Première étape d'une tournée africaine de trois jours qui le conduira mercredi en Côte d’Ivoire, puis au Ghana jeudi, Emmanuel Macron s'est adressé à la jeunesse du continent depuis le Burkina Faso ce mardi. Il a prôné un changement de méthode et la fin du statu quo entre la France et les pays africains.

Emmanuel Macron durant son discours à l'Université de Ouagadougou au Burkina Faso le 28 novembre 2017.
Emmanuel Macron durant son discours à l'Université de Ouagadougou au Burkina Faso le 28 novembre 2017. © AFP / LUDOVIC MARIN

Le président a prononcé ce mardi midi un discours très attendu depuis l'université de Ouagadougou, au Burkina Faso. Le chef de l'Etat s'est exprimé durant plus d'une heure et demie, devant 800 étudiants, avant de se prêter au au jeu des questions-réponses dans une ambiance tendue. Avant l'intervention présidentielle, des manifestants ont dressé des barricades et incendié des pneus sur la voie menant à l'université de la capitale burkinabée en scandant des slogans tel que "A bas l'exploitation de l'Afrique par l'Occident".

"Changement de méthode"

Emmanuel Macron a prôné un "changement de méthode" et exposé son désir de tourner la page de la colonisation, "un passé qui doit passer" marqué de "crimes incontestables".

Je ne suis pas venu ici pour vous dire quelle est la politique africaine de la France. Parce qu’il n’y a plus de politique africaine de la France. Il y a une politique que nous pouvons conduire mais il y a surtout un continent que nous devons regarder en face.

Le président a appelé à une relation _"repensée, à la bonne échelle"_

"Je considère que l’Afrique est le _continent central, global, incontournable_. C’est ici que se concentrent tous les défis, que se jouera le basculement du monde", a-t-il ajouté avant de dresser la liste des grands défis qui attendent le continent : "Le terrorisme, le changement climatique qui ravage le Sahel, la démographie avec 450 millions de jeunes à insérer sur le marché du travail d’ici 2050, l’urbanisation et, enfin, la démocratie, qui reste le combat d’une grande partie de la jeunesse africaine."

Une initiative euro-africaine en Lybie

"L'éducation sera la priorité absolue du nouveau partenariat que je vous propose", a promis Emmanuel Macron, évoquant les risques de radicalisme religieux. "Je serai aux côtés de tous les chefs d’État et de gouvernement africains qui feront _le choix de la scolarisation obligatoire des jeunes filles_", a-t-il complété, précisant qu'il souhaitait que des bourses scolaires financés par la France "soient données en priorité à des jeunes filles". Pour aider les étudiants, il a promis des visas de plus longue durée, et des "passeport talents" censés permettre à un millier de jeunes supplémentaires de venir en France.

Concernant les flux migratoires, Emmanuel Macron a annoncé qu'il allait"proposer une initiative euro-africaine" pour "frapper les organisations criminelles et les réseaux de passeurs" qui exploitent les migrants subsahariens dont certains sont réduits en esclavage. "Je proposerai également que l'Afrique et l'Europe viennent en aide aux populations en danger en Libye", a-t-il ajouté, qualifiant la vente de migrants comme esclaves de "crime contre l'humanité".

Sur la lutte contre le terrorisme, le président a réitéré sa volonté d'aider à la constitution de la force multinationale du G5 Sahel pour lutter contre les groupes djihadistes.

Il a aussi promis que l'aide française au développement serait portée à 0,55 % du PIB d'ici 2022 et que la France serait un "partenaire privilégié de l'Afrique" dans la lutte contre le réchauffement climatique, soulignant qu'il fallait rendre "l'énergie plus accessible mais aussi plus propre".

La fin du tabou Sankara 

Interpellés sur l'affaire Sankara, le président de la République a promis mardi que tous les documents français concernant l'assassinat, en 1987, de l'ancien président burkinabé, devenue une figure panafricaine, seraient "déclassifiés".  

"Les archives sont aujourd'hui disponibles et ouvertes à la justice burkinabée, sauf pour les documents classifiés et couverts par le secret défense. J'ai pris un engagement clair (...) : ces documents seront déclassifiés pour la justice burkinabée qui aura accès à tous les documents sur l'affaire Sankara", a déclaré Emmanuel Macron à l'issue d'un entretien avec le président du Burkina Faso, Roch Marc Christian Kaboré.

Ouagadougou est la première étape d'une tournée africaine de trois jours. Emmanuel Macron sera en Côte d'Ivoire mercredi, et au Ghana, jeudi.

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