Tout juste installé au ministère de la Justice, l'avocat pénaliste Eric Dupond-Moretti est vivement critiqué par les associations féministes. En effet, le nouveau garde des sceaux a toujours eu des positions tranchées et sévères sur leur combat ou les mouvements #Metoo et #Balancetonporc.

L'avocat pénaliste a régulièrement tenu des propos très critiques envers les associations féministes.
L'avocat pénaliste a régulièrement tenu des propos très critiques envers les associations féministes. © AFP

L'avocat, devenu Garde des Sceaux, Eric Dupond-Moretti est connu pour la somme des acquittements qu'il a obtenu, son tempérament volcanique, son verbe haut. Mais aussi pour ses prises de positions, régulières, sans ambiguïté, contre le mouvement #MeToo. Comme l'ont relevé plusieurs responsables féministes et des journalistes, comme Ellen Salvi ou Marine Turchi, l'avocat pénaliste, a en effet tenu à plusieurs reprises des propos très critiques envers les associations féministes, s'érigeant en grand défenseur de la présomption d’innocence, farouchement opposé aux tribunaux sur les plateaux télé" et les réseaux sociaux. 

Certes, dans certains cas, les sorties d'Éric Dupond-Moretti visaient à défendre ses clients. Mais les propos que nous mettons en lumière n'ont pas été tenus dans un tribunal mais dans la presse. Et dans d'autres cas, comme dans l'affaire Cantat, ou quand il parle de #MeToo, l'avocat semble clairement faire état de sa conviction, en dehors de tout dossier à défendre. Florilège de ses sorties les plus tranchées.

Sur DSK et l'affaire du Carlton : "Des copains qui s'offrent du bon temps"

Avocat de David Roquet, l'un des prévenus dans l'affaire du Carlton, Eric Dupond-Moretti avait estimé que la présence dans l'affaire de l'ancien patron du Fonds monétaire international Dominique Strauss-Kahn, avait incité les juges à un traitement en défaveur et à étendre "la notion de client à celle de proxénète". "Il n'en reste pas moins qu'il s'agit d'une affaire de copains qui s'offrent du bon temps", avait-il affirmé au Journal du dimanche en 2015. "Oui, je pense qu'on veut 'se faire' DSK. Et son entourage a été emporté avec lui dans cette folie", disait-il également. 

Sur Bertrand Cantat : "C'est du maccarthysme"

Dans un débat dans l'émission "C a vous" sur France 5 en 2018, face à Raphaëlle Rémy-Leleu de l'association "Osez le féminisme", l'avocat s'était montré très agacé par la position des militantes féministes. Eric Dupond-Moretti prenait la défense du chanteur : "Cet homme a purgé sa peine, il est sorti, et il reprend son métier. Vous avez le droit de ne pas aller le voir, moi j'ai le droit d'aller le voir si j'ai envie. Où est le problème, je ne comprends pas, c'est du maccarthysme. (...) Il ne se produit pas en tant que meurtrier et auteur de coups mortels, il se produit en tant qu'artiste."

Sur #MeToo : "Il y a aussi des follasses qui racontent des conneries"

S'il soulignait, dans un long entretien au magazine GQ en janvier 2019, l'importance des associations féministes dans le recueil de la parole et la protection des des victimes, Dupond-Moretti déclare aussi : "Le mouvement #MeToo a permis de libérer la parole et c’est très bien. Mais il y a aussi des 'follasses' qui racontent des conneries et engagent l’honneur d’un mec qui ne peut pas se défendre car il est déjà crucifié sur les réseaux sociaux. Peu de gens raisonnables peuvent me démentir sur ce point."

Sur #BalanceTonPorc : "Il y a aussi des femmes que le pouvoir fait bander"

L'avocat poursuivait, dans ce même entretien, sur le mouvement #Balancetonporc : "Que l'on dénonce les comportements des hommes qui se tiennent mal, c'est normal, qu'on soutienne les victimes, les plaignantes, pour aider les plus timorées d'entre elles, qu'on libère la parole de ces femmes, c'est normal. Mais le réceptacle de ces plaintes ne peut pas être la toile. Qu'est-ce qu'on fait du contradictoire, de la présomption d'innocence ?".

Eric Dupond-Moretti estimait aussi que "tous les hommes ne sont pas des prédateurs, même s'il y en a". "L’emprise, ça existe. Mais il y a aussi des femmes que le pouvoir fait bander", poursuivait-il. "La starlette qui va voir un producteur célèbre et lui dit 'je veux devenir une star', et l’autre lui répond 'd’accord, mais tu couches'. Si elle couche, ce n’est pas un viol, c’est une promotion canapé. Et j’ajoute que ne pas considérer cela, c’est faire injure à toutes les femmes qui ont le courage de dire non."

Sur le procès Tron : "Elle dit non mais y retourne 25 fois"

Toujours en janvier 2019, Eric Dupond-Moretti évoquait le procès de Georges Tron. "Il n’a pas eu de bol, son affaire démarre avec DSK et finit avec #balancetonporc", disait-il à propos du maire de Draveil, qu'il défendait, aujourd'hui en attente d'un procès en appel pour des accusations d'agressions sexuelles et viols. 

À GQ, il dénonçait des accusatrices "soutenues par le FN" et qui "voulaient soutirer 300.000 balles à Georges Tron". "L’une d’entre elles raconte qu’elle était amoureuse de lui. Elle accepte une relation sexuelle, puis elle dit non du jour au lendemain mais y retourne 25 fois. Quand on est violé et quand on y retourne 25 fois, c’est 24 fois de trop."

Invité, à la même période, sur RTL, il poursuivait, toujours à propos du procès : "Vous avez une association féministe qui vient raconter, par le truchement de ses représentantes, que les plaignantes disent la vérité et malheur à qui vient les contredire. Elle vous explique qu'il faut une distance de séparation physique entre les hommes et les femmes... Pour faire des enfants ça va être compliqué."

Sur le délit d'outrage sexiste : "On déconne complètement"

Interrogé par Jean-Jacques Bourdin, en novembre 2018, sur le délit d'outrage sexiste (mesure chère à l'ex-secrétaire d'Etat Marlène Schiappa), Dupond-Moretti avait estimé qu'à ce propos, le gouvernement "déconne complètement". "Il y a une très vieille dame que j'adore qui m'a dit 'Moi je regrette de ne plus être sifflée'", avait-il raconté. "Ça tient à l'éducation de chacun, mais au fond, est-ce que l'État a vocation à réglementer ça ? Je ne crois pas. Que l'état inflige une infraction, c'est 90 euros pour avoir sifflé, on déconne complètement."

L'avocat de reconnaître également sur Cnews qu'en tant que franco-italien, sa "latinité" lui avait permis "quelques incartades" quand il était "plus jeune".  "Donc j'ai sifflé quelques filles qui traversaient... Mais ça coûte 90 balles ? La bienséance doit régler ça, pas la loi ; la loi ne peut pas se mêler de ça", disait-il en mars 2018.  

"A mon époque, quand une fille refusait vos avances, on appelait ça un râteau, de nos jours on appelle ça un délit", disait il aussi en janvier 2019 à GQ. 

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