Le journal américain New Yorker publie une très long portrait du président de la République. Il s'y exprime sur les résultats des élections européennes qu'il analyse comme une victoire face aux extrêmes, ou encore sur le mouvement des "gilets jaunes" et sa possible candidature en 2022.

Emmannuel Macron lors du sommet européen à Bruxelles le 21 juin 2019
Emmannuel Macron lors du sommet européen à Bruxelles le 21 juin 2019 © AFP / KENZO TRIBOUILLARD

C'est un long portrait publié par le New Yorker, intitulé "Emmanuel Macron peut-il endiguer la marée populiste?". Au long des 26 pages (!) mêlant anecdotes sur sa vie, reportages en France et interview avec ses collaborateurs présents ou passés, la journaliste Lauren Collins revient sur les étapes qui ont mené Emmanuel Macron à devenir président de la République, depuis ses origines familiales jusqu'à Grand débat national. En fil rouge, le chef de l'État se confie sur plusieurs thèmes.

Les élections européennes "sont la confirmation de 2017"

Emmanuel Macron revient sur la situation similaire à plusieurs pays de l'UE mais aussi sur l'échec des mouvements populistes à prendre le pouvoir au Parlement européen : "Ce qui est nouveau à l’échelle européenne, c’est que la montée de l’extrémisme, notamment de l’extrême droite, est partout. Il y a quelques mois, beaucoup de gens pensaient qu’une nouvelle coalition d’extrême droite pourrait avoir une majorité au Parlement européen, ou au moins bloquer n’importe quelle majorité. Ce n’est pas arrivé. C’est pour moi l’un des aspects positifs de cette élection, même si ces extrêmes ont été aidés par des influences étrangères."

Pour Emmanuel Macron, les élections européennes ont été une sorte de test de mi-mandat. "Au niveau national, elles sont la confirmation de 2017 [Le Rassemblement National arrive en tête des résultats]. Beaucoup de politiciens pensaient que 2017 serait une exception, ou une aberration. Ce n’est plus le cas."
 

Sur l'Union européenne : "Donald Trump n'est pas Steve Bannon"

En juillet 2018, Donald Trump avait décrit l’Union européenne comme une "ennemie". Pour autant, Emmanuel Macron ne le voit pas comme une menace pour l'UE. "Je ne mélange pas Donald Trump et Steve Bannon. Il est certain qu’il y a des ambiguïtés entre nous, quand on regarde la position de Trump sur le Brexit, et le fait qu’il promeuve un Brexit 'dur'. Je pense qu’il doit clarifier sa position vis-à-vis de l’Europe."

Les violences lors des manifestations des "gilets jaunes" étaient-elles acceptables? "Non, mais..."

L’usage de la force par les policiers lors des manifestations des "gilets jaunes" était-il acceptable selon lui ?  "Non, mais il faut voir ce que nous avons vécu : pour la première fois, nous avions un mouvement social avec un très haut degré de violence. Quelque chose d’unique. J’ai décidé de ne pas décréter de situation particulière, ni d’interdire ces manifestations. J’ai fait cela car je ne voulais pas réduire le niveau de liberté dans ce pays. Je pense que ça aurait été une erreur. Mais penser que nous avions affaire à de simples citoyens en train de manifester, c’est du "bullshit" (sic).

Sur Geneviève Legay, manifestante "gilets jaunes" blessée le 23 mars à Nice

Lors de la manifestation du 23 mars à Nice, Geneviève Legay avait été blessée lors d'une charge policière. Emmanuel Macron lui avait alors souhaité "une rapide récupération et un peu de bon sens", ce qui avait été vivement critiqué.

Pour le Président, "Nous avons une presse libre, la liberté de se déplacer, la liberté des réseaux sociaux. Tout peut être dit. Mais aller dans un endroit où il était interdit de manifester est complètement fou. Le bon sens est bienvenu, surtout en cette période difficile ! Je lui souhaite le meilleur ! Mais cette vieille dame n’allait pas faire des courses. Elle manifestait avec des activistes, face à des policiers, au pire moment de la crise."

Emmanuel Macron revient également sur la perception de ces violences au sein de la société française. "Ce qui est très compliqué à gérer, c’est que beaucoup de personnes en ont assez de la violence des manifestants, qui pourrait être synonyme d’une sorte de laxisme de l’État. Et en même temps, d’autres sont en colère face à tous ces blessés, qui sont synonyme d’autoritarisme." 

Sur sa participation au grand débat national : "Je n'avais pas d'autre choix"

Emmanuel Macron évoque ses nombreuses conférences dans toute la France, où il a échangé pendant des heures avec des citoyens et des élus. "Je pense que si les dirigeants ne s’exposent pas eux-mêmes, décident de ne pas s’impliquer et de ne pas aller sur le terrain, alors ils laissent la place aux extrêmes. Je n’avais pas d’autre choix –c’est ma conviction- que d’aller en première ligne et d’essayer de répondre à ce qu’il se passait."

Sur les résultats du Grand débat national, le chef de l'Etat concède une différence de vision avec les Français. "L’humain n’était pas suffisamment au cœur du projet que nous voulons mener. Pour moi, c’était une approche et un mouvement progressif, mais c’était probablement trop abstrait." 

Emmanuel Macron évoque aussi la fin de son mandat. "Si je ne suis pas efficace avec les classes moyennes, les gens se débarrasseront de moi. C’est la démocratie" insinuant qu’il se présentera à nouveau en 2022, estime la journaliste.
 

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