Alors qu'il s'est démené sur les plateaux télé, le chef de l'État n'a que peu profité de cette exposition, ne gagnant que deux points selon le Baromètre Odoxa France Inter, l'Express et la presse régionale d'avril et restant encore assez impopulaire auprès des Français.

La régie de l'interview d'Emmanuel Macron par Jean-Pierre Pernaut, le 12 avril 2018
La régie de l'interview d'Emmanuel Macron par Jean-Pierre Pernaut, le 12 avril 2018 © AFP / Yoan Valat

Tout ça pour ça ! Malgré un marathon télévisé d'une durée totale de 3h50 mi-avril, entre l'entretien accordé à Jean-Pierre Pernaut et celui au duo Bourdin-Plenel, Emmanuel Macron n'a pas réussi à reconquérir réellement  le cœur des Français. Le dernier Baromètre politique Odoxa réalisé les 18 et 19 avril, montre qu'il n'a pu gagner que deux points de popularité par rapport au mois de mars, 47% des Français seulement voyant en lui un bon Président de la République. 

Une faible récompense pour un président très présent en ce mois d'avril. En plus de ses deux passages télévisés, Emmanuel Macron n'a pas ménagé ses efforts ces dernières semaines, ajoutant à celles de TF1 et BFMTV des interventions très largement relayées par les médias : devant la Conférence des évêques de France et au Parlement européen de Strasbourg.

A fond la forme !

Pour s'en tenir aux deux seules interviews télévisées, sur la forme, Emmanuel Macron a plutôt séduit, 56% des Français jugeant qu'il a été bon. Un chiffre qui devrait le rassurer d'autant que l'audience de chacune des émissions a atteint des sommets : 6,4 millions de téléspectateurs devant TF1 à l'heure du déjeuner le 12 avril, et  8,8 millions cumulés le dimanche 15 avril devant BFMTV pour le combat de boxe à deux contre un.  

Sur la forme donc, Emmanuel Macorn ne s'en sort pas mal, mais c'est sur le fond que le président marathonien tire la langue : 65% des Français ne l'ont pas trouvé convaincant dans ses réponses, lors de ces deux interviews télévisées. Surtout, il aura réussi à se mettre un peu plus à dos encore les sympathisants de gauche. 35% seulement des personnes interrogées soutenant le PS estiment qu'Emmanuel Macron est un bon président, alors qu'ils étaient encore 49% lors du précédent baromètre. Du côté des sympathisants de la France insoumise, ils n'étaient déjà pas nombreux à le trouver bon, ils le sont encore moins : 19% (-2%).

En s’abstenant de "faire la pédagogie de ses réformes", Emmanuel Macron aurait pu éviter de se mettre à dos les sympathisants PS : alors que ceux-ci étaient jusqu’à présent relativement cléments -un sur deux l’appréciait- à l’égard de ce président plus ou moins issu de leurs rangs, ils basculent pour la première fois dans un rejet les rapprochant de leur "cousins Insoumis".                                                        
Gaël Slimane, président d'Odoxa 

Emmanuel Macron gagne toutefois un lot de consolation (sans cependant être certain que cela l'arrange) : la hausse de 3 points du nombre de sympathisants FN satisfaits par son action : 21%.

Emmanuel Macron pas vraiment populaire mais un peu plus cependant que son prédecesseur
Emmanuel Macron pas vraiment populaire mais un peu plus cependant que son prédecesseur / Odoxa

Un exécutif pas vraiment apprécié

Dans cette course à la popularité, Emmanuel Macron ne peut pas non plus trop compter sur ses co-équipiers. Même si elle gagne un point, la cote de popularité de son Premier ministre reste assez faible, 53% des Français trouvant l'action d'Édouard Philippe mauvaise. Un tiers des sondés rejette Bruno Le Maire et Gérald Darmanin. Au palmarès des mal aimés, Jean Yves Le Drian relève un peu le niveau en se classant dernier des personnalités citées, mais il reste toujours un quart des sondés qui n'apprécient pas le ministre des Affaires étrangères.

Heureusement pour l'exécutif, Nicolas Hulot est là. Le ministre de la Transition écologique et solidaire - qui ne fait plus de télé, lui- reste la personnalité politique préférée des Français, recueillant la sympathie et le soutien de 35% d'entre eux.

"Cette séquence médiatique n’a donc pas été un franc succès pour l’hôte de l’Élysée"
Gaël Slimane, président d'Odoxa

Des adversaires pas vraiment dans la course

Si les résultats obtenus ne sont peut être pas à  la hauteur de l'énergie déployée, le chef de l'État peut toutefois se rassurer en voyant ses adversaires eux aussi en petite forme. Marine Le Pen est un peu plus encore rejetée par les Français : 56% (+1%) ; Jean-Luc Mélenchon n'est pas loin derrière, avec 49% de rejet (+5%). Quant au patron des Républicains, Laurent Wauquiez, il ne se place qu'au 16e rang des personnalités politiques appréciées par les Français, avec un petit 15% de cote d'adhésion qui ne sera même pas relevée par la sympathie de sa famille politique. Avec la droitisation qu'il a enclenché, il ne se place que 5e chez les sympathisants de  droite de plus en plus insatisfaits : 39% d'adhésion (-6%).  

Du côté de la gauche, le nouveau secrétaire général du PS n'est pas encore un adversaire dangereux pour le chef de l'État, suscitant même, dirait-on, l'indifférence des Français : Olivier Faure, 21e sur 22 personnalités politiques citées, ne recueille que 8% d'adhésion. Pire, au sein même de sa famille, il a encore du chemin à parcourir :  à peine 13% d'adhésion chez les sympathisants de gauche, tout comme pour Gérard Collomb qui séduit cependant bien plus à droite : 28%.  

"Emmanuel Macron peut encore vivre des séquences médiatiques ratées ou inefficaces, ou peut même s’effondrer dans les sondages : il pourra toujours se rassurer en observant la concurrence" analyse Gaël Slimane. Reste qu'une course où tout le monde s'observe, ça n'a jamais donné de beaux vainqueurs.

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