TÉMOIGNAGES | Depuis la Bretagne, quatre élus socialistes, deux hommes et deux femmes entre 30 et 70 ans, évoquent le PS, leur parti, au moment où tout peut basculer.

De Hamon à Valls, en passant par Taubira, Royal ou Fabius, pendant le quinquenat, les élus PS locaux ont souvent eu du mal à suivre le cap politique de leur parti.
De Hamon à Valls, en passant par Taubira, Royal ou Fabius, pendant le quinquenat, les élus PS locaux ont souvent eu du mal à suivre le cap politique de leur parti. © Maxppp / Christophe Morin

Habituellement, à moins de trois mois de la présidentielle, les élus locaux sont très sollicités mais en Bretagne comme ailleurs, on attend.

"Pas mal d'élus se demandaient quand il fallait quitter le bateau pour aller chez Macron, avant ou après dimanche", s'amuse Marie-Cécile Riedi.

Marie-Cécile Riedi, conseillère municipale dans l'opposition à Sarzeau
Marie-Cécile Riedi, conseillère municipale dans l'opposition à Sarzeau © Aucun(e)

Elle, n'ira pas chez Macron, mais d'autres, pour ne pas perdre leur siège, n'hésiteront pas. "Le PS, c'est un parti d'élus mais jusqu'où on est prêt à aller ...Moi, j'ai mes valeurs et je n'ai plus rien à perdre" assume crânement cette femme de 65 ans, "génétiquement socialiste" comme elle se définie elle même. Conseillère municipale dans l'opposition à Sarzeau, une petite ville du Golfe du Morbihan, elle regarde le parti auquel elle a adhéré à la fin des années 70, sans candeur et sans angoisse.

La déchéance de nationalité, "c'est là que tout est parti de travers"

François Hollande, elle l'a soutenu jusqu'à la déchéance de nationalité et la loi Travail "c'est là que tout est parti de travers", estime t-elle. Pour la primaire, cette responsable de section a eu du mal à mobiliser les gens. "Hamon ou Valls, dans les deux cas, je ne vois pas comment on peut être au deuxième tour de la présidentielle alors je prépare mes chaussures pour aller marcher dans les rues", se résigne-t-elle, au cas où la droite passerait en mai.

Si elle n'a plus beaucoup d'espoir pour la présidentielle, pour son parti, elle n'a pas trop d’inquiétude : "un coup à gauche, un coup à droite. Je ne me fais pas de souci pour le PS." En revanche, Marie-Cécile a du mal avec certaines mesures et certaines décisions prises par ce gouvernement :

"Quand je vois ce qui s'est passé dans la vallée de Roya (un agriculteur arrêté pour avoir secouru des migrants), j'ai mal à ma gauche."

"Les élus ont pris de plus en plus de place à mesure que les militants nous quittaient. Aujourd'hui, au Parti socialiste, il ne reste que les élus pour militer et tout le monde essaie de sauver sa peau" regrette-elle, "l'élection ça apprend à combattre mais comme conseillère municipale, je touche zéro".

Elle, qui fut la seule à mettre une rose à sa fenêtre au lendemain de l'élection de Mitterrand en 1981 dans sa petite ville du Nord, admet avoir eu du mal avec les orientations du PS à plusieurs reprises. "J'ai été déstabilisée par exemple quand DSK a été candidat à la primaire. On partait trop en direction de la finance. Ça me gênait, je voyais la gauche, plus à gauche !"

Au fil du temps, cette fille "d'un instituteur laïc" et petite fille d'un membre de la SFIO, a beaucoup de mal à voir le monde ouvrier quittait le parti. "Mais si on veut rester aux décisions, il faut bien s'adapter". Aujourd'hui, elle voit les anciens militants, des électeurs de gauche partis vers le FN. "La Bretagne ressent aujourd'hui le chômage qu'ont ressenti d'autres régions auparavant."

