Emmanuel Macron a conclu sa tournée africaine par une halte au Niger. Le chef de l’Etat est venu se recueillir sur la stèle des 71 soldats morts nigériens le 10 décembre dans un attentat terroriste. L’occasion aussi pour le président de venir en personne défendre l’opération Barkhane.

Sur la base de Niamey, Emmanuel Macron et son état-major détaillent les avancées de l’opération Barkhane
Sur la base de Niamey, Emmanuel Macron et son état-major détaillent les avancées de l’opération Barkhane © Radio France / Cyril Graziani

Il y a un peu plus d’un mois, treize de ses hommes sont tombés au combat au Mali. Le général Pascal Facon dirige l’opération Barkhane au Sahel.  Sa parole est rare. Il pèse chacun de ses mots. "Nous, ce qu’on veut c’est vaincre sans perdre notre âme", explique le général. Mais dans quel état d’esprit sont ses hommes depuis ce tragique 25 novembre ? "On a vécu collectivement un deuil et maintenant tout ce que l’on ressent, relève de l’intime, à titre personnel et à titre collectif,  et on n’en parle plus, cela nous appartient". C’est leur histoire et c’est comme cela qu’ils ont réussi, poursuit le général Facon, à dépasser cette période de deuil. "A vrai dire, on ne s’est jamais vraiment arrêté. Le soir même du crash, on était au combat". 

Hier à Niamey, dans un préfabriqué de la base, il a déroulé sur une immense table des cartes avec des zones colorées de la région. Quelques images pour la presse. La porte se referme pour détailler en privé – secret défense oblige - à Emmanuel Macron et son état-major les avancées de l’opération Barkhane au Sahel. Le président de la République quelques minutes avant, avait parlé de "tournant dans cette guerre" contre le djihadisme au Sahel.

Les semaines qui viennent sont absolument décisives pour le combat que nous menons contre le terrorisme  

C'est ce qu'a affirmé le chef de l'État aux côtés de son homologue Nigérien, Mahamadou Issoufou.

Les deux hommes ont rendu hommage aux 71 soldats nigériens, tués le 10 décembre à Inatès, à la frontière malienne. À quelques kilomètres de l’aéroport de Niamey, une stèle a été déposée devant les dépouilles enterrées à même le sol, alignées sur deux rangées. Le plus jeune avait à peine 18 ans.  

Avec le président Issoufou, Emmanuel Macron s’est incliné devant les corps enterrés des 71 soldats nigériens tués lors d’une attaque djihadiste
Avec le président Issoufou, Emmanuel Macron s’est incliné devant les corps enterrés des 71 soldats nigériens tués lors d’une attaque djihadiste © Radio France / Cyril Graziani

Le président Issoufou s’est clairement engagé dans la guerre contre le terrorisme aux côtés de la France. Sans ambiguïté. Mais, hier il en a appelé à plus de solidarité de la communauté internationale. "J’ai coutume de dire que la sécurité est un bien public mondial", lance Issoufou. 

Le combat que nous menons ici au Sahel, nous le menons aussi pour l’Europe. 

Avertissement contre le sentiment anti-français 

Si le Niger en appelle aux Européens, Paris regrette de son côté que certains alliés du Sahel laissent prospérer chez eux un sentiment anti-français, sans jamais les citer. Mais de source diplomatique, le président vise clairement le Burkina Faso et le Mali. "Je ne suis pas là pour stigmatiser tel ou tel (pays)", répond-il alors qu'il était interrogé par France Inter sur sa phrase de la veille à Abidjan. "Si cette clarté politique n'est pas établie, la France dans certains pays en tirera toutes les conséquences".

Encore une fois Emmanuel Macron lance un avertissement aux pays du Sahel dans lesquels "des mouvements d'opposition, des groupes dénoncent la présence française comme une présence impérialiste néocoloniale. Je vois dans trop de pays prospérer sans condamnation politique claire des sentiments anti-français". Alors quand il menaçait hier d’en tirer les conséquences, le chef de l'État s’est montré plus explicite. 

Je ne peux pas accepter d'envoyer nos soldats sur le terrain dans les pays où cette demande (de présence française) n'est pas clairement assumée

Le 13 janvier prochain, la France organisera un sommet du G5 Sahel à Pau. Sommet reporté à la mi-décembre après l’attentat au Niger. "Il faut définir de manière beaucoup plus claire les objectifs militaires, politiques et de développement pour les 6, 12 et 18 prochains mois", annonce le président. À Pau, l’objectif est clair : "clarification, accélération et structuration de nos actions communes contre le terrorisme". Et visiblement à ses yeux, il n’y aura pas de place pour autre chose qu’un accord politique clair. 

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