Empêtré dans les affaires, critiqué dans son propre camp, pas assez rassembleur après la primaire, le candidat de la droite et du centre a-t-il été l'artisan de leur naufrage ?

François Fillon à son QG de campagne parisien le soir du 23 avril
François Fillon à son QG de campagne parisien le soir du 23 avril © Reuters / Christian Hartmann

Ce n'est pas la droite et le centre qui ont perdu, c'est François Fillon qui a perdu.

La phrase est sans appel, presque cruelle, d'autant plus qu'elle vient d'un ténor de la droite, l'ancien ministre du Budget Éric Woerth. Elle résume pourtant assez bien l'amertume d'une partie des électeurs et des soutiens politiques à l'issue de cette première soirée électorale. Si l'on regarde uniquement les chiffres, François Fillon n'est pas forcément le pire candidat que la droite ait envoyé au front (en 1981, Jacques Chirac n'avait obtenu que 18 % des suffrages) mais il n'a guère brillé, surtout si l'on compare son score à celui de Nicolas Sarkozy en 2007, qui l'avait propulsé à Matignon quelques semaines plus tard.

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Pas de campagne, trop de compagne

Le problème pour François Fillon, c'est que son nom a moins été associé à une campagne, à des idées, qu'au terme "affaire", qui l'a poursuivi depuis le 25 janvier, le jour où le Canard Enchaîné a publié ses révélations sur les emplois présumés fictifs de sa femme et de ses deux enfants. Il est alors le vainqueur-surprise de la primaire, à qui l'on prédisait une victoire presque sans effort, après un quinquennat Hollande battant des records d'impopularité. Ces affaires, avec leurs rebondissements (perquisitions, garde-à-vue, mises en examen...) ont collé aux basques du candidat comme le sparadrap du capitaine Haddock."Ça n'a pas été une campagne, ça a été un procès", regrettait dès dimanche soir Bruno Retailleau, son coordinateur.

L'autre souci, pour la droite et le centre, c'est que le candidat a tenu... à tenir. Aux rumeurs qui annonçaient un possible retrait, se sont ajoutées les rumeurs sur un possible remplaçant (Baroin ? Juppé ?). Aux attaques de ses adversaires sur ses affaires judiciaires, ont succédé les conférences de presse parfois lunaires, comme celle du 1er mars, convoquée en urgence, en annulant au dernier moment une visite au salon de l'Agriculture, pour finalement annoncer que sa candidature ne bougerait pas d'un pouce. Aux accusations qui s'installaient, il a répondu par un rassemblement au Trocadéro le 5 mars, d'abord maladroitement convoqué avec un mot d'ordre "contre les juges" pour finalement devenir une manifestation de soutien. Aux emplois fictifs, se sont greffés les costumes gênants offerts par un ami avocat.

Jusqu'au bout, quoi qu'il en coûte

Un jusqueboutisme qui a agacé jusque dans son camp. Son ancien adversaire, Alain Juppé, va jusqu'à parler de "gâchis" de la primaire, estimant même, après le rassemblement du Trocadéro que "le noyau des militants et sympathisants LR s'est radicalisé", allant jusqu'à faire partir les électeurs du centre. Une critique qui n'a pas poussé François Fillon à adoucir sa ligne politique, assumant même le soutien encombrant du très controversé mouvement Sens commun.

Tout ça a fait une victime : le programme de François Fillon. Devenu presque invisible dans la campagne, il a laissé la place à un questionnement assez simple pour les électeurs : voter pour ou contre l'homme qui, après s'être demandé publiquement si l'on imaginait le général De Gaulle mis en examen, après avoir promis qu'une mise en examen serait la seule raison qui l'obligerait à renoncer, a tenu à rester coûte que coûte à la barre. Jusqu'à cet iceberg, un certain 23 avril.

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