Déconnexion entre le PS et le monde du travail

Cette déconnexion entre le PS et le monde du travail, c'est aussi un regret pour Yannick Scanff. Conseiller municipal dans la majorité dans la petite ville de Saint-Avé, acheteur en industrie, il a observé de près les programmes, en particulier sur ce sujet.

Yannick Scanff, 43 ans, milite au PS depuis 2002
Yannick Scanff, 43 ans, milite au PS depuis 2002 © Aucun(e)

"Au PS, on évoque les lignes politiques dans les grands axes mais on ne fait pas de propositions concrètes."

Et de regretter le manque de courage de certains sur des mesures qui auraient vraiment pu changer les choses :

"Sur le non cumul des mandants, l'hostilité au sein du PS était incompréhensible, sauf à comprendre que certains étaient attachés à leur mandat comme à un trône."

À 43 ans, il vient de passer 15 ans à militer au PS, avec une interruption de deux ans : "Ségolène Royal, ce n'était pas mon truc". Pour lui, les fractures au sein du parti sont multiples mais celle qui est toujours ouverte, c'est le vote du traité européen en 2005 où une parti des dirigeants avaient fait la campagne du "non".

"Les frondeurs, c'est la continuité du non au traité européen de 2005. C'est à ce moment là que l'on aurait du faire cette clarification idéologique. Pas à moins de deux mois de l'élection présidentielle", regrette-t-il.

Une crise existentielle

À ses yeux, le vrai match des idées ne se jouait pas dimanche mais ce lundi matin. "Les vrais axes novateurs viennent d'Hamon et Macron", selon lui.

Ce dernier l’intéresse mais il n'a pas assez d'éléments sur son programme qu'il juge encore flou. Pour Yannick, une chose est sûre, le PS traverse une crise existentielle. "On est au pied du mur, cette fois-ci, on ne pourra pas reporter la clarification politique" assure -t-il.

Ce malaise chez les gens de gauche, Simon Uzenat, chef de file de l'opposition municipale à Vannes, s'y confronte constamment. À 31 ans, ce jeune élu milite déjà depuis 16 ans au PS.

"Depuis ma première élection présidentielle, ça a toujours été des choix de raison. Mais cette fois-ci, il y a un vrai désarroi"

Simon Uzenat, élu socialiste d'opposition à Vannes.
Simon Uzenat, élu socialiste d'opposition à Vannes. © Aucun(e)

"Après le deuxième tour dimanche, on va subir comme depuis le début du quinquennat." Ce qui le réconforte, c'est encore l'action locale, auprès de sa section. Un travail fait en commun, au-delà des clivages politiques : "le PS devrait donner un maximum de pouvoir au niveau local". Pour lui, l'idée d'Emmanuel Macron de faire partager les idées "sans qu'il y ait de chemin tracé" est bonne.

Micheline Rakotonirina, évoque elle aussi le désarroi des militants et sympathisants.

"Au PS depuis longtemps, les projets consistent à restaurer avant tout l'économie. Mais quand il vous reste 50 euros pour vivre, on n'a pas le temps d'attendre".

Micheline Rokotonirina a fait son choix, ce sera Benoît Hamon.
Micheline Rokotonirina a fait son choix, ce sera Benoît Hamon. © Aucun(e)

À 68 ans, cette élue municipale qui siège à Vannes dans l’opposition depuis 20 ans, regrette que le parti soit devenu "un parti de professionnels où l'on entre pour faire carrière". Benoît Hamon lui plait, "on lui reproche d'avoir un rêve mais un rêve c'est aussi une vision. S'il gagne, une partie des militants de gauche va revenir au PS."

Le risque d'hémorragie vers Emmanuelle Macron de nombreux élus nationaux, n'angoisse pas Micheline, bien au contraire :

"Et bien comme ça, on ne sera plus un parti d'éléphants. Ça fait 40 ans que ce sont les mêmes qui dirigent le PS, c'est l'occasion de rajeunir".

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