Emmanuel Macron va annoncer ce jeudi après-midi, aux cadres de la haute fonction publique, la suppression de l’ENA. Il l’avait évoquée après la crise des "gilets jaunes". Ce symbole s’accompagne d’une réforme en profondeur.

Emmanuel Macron va annoncer ce jeudi après-midi, aux cadres de la haute fonction publique, la suppression de l’ENA
Emmanuel Macron va annoncer ce jeudi après-midi, aux cadres de la haute fonction publique, la suppression de l’ENA © AFP / Hans Lucas / Abdesslam MIRDASS

C’est une école en forme de totem. Pour beaucoup, le temple de l’élite, de l’entre-soi qui n’accueille aujourd’hui qu’un seul fils d’ouvrier. "Un moule à pensée unique" disait Emmanuel Macron après la crise des "gilets jaunes", avec ce terme "énarque" qui rime avec technocrate. Lui, qui en fut diplômé en 2004, va donc la supprimer. Elle sera remplacée par une autre école aux concours plus ouverts, pour ne pas y accueillir que des étudiants de Sciences Po Paris, et tenter donc de casser ce "cursus honorum" à la française.

Le gouvernement a hésité à tuer l’ENA, mais sans ce symbole sa réforme de la haute fonction publique serait sans doute passée inaperçue. Avec cette annonce, Emmanuel Macron montre qu’il reste actif en pleine crise, qu’il en tire des conséquences : coup de pression sur la haute-administration, beau signal envoyé à la gauche à un an de la présidentielle, et mesure très consensuelle.  

La fin du classement magique

Au-delà de cette suppression très symbolique, c’est aussi la gestion des carrières qui va évoluer. Bientôt, les 5 000 hauts-fonctionnaires seront évalués, sélectionnés, non pas en fonction de leur classement de sortie d’école qui, jusque-là, dictait leur carrière, mais selon leurs profils et compétences. 

"On veut en finir avec les circuits préétablis, où il n’y a que le diplôme et l’ancienneté qui comptent, et vous assurent de monter sans cesse dans l’administration", plaide Amélie de Montchalin, ministre de la Fonction publique. "Il faut recruter les bonnes personnes au bon endroit."

Une même formation 

Autre élément de cette réforme : la création d’un cursus commun aux 23 grands corps de l’État. Aujourd’hui, ce sont des chapelles quasi-hermétiques. Demain, sur le papier, ils suivront une formation commune sur l’écologie, le numérique, la laïcité, la pauvreté et le rapport à la science. "Des sujets sur lesquels chacun a sa vision" complète Amélie de Montchalin, source notamment de tensions entre hauts-fonctionnaires de l’État et des collectivités locales. "Cela freine un paquet de réformes" admet un conseiller ministériel. 

C’est pour bientôt 

Le gouvernement a jusqu’au 7 juin pour déposer cette ordonnance. Il n’a pas besoin de la faire ratifier par le Parlement. Cette réforme va donc s’appliquer avant la fin du quinquennat, et supprimer de ce fait l’ordonnance du général de Gaulle de 1945. Lui qui au lendemain de la Seconde Guerre mondiale avait créé l’ENA pour construire une nouvelle fonction publique, devenue l’élite de la Ve République.

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