ? Faute d'avoir le droit d'enquêter sur les violences commises le 1er mai, les sénateurs se sont intéressés au parcours d'Alexandre Benalla et à ses fonctions à l'Élysée jusqu'aux révélations du Monde. Ils n'y ont pas appris beaucoup plus que ce que la presse et la commission de l'Assemblée nationale avaient déjà permis d'obtenir.

Alexandre Benalla s'est même efforcé pendant 2h30 de relativiser le rôle qu'il avait à l'Élysée, tout en précisant son parcours professionnel et son ascension. "J'ai travaillé au service d'ordre du Parti socialiste, où j'ai croisé un certain nombre d'entre vous que je reconnais dans cette salle", rappelle-t-il face aux sénateurs. Puis "j'ai été sollicité par un camarade qui avait rejoint La République en Marche". En revanche, il assure n'avoir jamais été "le garde du corps d'Emmanuel Macron", et n'avoir eu que des fonctions "d'organisation générale et de coordination générale de terrain". "Ce n'était pas une fonction opérationnelle mais une fonction administrative".

Des fonctions qui, selon lui, justifiaient notamment une "autorisation de port d'arme" qu'il a demandée "pour des motifs de sécurité et de défense personnelles". Le passeport diplomatique ? "Sa délivrance est automatique pour l'ensemble des personnels qui peuvent être amenés à se déplacer avec le président de la République" et "ce n'est pas un passe-droit". L'attribution d'un logement de fonction (qu'il n'a jamais occupé) ? "Je n'avais pas fait de demande au préalable". Concernant le fameux badge d'accès à l'Assemblée nationale, conservé après le début de l'affaire et qui avait vivement fait réagir les députés, il précise en revanche que "c'est un caprice personnel, je continuais à aller à la salle de sports, à la bibliothèque".

Il dénonce des "fake news" à son sujet

L'ancien chargé de mission assure plus largement n'avoir eu _"aucun avantage en nature_, les 6 000 euros nets [pour son poste à l'Élysée] étaient ma rémunération totale", et que son poste était "le niveau le plus bas de ce qu'on peut trouver au cabinet du président".

C'est l'autre volet sur lequel Alexandre Benalla est revenu à plusieurs reprises : le contexte et les raisons de cette audition. Il se dit victime "d'un acharnement médiatique, un acharnement politique" et dit avoir "l'impression qu'un certain nombre de personnes ont pu se servir des institutions de notre pays à des fins politiques et médiatiques". Une argumentation qu'il développe d'ailleurs depuis plusieurs semaines.

Le jeune homme explique aussi être l'objet d'un "certain nombre de fake news", contre lesquelles ses avocats ont engagé des recours. "Je ne lis plus la presse", regrette Alexandre Benalla... Les yeux de plusieurs dizaines de journalistes braqués sur lui.

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