Avant l'intervention d'Edouard Philippe devant l'Assemblée, retour sur les précédents discours de politique générale sous la Ve République. Des discours souvent oubliés.

L'hémicycle de l'Assemblée Nationale
L'hémicycle de l'Assemblée Nationale © AFP / GEOFFROY VAN DER HASSELT

On les a presque tous oubliés, et pourtant ils évoquent des sujets impérissables, et citent toujours les mêmes idées et ou auteurs.

Aux grands hommes, les Premiers ministres reconnaissants

Pierre Mauroy avec Jean Jaurès et la Déclaration des droits de l’Homme

Le 8 juillet 1981, la gauche vient de ravir le pouvoir à la droite. Historique, comme le rappelle le nouveau Premier ministre Pierre Mauroy, qui cite l’icône de la gauche, Jean Jaurès.

A nous "d'aller à l'idéal et de comprendre le réel". Tel est le message, toujours actuel, de Jean Jaurès. Là est le défi de la première rose.

Le Premier ministre expose sa vision de la société, plus solidaire, en citant la Déclaration des droits de l’Homme et son article 13 : Elle prévoit que la charge soit "également répartie entre les citoyens à raison de leurs facultés contributives".

Bernard Cazeneuve avec Jean Jaurès aussi

Le 13 décembre 2016, on retient du discours de politique générale de Bernard Cazeneuve cette citation de Jean Jaurès :

Le courage, c’est de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond, ni s’il réserve une récompense.

Cazeneuve n'innove pas, il poursuit les réformes engagées par les équipes Ayrault et Valls. Mais il envoie une pique copieusement saluée à François Fillon : "On peut réformer sans abîmer, on peut moderniser sans détruire" au sujet du déremboursement des dépenses de santé.

Edouard Balladur avec Marc Aurèle

Le 8 avril 1993, Edouard Balladur annonce qu’il souhaite"faire à nouveau de la France un exemple". Lors d'un discours d'une heure quarante-cinq minutes, le nouveau Premier ministre, cite l’empereur romain et philosophe stoïcien Marc Aurèle pour finir son propos sur la crise économique à laquelle la France doit faire face.

L’obstacle est matière à action.

Les sujets qui fâchent, toujours les mêmes

Il y a des sujets récurrents, comme si toutes les annonces faites auparavant n’avaient servi à rien, et n’avaient été suivies d’aucune disposition salvatrice.

Jean-Marc Ayrault et l’immigration

Le 2 juillet 2012, Jean-Marc Ayrault, joue la fermeté sur les questions de l’immigration.

"La lutte contre l’immigration irrégulière et les filières du travail clandestin sera menée avec fermeté. Mais aucun enfant, aucune famille, ne sera placé dans un centre de rétention."

Pierre Mauroy veut "remettre la France au travail"

Déjà en 1981 ? Emmanuel Macron le disait encore en 2017 pendant la campagne présidentielle : il faut libérer le travail… Alors que, déjà, un socialiste voulait "remettre la France au travail". Que s’est-il passé entre temps ?

Lionel Jospin et les finances

En 1997 Lionel Jospin trouve que "la situation des finances publiques est sérieuse" et remet donc à la rentrée suivante les principaux choix économiques et sociaux. Comme le gouvernement Philippe II ?

Rocard et les finances aussi, et la compétitivité

Déjà le déficit budgétaire taraudait Michel Rocard le 29 juin 1988. Il proposait de réduire le déficit de l'Etat de 15 milliards de francs (2,3 milliards d'euros) en 1989. (Aujourd’hui on est au dessus des 70 milliards.)

"Cette rigueur n'a de sens qu'au service de l'emploi, c'est-à-dire du rétablissement de la compétitivité et de l'économie françaises", précise-t-il.

Juppé et la fracture sociale

L’aurait-on oublié celle-là ? Le 23 mai 1995, la fracture sociale est le personnage principal du discours d’Alain Juppé, premier chef de gouvernement du président Chirac : son leitmotiv est la lutte contre l’exclusion, et la mobilisation générale contre le chômage.

L’abstention

C’est Jean-Pierre Raffarin qui s’en est inquiété dans un discours de politique générale.

L'abstention à ce niveau n'est plus de l'indifférence mais de la défiance. Un grand nombre de Français ont reproché à la République de ne plus tenir ses promesses, de liberté, d'égalité et de fraternité.

Les formules fabriquées maison

Certains sont arrivés à la tribune de l'Assemblée nationale avec de nouvelles formules, nouveaux concepts.

Jacques Chaban Delmas et la "nouvelle société"

En 1969, Chaban-Delmas lance le concept de Nouvelle Société, pour faire face à la crise de Mai-68 et aux mutations qu’elle apporte. Davantage de liberté d’expression, de dialogue social… Chaban plaide pour une société "prospère, jeune, généreuse et libérée".

Pierre Mauroy et la "nouvelle citoyenneté"

Certains observateurs ont trouvé que les propos de Pierre Mauroy leur rappelaient ceux de Georges Pompidou, car Pierre Mauroy a parlé d’ une "nouvelle citoyenneté".

Autre mot nouveau, qu’on a peut-être oublié mais pourtant historique dans l’économie française, celui de "nationalisation", pour mettre certaines entreprises sous la férule de l’Etat.

Jean–Pierre Raffarin pour qui "la pente est forte"

C’est la première "raffarinade" d’une longue série, que le Premier ministre de Jacques Chirac en 2002 se prêtera lui-même à utiliser avec humour.

Notre route est droite mais la pente est forte.

Une autre façon de dire, comme Balladur, que c’est la crise et qu’il faut y faire face.

Toutes ses petites phrases, sur des problèmes qui semblent n'avoir jamais été résolus pourraient ressortir lors du prochain discours de politique générale. Pour combien de temps encore ?

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