Le président va réduire nettement le nombre de Légion d'honneur décernées chaque année. Emmanuel Macron veut retrouver l'esprit de la Légion d'honneur.

Emmanuel Macron veut "redonner du sens" à la Légion d'honneur
Emmanuel Macron veut "redonner du sens" à la Légion d'honneur © CC Flickr / Sunny Ripert

Moins de décorations remises, des récipiendaires mieux choisis, plus jeunes et qui ressemblent plus à ce qu'est la France, voici le projet d'Emmanuel Macron pour la Légion d'honneur.

Le chef de l'État veut "retrouver l'esprit" de la plus haute distinction française, créée en 1802 par Napoléon Bonaparte, en choisissant dès l'an prochain de manière plus sélective les "plus méritants".

Le nombre de décorés civils va donc être réduit de 50%, ceux des décorés militaires de 10% et ceux des étrangers de 25%.

"On n'a pas la Légion d'honneur à l'usure ou par copinage"

Il faut dire que ces dernières années, recevoir la Légion d'honneur avait beaucoup perdu de son lustre. L'attribution était quasiment automatique pour les anciens ministres, les chanteurs, les acteurs américains de passage à Paris et parfois même les coiffeurs de président. 

Sans compter tous les amis "sulfureux" et toutes les décorations utilisées comme un outil diplomatique et tant pis pour les droits de l'homme...

En 2016, François Hollande n'avait pas mesuré que la décoration du prince héritier saoudien ferait polémique.

Jacques Chirac a été critiqué pour avoir épinglé la Légion d'honneur au revers de Vladimir Poutine. Il décerna même la Grand croix, à Bachar-el-Assad, en 2001, au temps où il incarnait une jeune génération de dirigeants arabes. Interrogé sur l'éventualité de retirer la décoration au dictateur syrien, Christophe Castaner a répondu que la Chancellerie "pouvait entendre" cette demande qu'il juge "légitime".

Et que dire de l'ancien dictateur et narco trafiquant panaméen Manuel Noriega. Il fut le premier étranger à se la voir retirée en 2010.

En France, les délinquants sont normalement exclus de l'ordre, dès qu'ils écopent d'au moins un an de prison ferme, comme Alfred Sirven, le grand argentier de l'affaire Elf.

Remettre la Légion d'honneur à quelqu'un n'est pas un geste anodin

Nicolas Sarkozy décora Robert Bourgi qui avait reconnu son rôle de porteur de valises de la Françafrique, pour des faits prescrits, ou encore son amie Isabelle Balkany, qui n'avait en 2008 qu'une peine de sursis à son actif et n'était pas encore mise en examen pour blanchiment de fraude fiscale.

La justice s'intéresse parfois à la Légion d'honneur comme possible renvoi d'ascenseur. Comme la décoration par François Fillon du milliardaire Ladreit de Lacharrière : enquête en cours. L'ancien ministre Eric Woerth a toutefois été relaxé pour la médaille remise au gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt.

Emmanuel Macron, comme le général de Gaulle

Comme le Grand Charles, le président veut imprimer profondément sa marque sur la Légion d'honneur, ses prédécesseurs s'étant limités à exiger la parité des décorations ou à mieux récompenser le tissus associatif. Emmanuel Macron veut le "respect plus strict des critères d'attribution et de ses valeurs fondamentales": "seul le mérite doit être salué, pas la notoriété ou le service classique" d'une fonction, a explique Christophe Castaner, rappelant que le prestigieux ruban récompense souvent des fins de carrière classiques plutôt que des mérites exceptionnels. 

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