Le député-maire LR du Havre a été nommé Premier ministre par Emmanuel Macron. Ce fidèle de Juppé, sportif, auteur, doit incarner le renouvellement voulu par le nouveau président.

A 46 ans, Edouard Philippe devient le premier chef de gouvernement de l'ère Macron
A 46 ans, Edouard Philippe devient le premier chef de gouvernement de l'ère Macron © AFP / Joël SAGET

Amateur de boxe, le nouveau Premier ministre sait jouer du "gauche-droite". Fils de deux professeurs de français qui votaient socialiste, petit-fils de docker, le jeune Édouard Philippe a fait ses humanités politiques en militant pour le PS lorsqu’il était étudiant à Sciences Po. Adepte de Michel Rocard, il aimait chez le Premier ministre de François Mitterrand, son côté "social démocrate assumé". Mais les gens changent, les idées se façonnent et à partir de 2002 c’est Alain Juppé qui sera son guide, participant à ses côtés à la création de l’UMP avant de devenir député LR de Seine-Maritime en 2012.

Edouard Philippe a toujours été fidèle à Alain Juppé
Edouard Philippe a toujours été fidèle à Alain Juppé © AFP / CHARLY TRIBALLEAU

"Je suis un homme de droite"

Aujourd’hui le voilà donc chef du gouvernement d’un Président à l’appartenance politique sinon floue du moins protéiforme. Mais son positionnement à lui semble bien clair : "Je suis un homme de droite !" déclarait-il ce lundi après-midi lors de la passation de pouvoir avec son prédécesseur, Normand comme lui, Bernard Cazeneuve.

Né à Rouen, âgé aujourd’hui de 46 ans, soit sept de plus qu’Emmanuel Macron, Édouard Philippe est, à l’instar du nouveau chef de l’État, un ancien énarque (promotion Marc Bloch 1995-1997). Issu de la botte, c’est-à-dire parmi les quinze premiers du classement final, il choisit le Conseil d’État à la sortie de l’école strasbourgeoise. Quelques années plus tard, il rejoint l’équipe du maire du Havre, Antoine Rufenacht, s’en éloigne après un échec aux législatives de 2002 et fait alors des allers-retours entre public et privé. Avocat dans un cabinet, il revient brièvement à la politique en 2007, aux côtés de Juppé éphémère ministre de l’Écologie, puis se fait embaucher comme directeur des affaires publiques à Areva, où il tiendra un rôle de lobbyiste très apprécié par le groupe – "un gros bosseur", diront de lui ce qui l’ont croisé – avant de devenir, en 2010, maire du Havre, à la faveur de la démission d’Antoine Rufenacht. Une charge qu’il conservera jusqu’à ce 15 mai et sa nomination à Matignon.

"Macron, qui n’assume rien mais promet tout"

Au cours de sa carrière, ce "bosseur" apprécié s’est également forgé une réputation qui n’est pas forcément à son avantage : "Arrogance, excès de confiance en soi et ambition démesurée", peut-on apprendre sur sa personne dans un livre consacré à Alain Juppé.

L’homme en tout cas requiert tous les atouts du politicien et notamment la faculté de changer d’avis pour profiter des vents favorables. Ainsi dans une de ses chroniques durant la campagne présidentielle publiées par le quotidien Libération, Édouard Philippe comparait Emmanuel Macron à Brutus et parlait en ces termes de son désormais nouveau patron : "Macron, qui n’assume rien mais promet tout, avec la fougue d’un conquérant juvénile et le cynisme d’un vieux routier."

Dans ce milieu on ne peut parler de casserole pour une telle attitude, en revanche celle qu’il a tenu face à la Haute Autorité pour la Transparence de la vie publique (HATVP) lors de sa déclaration de patrimoine pourrait lui être ressortie dès la première actualité autour des "affaires" de la vie politique. Selon le site Mediapart, sa déclaration aurait reçu une "appréciation" de la HATVP, mention signalant que l’homme n’est pas très "transparent". À plusieurs reprises, Édouard Philippe a inscrit "aucune idée" dans la case sur la valeur de chacun de ses appartements ou ne cachait pas son agacement lorsqu’il lui était demandé d’inscrire ses honoraires en tant qu’avocat.

On l’a dit sportif – en plus de pratiquer la boxe il possède un physique de basketteur – Édouard Philippe est aussi un "littéraire". Outre ses chroniques hebdomadaires dans Libé, il a co-écrit deux ouvrages (Dans l'ombre et L'Heure de vérité) et mené une politique active en faveur de la promotion du livre dans sa ville.

Maintenant qu'il a les clés de Matignon, sa première mission est de former un gouvernement. L’énarque en connaît l’enjeu mais aussi la difficulté. Dans un documentaire lui étant consacré, on pouvait l’entendre dire : "Il y a un élément du pouvoir qui est central, c'est la capacité à nommer, à décider des nominations." Le gauche/droite de la boxe pourrait lui être une fois de plus utile.

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