Le grand débat national a permis au chef de l'État de rencontrer des élus et des représentants des Français, certes... Et de bénéficier de retransmissions en direct sur les chaines d'information de ses (très longues) interventions. Une campagne déguisée, dénonce l'opposition... Les règles, elles, sont plus nuancées.

Emmanuel Macron à Grand Bourgtheroulde (Normandie) le 15 janvier 2019, pour le lancement du grand débat national
Emmanuel Macron à Grand Bourgtheroulde (Normandie) le 15 janvier 2019, pour le lancement du grand débat national © AFP / Ludovic Marin

"Le CSA, on ne l'entend pas beaucoup sur ces dizaines d'heures de retransmission du discours présidentiel", lançait ce lundi matin Marine Le Pen sur France Inter. Il faut dire que le temps de parole d'Emmanuel Macron à la télévision ces dernières semaines semble avoir explosé : 7 heures à l'Élysée avec les élus d'outre-mer, presque autant à Grand-Bourgtheroulde ou à Souillas, 6h à Évry, 4 heures 30 à Étang-sur-Arroux, 3 heures à Bourg-de-Péage... À chaque fois, retransmis en quasi totalité sur les chaînes d'info en continu.

Bref, résume la présidente du Rassemblement national, "Emmanuel Macron fait aujourd'hui ce qui a valu à Nicolas Sarkozy le rejet de ses comptes lors de la campagne présidentielle" (le Conseil constitutionnel avait considéré que plusieurs déplacements de ce dernier en tant que président de la République avaient en fait "un caractère manifestement électoral").

Est-ce pour autant une campagne déguisée "avec l'argent des contribuables", comme elle l'affirme ? Pour l'instant, non. Du point de vue du CSA, la campagne des européennes n'a pas encore débuté : en général, les règles qui encadrent le temps de parole lors des campagnes électorales ne s'appliquent que pendant les six semaines qui précèdent une élection. Les propos d'Emmanuel Macron ne seront donc pas décomptés du temps de parole de LREM pour la campagne.

Un tiers du temps de parole réservé à l'exécutif

En revanche, cette surexposition du président de la République risque de poser problème aux chaînes d'information qui les retransmettent. Les chaînes de télévision et les radios ont des obligations de respect du pluralisme, là aussi surveillées par le CSA, même hors campagne. Depuis une nouvelle règle instituée en janvier 2018, en-dehors d'une période électorale, un tiers du temps de parole est réservé à l'exécutif. Les propos du président de la République seront intégrés à cette tranche du temps de parole global.

À l'Élysée, on s'en satisfait, et on refuse catégoriquement de parler de "campagne", même si beaucoup de proches d'Emmanuel Macron assurent qu'ils y voit un retour de la "flamme de 2017".

Le reste du temps de parole est partagé "selon le principe d'équité" entre les différentes formations politiques, en fonction notamment de leurs résultats aux élections ou de l'importance des groupes parlementaires (mais aussi de critères plus flous comme "les indications de sondages d’opinion" ou la "contribution à l’animation du débat politique national"). Les chaînes qui ont retransmis les interventions d'Emmanuel Macron devront donc fournir à l'ensemble des formations politiques un temps de parole deux fois plus important.

Notez que cette répartition des deux-tiers de temps de parole restants inclut aussi... les membres de la majorité. Le parti présidentiel a donc encore de la marge.

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