Entre 1983 et les premières percées électorales du FN et aujourd'hui, entre l’extrême et la droite, le cordon "sanitaire" n'a pas toujours été étanche.

Avec l'arrivée de Nicolas Sarkozy à la tête de la droite, Jean-Marie  Le Pen redevient un ennemi au même titre que les socialistes et c'est la fin du front républicain.
Avec l'arrivée de Nicolas Sarkozy à la tête de la droite, Jean-Marie Le Pen redevient un ennemi au même titre que les socialistes et c'est la fin du front républicain. © AFP / DOMINIQUE FAGET

1983 : le virage de Dreux

Entre la droite dite classique et l’extrême droite française, les accords ou désaccords électoraux ont consisté en une série de désistements. Dreux, mars 1983, pour la première fois, une liste droite-extrême droite, à l’époque le RPR et le FN, est constituée en vue des élections municipales. Il y a 9 candidats frontistes dans cette liste que désapprouve la direction nationale du RPR.

Cette liste remporte l’élection et la ville sera donc gérée par des élus RPR et FN. Pour la première fois depuis la Seconde guerre mondiale, une commune de France est codirigée par l’extrême-droite.

Si quelques élus du RPR, comme Jacques Chaban-Delmas ou Simone Veil, s’émeuvent de cette alliance, pour une bonne partie du RPR, en cette période de guerre froide, mieux vaut des élus FN que des élus communistes.

1985 : alliance avec le FN, liberté des fédérations RPR

Au sein de la droite classique, on ne pense pas encore que le Front national va devenir un enjeu électoral quasiment systématique dans les 30 prochaines années.

Deux ans après, en 1985, lors des élections cantonales, la direction du parti gaulliste laisse le libre choix aux candidats du RPR. Le président du RPR ne donne pas de consigne, chaque fédération peut faire comme elle l’entend au sujet de l’alliance avec le FN. C’est ainsi qu’en Provence Alpes-Côte-d ‘Azur, des élus FN soutiennent le RPR et l’UDF dès le premier jour.

1986 : Mitterrand, la proportionnelle et 35 députés FN

En 1986, la droite gagne les élections est devient majoritaire à l’Assemblée. Mais avec l’introduction par François Mitterrand de la proportionnelle, qui pour le chef de l’Etat est un changement institutionnel et démocratique autant qu’un outil stratégique pour mettre la droite classique en difficulté, les députés FN entrent dans l’hémicycle.

Mais très vite, les députés frontistes disparaissent puisque le nouveau Premier ministre, Jacques Chirac, supprime la proportionnelle par le biais du 49-3. En 1988, le retour au scrutin majoritaire met fin à la présence des députés frontistes à l’Assemblée nationale.

"Vous vous êtes conduit à l’égard de cette Assemblée comme un soudard", dira Jean-Marie Le Pen à Jacques Chirac.

À la fin des années 80, au sein de la droite classique commence à émerger un positionnement incarné par Alain Juppé qui place clairement le Front national en dehors du champ des alliances. Michel Noir, alors ministre, lance aussi un cri d’alarme dans le journal Le Monde, qui préfère "perdre plutôt que de gagner avec le Front national".

Entre 1988 et 1997, chaque élection sera un véritable casse-tête pour la droite qui fait face à chaque fois à l’attitude de certains candidats qui n’hésitent pas à s’allier au FN pour gagner. Mais il faut attendre 1991 pour que les partis de droite "classique" condamnent définitivement toutes types d’alliance avec le FN. Cette date correspond aussi à une période hégémonique pour la droite et le centre qui remportent toutes les élections jusqu’à 1993. La droite n’a plus besoin du FN pour s'imposer.

1998 : l’électrochoc des régionales

En 1998, la droite et le centre se déchirent avec certains de leurs candidats aux élections régionales qui passent un accord avec le FN contre l’avis de leurs états-majors. Si François Bayrou et Philippe Séguin sont fermes, d’autres les défendent, comme Alain Madelin.

Pour la première fois, des sanctions sont prises par l’UDF et le RPR, qui excluent de leurs partis les présidents de régions élus avec l’appui du FN.

2002 : la tempête et le Front Républicain

Ce 21 avril 2002, Chirac est en tête du premier tour de la présidentielle devant Jean-Marie Le Pen, qui atteint le second tour en éliminant le candidat socialiste Lionel Jospin. Tous les partis de gauche, excepté Lutte Ouvrière et la LCR, appellent à voter Chirac : le front républicain est né. À l’entre-deux-tours, Jacques Chirac évoque "l’intolérance et la haine de son adversaire" et tourne définitivement le dos à tout type d’alliance.

Pendant de nombreuses années, la droite dite classique ne reviendra pas sur cette position de Jacques Chirac.

2011 : "Ni-ni"

Il faudra attendre les élections cantonales de mars 2011 et l’arrivée du secrétaire général de l’UMP (qui succède au RPR), Jean-François Copé, soutenu par Nicolas Sarkozy sur cette position, pour que soit défendu le "ni-ni", ni FN ni PS. La droite restera divisée sur le sujet jusqu’à aujourd’hui et à la position sans ambiguïté de François Baroin sur France Inter, chef de l’opposition pour les législatives en juin.

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