Moins d'un mois avant la date limite de dépôt des candidatures, les listes qui se réclament des "gilets jaunes" sont toujours en construction. Elles ont un point commun : aucune n'arrivera à rassembler tout le mouvement.

Plusieurs listes pour les élections européennes se réclament du mouvement des gilets jaunes (illustration).
Plusieurs listes pour les élections européennes se réclament du mouvement des gilets jaunes (illustration). © AFP / Edouard Richard / Hans Lucas

Officiellement, ils vont y arriver. Mais pour l'instant, rien n'est encore prêt. Les "gilets jaunes" candidats aux élections européennes ont, comme les autres, jusqu'au 3 mai 2019 pour construire et déposer leur liste au ministère de l'Intérieur. "Ça a l'air chaotique comme ça mais c'est normal : le mouvement est récent", résume une colistière.

Pas de liste commune

Entre les annonces, les défections, ou ceux qui continuent à y croire, impossible de dire aujourd'hui combien de listes labellisées "gilets jaunes" seront déposées pour les élections européennes. Une certitude, néanmoins : aucune ne fera l'unanimité. "Le mouvement ayant brassé toutes les convictions, vous ne pouvez pas nous demander de faire liste commune pour les européennes", résume Jean-François Barnaba, qui a pris la tête de la liste "Jaunes et citoyens"

Quelles que soient les sensibilités de chacun, "bien sûr que si on est plusieurs, cela va diluer les votes", reconnaît Frédéric Mestdjian, cofondateur et colistier de la liste "Ralliement d'initiative citoyenne" (RIC). Selon lui, des négociations sont toujours en cours dans "une logique de rassemblement", mais certains auraient préféré claquer la porte "pour des questions de places éligibles". "On n'est pas sur une logique personnelle", promet Christophe Chalençon, qui a pris la tête de la liste "Evolution citoyenne".

Quel financement ?

Au-delà de ces désaccords de fond, chacune des listes assure être en mesure de rassembler 79 candidats d'ici le 3 mai. Pour ce qui est du financement, c'est plus compliqué : "Aucune liste n'est pour le moment assurée d'y être, affirme François Barnaba. Nous, nous avons des financiers, mais comme ils seront colistiers et que la liste est toujours ouverte, c'est un peu prématuré d'en parler."

La tête de liste estime avoir besoin d'environ un million d'euros pour imprimer les bulletins de vote, les professions de foi, les affiches, etc. Chez "Evolution citoyenne", autre méthode : les électeurs seront appelés à imprimer eux-mêmes leur bulletin de vote et la campagne se fera sur les réseaux sociaux. Christophe Chalençon explique néanmoins que le mouvement est en train de créer une "association de financement" pour payer des déplacements partout en France.

Quelle légitimité ?

Au final, les gilets jaunes voteront-ils seulement pour une "liste gilets jaunes" ? Fin janvier, Eric Drouet et Maxime Nicolle, deux des initiateurs du mouvement, avaient désavoué la liste "RIC". Réunie à Saint-Nazaire le 7 avril, l'"Assemblée des Assemblées des Gilets Jaunes" a condamné, dans un appel, "toutes les tentatives de constitution de liste politique au nom des gilets jaunes", sans donner ni consigne de vote, ni consigne de participation.

Sur ce point-là, les candidats sont d'accord : "Bien entendu que nous n'avons pas la légitimité, mais on attend quoi ? À un moment, il faut ouvrir une voie", lâche Christophe Chalençon, qui voit d'ailleurs les Européennes comme une répétition pour les municipales. Frédéric Mestdjian conclut : "Il faut donner une solution à ceux qui ne veulent pas voter ni pour la majorité, ni pour l'opposition."

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