CORSE - Visite de Manuel Valls à Ajaccio
CORSE - Visite de Manuel Valls à Ajaccio © PHOTOPQR/NICE MATIN / PHOTOPQR/NICE MATIN

Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, a établi samedi un lien entre le double attentat à la roquette de jeudi contre des gendarmeries en Corse et de récentes arrestations dans les milieux "mafieux" et "terroristes" de l'île.

A l'occasion d'une visite surprise dans l'île, il s'est rendu à Ajaccio et Bastia auprès des gendarmes affectés par ces tirs, qui visaient notamment l'état-major régional mais n'ont pas fait de victime. Il est ainsi allé, en milieu de matinée, à la rencontre de 16 familles dans le bâtiment de la caserne Battesti d'Ajaccio, touché jeudi soir par une roquette de modèle serbe. Celle-ci, tirée d'une distance de 250 m, s'est disloquée contre l'enceinte du bâtiment en soufflant une voiture garée à proximité et les vitres des habitations voisines. Si les dégâts matériels sont relativement modestes, le choc psychologique a été beaucoup plus important pour ce casernement qui en est à son "neuvième ou dixième attentat" en 20 ans, selon un militaire. Certains des occupants en ont vécu quatre ou cinq.

Des cellules d'écoute ont été mises en place le soir même. Selon un officier, une demi-douzaine d'enfants souffrent d'un "traumatisme psychologique". "Les familles étaient présentes, c'est criminel", s'est indigné le ministre de l'Intérieur avant de rencontrer les familles loin de la presse pour leur témoigner son "soutien", son "affection" et son "amitié".

Manuel Valls, accompagné par le patron de la gendarmerie nationale, le général Denis Favier, a estimé que la voix des militaires brisée par l'émotion et la peur de leurs enfants étaient "insupportables" pour "le ministre et le père de famille" qu'il est. Dans une brève allocution, il a condamné ces actes visant un "symbole de l'Etat républicain", réitéré le discours de fermeté du gouvernement en matière de terrorisme et expliqué sa présence par la gravité de faits qui "ne peuvent être banalisés". "Ces tirs auraient pu tuer des gendarmes ou des membres de leur famille", a-t-il déclaré. "Si ces faits avaient eu lieu sur le continent, ils auraient eu une importance majeure."*

La visite n'était pas prévue. Le reportage d' Alexandre Sanguinetti de France Bleu Fréquenza Maura

Des liens entre "dérives mafieuses" et "terrorisme"

Manuel Valls a estimé que ces actes étaient le fait d'hommes "qui veulent faire du mal à la Corse". Il a établi un lien entre le double attentat de jeudi et le coup de filet qui a abouti fin novembre à la mise en examen de cinq personnes soupçonnées d'appartenir au Front de libération nationale de la Corse (FLNC) et d'avoir participé à deux "nuits bleues" en mai et décembre 2012. Ces vagues d'attentats à l'explosif simultanés avaient visé des résidences secondaires. Les attaques à la roquette de jeudi n'ont pas été revendiquées par le FLNC.

Le ministre de l'Intérieur a défendu sa politique et assuré qu'il obtenait des résultats :

Depuis un an, nous nous sommes attaqués à la violence et à l'emprise mafieuse en mettant les moyens avec 50 policiers et gendarmes supplémentaires. Récemment, il y a eu des séries d'interpellations dans des assassinats à Ajaccio, sur la plaine orientale et dans des affaires terroristes.

Manuel Valls a précisé que la cible de ces interpellations était aussi la délinquance financière liée au foncier et à l'immobilier, avec 5,5 millions d'euros d'avoirs criminels saisis dans l'île cette année, contre 1,7 million en 2011. "Les enquêtes se font sous l'autorité d'un magistrat indépendant sans tenir compte du calendrier politique ou électoral", a ajouté le ministre. Il a assuré que le gouvernement lutterait avec "la même détermination contre les phénomènes de violence, les dérives mafieuses et le terrorisme, avec parfois des liens clairement établis entre les deux". Il est resté sibyllin sur la nature de ces liens mais a glissé en fin de conférence de presse que "certains, ici", étaient "bien informés".

Avant de gagner Bastia pour aller à la caserne Paoli, dont les locaux administratifs ont été touchés par le même type de roquette, Manuel Valls a assuré que ces actions ne menaçaient pas la discussion en cours avec les élus insulaires sur l'évolution institutionnelle de l'île et la réforme fiscale.

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