Le Premier ministre Édouard Philippe a donné sa démission, ce vendredi matin. Un nouveau gouvernement va être formé. De son arrivée surprise à Matignon en 2017 à sa gestion de la crise du Covid, le nouveau maire du Havre a imprimé sa patte – au point de dépasser Emmanuel Macron en popularité.

Edouard Philippe, la semaine dernière au Havre, en fin de campagne électorale
Edouard Philippe, la semaine dernière au Havre, en fin de campagne électorale © AFP / Sameer Al-DOUMY

Il aura été pendant un peu plus de trois ans aux manettes du gouvernement nommé par Emmanuel Macron : nommé le 15 mai 2017, il a démissionné ce 3 juillet 2020, quelques jours à peine après sa réélection à la mairie du Havre. Peu connu des Français à son arrivée, il quitte Matignon avec une cote de popularité dans les sondages supérieure à celle de son président de la République.

Jusqu'en 2017, cet énarque, rocardien pendant une partie de ses études, a fait l'essentiel de sa carrière politique au RPR puis à l'UMP (et enfin aux Républicains) à l'échelon local, dans sa Normandie natale : né à Rouen, il devient adjoint au maire du Havre en 2001, puis lui-même maire en 2010. Il exerce aussi un mandat de conseiller régional du début des années 2000. Il est également député de Seine-Maritime de 2012 à 2017.

Arrivée surprise à Matignon

Mais après l'élection présidentielle, sa nomination est une surprise : pour la première fois (en excluant les cohabitations), un Président nouvellement élu ne choisit pas quelqu'un qui a fait campagne dans son camp comme Premier ministre. Édouard Philippe a en effet soutenu Alain Juppé pendant la primaire chez Les Républicains en 2016, puis François Fillon jusqu'à l'éclatement de l'affaire du même nom.

Il quitte la campagne en mars 2017, moins de deux mois avant le premier tour, en ayant eu le temps d'envoyer quelques piques à celui qui deviendra son Président : "De quoi restera-t-il le nom ? D’une révolution manquée ou d’une victoire éclair ? D’une trahison misérable ou d’une ambition démesurée ? Personne ne peut le dire aujourd’hui", écrivait-il à propos d'Emmanuel Macron en janvier 2017 dans Libération.

La trahison, ce sont Les Républicains qui la voient dans ce ralliement : s'il ne démissionne pas et qu'il ne quitte pas de lui-même le parti, il est fustigé par son ancienne famille politique. En revanche, il n'a jamais, non plus, adhéré à la République en Marche.

Deux crises majeures et des réformes épineuses

En trois ans d'exercice à Matignon, Édouard Philippe a dû affronter des dossiers lourds et épineux, de celui de Notre-Dame des Landes aux réformes de la SNCF et des retraites, qui ont toutes deux causé des mouvements de grève, début 2018 avec une mobilisation sans précédent chez les cheminots, puis fin 2019 à la RATP et la SNCF.

Mais surtout, le Premier ministre a dû faire face à la crise inédite des "gilets jaunes" de fin 2018 à mi-2019 : Édouard Philippe, alors au plus bas de sa cote de popularité, doit renoncer à la hausse annoncée des taxes sur le carburant. C'est Emmanuel Macron qui reprend les rênes de la politique nationale, en lançant le "grand débat national" puis un vaste plan d'aide.

La balance s'incline dans l'autre sens avec la deuxième grande crise qui a marqué le gouvernement : la crise sanitaire, qui a propulsé le Premier ministre en première ligne, là où Emmanuel Macron s'est contenté, dans ses allocutions, de fixer les grandes lignes du confinement, du déconfinement, et des mesures de lutte contre la crise sanitaire, économique et sociale. C'est Édouard Philippe qui, dans de longues conférences interministérielles pour lesquelles il jouait le rôle de chef d'orchestre, se voit confier le rôle de pédagogue.

Désaccords ou retour aux ambitions locales ?

À plusieurs reprises, Emmanuel Macron et Édouard Philippe ont eu du mal à cacher leurs dissensions : sur la réforme des retraites par exemple, révolution macronnienne "mutée en projet de gestion financière", rappelle un portrait consacré au locataire démissionnaire de Matignon la semaine dernière dans Le Monde. Sur la suppression de l'ENA, à laquelle Édouard Philippe, ancien du Conseil d'État, n'était pas favorable.

Sont-ce ces dissensions qui ont eu raison du binôme qui unissait les deux hommes ? Difficile de le savoir, car entretemps, Édouard Philippe a continué de marcher dans le pas de son ancien mentor Alain Juppé en se présentant, sans quitter ses fonctions de Premier ministre, aux élections municipales, au Havre toujours.

Si une déroute lui assurait de quitter le gouvernement, sa victoire dimanche laissait encore planer son maintien ou pas à Matignon. Mais lors d'une interview à Paris-Normandie mi-juin, Édouard Philippe avait laissé entendre qu'il pourrait revenir aux commandes du Havre plus tôt que prévu : "Si les électeurs me font confiance, je serai de retour au Havre. Au plus tard en mai 2022, mais peut-être beaucoup plus tôt."

À l'aube d'une nouvelle politique pour les deux dernières années du quinquennat, Édouard Philippe avait aussi prévenu et rappelé : "Emmanuel Macron sait qui je suis, ce que j'incarne, ce que je peux faire et ce que je ne peux pas faire", laissant lire entre les lignes qu'il ne pourrait pas être le Premier ministre d'un virage à gauche.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.