Comme prévu, le président de la République a écrit une (longue) lettre adressée aux citoyens français, pour annoncer le grand débat national, et surtout préciser ses thèmes et ses objectifs. On a tout lu, et voici cinq passages choisis qui en disent beaucoup.

Emmanuel Macron espère que le grand débat ouvert mardi apaisera la crise des "gilets jaunes"
Emmanuel Macron espère que le grand débat ouvert mardi apaisera la crise des "gilets jaunes" © AFP / Ian Labngsdon

La France n’est pas un pays comme les autres. Le sens des injustices y est plus vif qu’ailleurs. L’exigence d’entraide et de solidarité plus forte. Chez nous, ceux qui travaillent financent les pensions des retraités. Chez nous, un grand nombre de citoyens paie un impôt sur le revenu, parfois lourd, qui réduit les inégalités. Chez nous, l’éducation, la santé, la sécurité, la justice sont accessibles à tous indépendamment de la situation et de la fortune. Les aléas de la vie, comme le chômage, peuvent être surmontés, grâce à l’effort partagé par tous. C’est pourquoi la France est, de toutes les nations, une des plus fraternelles et des plus égalitaires. C’est aussi une des plus libres, puisque chacun est protégé dans ses droits et dans sa liberté d’opinion, de conscience, de croyance ou de philosophie.

Le début de la lettre est sans grande surprise : outre les notions de liberté, d'égalité et de fraternité développées à la fin du passage, Emmanuel Macron rappelle aussi l'importance de la solidarité dans la construction politique de la France. Ironique, diront sans doute les représentants de l'opposition, surtout quand il évoque "l’éducation, la santé, la sécurité, la justice" qu'il est accusé de rendre moins accessibles avec les réformes passées ou à venir. Idem pour la question des pensions de retraite, par exemple, qui pourrait se rapprocher d'un système à points.

En France, mais aussi en Europe et dans le monde, non seulement une grande inquiétude, mais aussi un grand trouble ont gagné les esprits. Il nous faut y répondre par des idées claires. Mais il y a pour cela une condition : n’accepter aucune forme de violence. Je n’accepte pas, et n’ai pas le droit d’accepter la pression et l’insulte, par exemple sur les élus du peuple, je n’accepte pas et n’ai pas le droit d’accepter la mise en accusation générale, par exemple des médias, des journalistes, des institutions et des fonctionnaires. Si tout le monde agresse tout le monde, la société se défait !

Emmanuel Macron s'inscrit dans la même ligne que les membres du gouvernement qui se sont exprimés sur la question, en évoquant la violence (ou en tout cas une partie de la violence) en marge des manifestations des gilets jaunes. Il cite les pressions évoquées par des membres du gouvernement ou des élus, ou encore les agressions de journalistes. Pas un mot, toutefois, sur une autre "forme de violence" du côté des forces de l'ordre (que nous évoquions dans notre dossier sur les présomptions de violences policières).

Pour moi, il n’y a pas de questions interdites. Nous ne serons pas d’accord sur tout, c’est normal, c’est la démocratie. Mais au moins montrerons-nous que nous sommes un peuple qui n’a pas peur de parler, d’échanger, de débattre. Et peut-être découvrirons-nous que nous pouvons tomber d’accord, majoritairement, au-delà de nos préférences, plus souvent qu’on ne le croit.

Avec ce passage, Emmanuel Macron semble vouloir répondre à ceux qui critiquent le périmètre du débat. Certains s'inquiètent en effet de l'absence annoncée de questions sur l'IVG, la peine de mort, le mariage pour tous ou encore la réforme de l'ISF. Ici, le président de la République semble prendre le contrepied, en assurant qu'il n'y aura pas "de questions interdites".

Ce débat devra répondre à des questions essentielles qui ont émergé ces dernières semaines. C’est pourquoi, avec le Gouvernement, nous avons retenu quatre grands thèmes qui couvrent beaucoup des grands enjeux de la nation : la fiscalité et les dépenses publiques, l’organisation de l’État et des services publics, la transition écologique, la démocratie et la citoyenneté. Sur chacun de ces thèmes, des propositions, des questions sont d’ores et déjà exprimées. Je souhaite en formuler quelques-unes qui n’épuisent pas le débat mais me semblent au cœur de nos interrogations.

En revanche, il précise à nouveau les quatre grands thèmes (déjà évoqués précédemment par la majorité) autour desquels les Français seront amenés à débattre : fiscalité, transition écologique, organisation de l'État, citoyenneté. Des enjeux qu'il dit avoir vu "émerger ces dernières semaines". Il évoque ensuite longuement plusieurs questions qui pourraient selon lui être des pistes intéressantes, évoquant par exemple d'éventuelles "suppressions de services publics dépassés ou trop chers" (ou à l'inverse identifier "des besoins nouveaux de services publics"), demandant "comment financer la transition écologique", l'idée d'une "reconnaissance du vote blanc" ou d'un "vote obligatoire", ou d'un accroissement (ou non) du "recours aux référendums".

Ce débat est une initiative inédite dont j’ai la ferme volonté de tirer toutes les conclusions. Ce n’est ni une élection, ni un référendum. C’est votre expression personnelle, correspondant à votre histoire, à vos opinions, à vos priorités, qui est ici requise, sans distinction d’âge ni de condition sociale. C’est, je crois, un grand pas en avant pour notre République que de consulter ainsi ses citoyens. Pour garantir votre liberté de parole, je veux que cette consultation soit organisée en toute indépendance, et soit encadrée par toutes les garanties de loyauté et de transparence. C’est ainsi que j’entends transformer avec vous les colères en solutions. Vos propositions permettront donc de bâtir un nouveau contrat pour la Nation, de structurer l’action du Gouvernement et du Parlement, mais aussi les positions de la France au niveau européen et international. Je vous en rendrai compte directement dans le mois qui suivra la fin du débat. 

"Ce n'est ni une élection, ni un référendum", écrit Emmanuel Macron, comme pour répondre à ceux qui espéraient une dissolution de l'Assemblée nationale ou un référendum d'initiative citoyenne. Le président de la République emploie d'ailleurs le terme de "consultation", pour "transformer les colères en solutions". Le devenir de ce qui sera récolté pendant ce grand débat reste d'ailleurs très flou : Emmanuel Macron se contente de souligner qu'elles permettront de "structurer l'action du gouvernement et du Parlement", et qu'il en "rendra compte directement dans le mois qui suivra la fin du débat".

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