Le chef de l’État apparaît sur une série de 60 000 affiches de campagne de Nathalie Loiseau, candidate LREM aux élections européennes. Dévoilées mercredi, ces affiches font polémique dans les rangs de l’opposition. Mais aucune des règles électorales ne semble transgressée et surtout, ce n’est pas une première.

L'affiche montre Emmanuel Macron, un slogan en faveur de la liste Renaissance, mais ne présente pas le visage et ne mentionne pas non plus le nom de la tête de liste, Nathalie Loiseau.
L'affiche montre Emmanuel Macron, un slogan en faveur de la liste Renaissance, mais ne présente pas le visage et ne mentionne pas non plus le nom de la tête de liste, Nathalie Loiseau. © DR

Emmanuel Macron peut-il se retrouver sur des affiches de campagne pour les élections européennes ? La question se pose alors que la République en marche a dévoilé mercredi l’une des dix affiches d’un kit de communication du parti pour la liste Renaissance, mois de deux semaines avant le scrutin. Elle montre le chef de l'État seul, souriant, sur un fond verdoyant, et porte comme inscription : “En Marche pour l'Europe ! Le 26 mai, je vote Renaissance”. Cette affiche sur laquelle n'apparaît ni le visage ni le nom de la tête de liste, Nathalie Loiseau, a suscité de nombreuses réactions.

“Il s’affiche en chef de parti”, dénonce une députée socialiste

Dans les rangs de l’opposition, en tout cas, les critiques fusent. “On nage en plein délire ! Le président de la République, garant de l'unité nationale, figurera sur une affiche de campagnerâle sur les réseaux sociaux Nicolas Dupont-Aignan, tête de liste Debout la France. 

Il est le président de tous les Français et toutes les Françaises et là, il s’affiche clairement en chef de parti… donc qu’il ne s’étonne pas d’être de plus en plus traité en chef de parti”, lance dans les couloirs de l'Assemblée nationale la députée socialiste du Tarn-et-Garonne, Valérie Rabault. “Il a cessé d'être le Président de tous les Français pour n'être que le chef d'un parti”, embraye sur Twitter la sénatrice écologiste Esther Benbassa.Il pose en sauveur, il n'est que l'improbable mascotte d'un clan. Ça pourrait mal finir. Pour lui. Et pour LREM”.

Ces affiches sont là pour “mobiliser l'électorat de premier tour de la présidentielle” jure, de son côté, le parti majoritaire. La porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, assure à France Inter que l’Élysée n’a rien à voir avec ces affiches : “Que ce soient les flyers, les affiches, les tracts de LREM, on n’en discute pas au gouvernement et je vous renvoie au service de communication du parti”.

Ce n’est pas une affiche officielle, mais...

Sauf que cette affiche, tirée à 60.000 exemplaires d’après les informations de l’AFP, sera réservée à “un affichage sauvage”, détaille Pieyre-Alexandre Anglade, porte-parole de la campagne des européennes. C’est à dire qu’elle ne sera pas présente sur les panneaux d’affichage officiels, disposés dans les communes comme le prévoit le code électoral

Mais attention, affichage sauvage ne veut pas dire anarchique. Sur ce point, la loi est très précise. Selon l’article L51, “pendant les six mois précédant le premier jour du mois d'une élection et jusqu'à la date du tour de scrutin où celle-ci est acquise, tout affichage relatif à l'élection, même par affiches timbrées, est interdit en dehors de l'emplacement [réservé au.x candidat.e.s], ainsi qu'en dehors des panneaux d'affichage d'expression libre lorsqu'il en existe”. Une infraction passible d’une amende de 9 000 euros. Comprenez donc que les équipes de la candidate Nathalie Loiseau pourront coller l’affiche d’Emmanuel Macron mais, dans le cadre légal, uniquement sur les panneaux d’affichage libre (sur lesquels les affiches n’ont d’ailleurs pas une durée de vie très longue en périodes électorales).

Quant aux affiches officielles, elles sont soumises à des règles bien précises sur l’utilisation des couleurs du drapeau tricolore (bleu, blanc et rouge) ou sur leur taille (594 par 841mm). Mais, malgré nos recherches, le code électoral ne précise pas ce et qui elles peuvent faire apparaître (photos, visages, slogans, etc.). Toutefois, on peut voir dans un passage de l’article L90 une sorte de rappel à l’ordre sur la composition des affiches officielles. Le texte précise que “tout candidat qui utilisera ou permettra d'utiliser son panneau d'affichage dans un but autre que la présentation et la défense de sa candidature et de son programme, pour son remerciement ou son désistement, (...) tout candidat qui cédera à un tiers son emplacement d'affichage” pourra risquer la même amende de 9 000 euros.

Le code électoral est bien plus sévère sur la question des bulletins de vote, qui "ne peuvent pas comporter d'autres noms de personne que celui du ou des candidats ou de leurs remplaçants éventuels" (article R30). Pas d'Emmanuel Macron dans les isoloirs le jour du vote, donc.

Nicolas Sarkozy sur des affiches pour les européennes de 2009

Retour dans les couloirs de l'Assemblée, où le député Les Républicains du Nord Sébastien Huyghe pointe lui aussi du doigt le ‘président-candidat’ : “Qu’il soutienne la liste Loiseau, c’est assez logique… mais le problème c’est qu’il prend la place de la candidate !

Sauf qu’Emmanuel Macron n’est pas le premier président de la Ve République à s’être affiché sur des affiches électorales, notamment aux européennes. Lors de la campagne 2009, Nicolas Sarkozy, alors président de la République depuis deux ans, était aussi apparu seul, sur des affiches de l’UMP. Avec ce slogan : “Quand l’Europe veut, l’Europe peut”. Mais des affiches, là aussi, non officielles, réservées à l’affichage “sauvage”. 

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