À quelques jours des élections européennes, l'ancien conseiller de Donald Trump multiplie les interviews dans les médias français, où il ne se gêne pas pour dire tout le bien qu'il pense de Marine Le Pen. Sa cible numéro un : Emmanuel Macron.

Steve Bannon (ici à Rome, en mars 2019) rêve d'un "super-groupe" regroupant les nationalistes au Parlement européen.
Steve Bannon (ici à Rome, en mars 2019) rêve d'un "super-groupe" regroupant les nationalistes au Parlement européen. © AFP / ALBERTO PIZZOLI

Steve Bannon, lui aussi, est en campagne. L'ancien stratège de Donald Trump, tombé en disgrâce à la Maison Blanche, s'est rapproché ces derniers mois des leaders nationalistes européens en prévision des élections européennes, qui se dérouleront en Europe entre le 23 et le 26 mai. Même si Marine Le Pen assure qu'il n'a "aucun" rôle dans la campagne du Rassemblement national (RN), Steve Bannon ne se fait pas prier pour dire ce qu'il pense du président de la République, de l'Union européenne ou des partis populistes.

Sur Emmanuel Macron : "C'est un pantin"

Le chef de l'État est la cible prioritaire de Steve Bannon dans ses interviews accordés aux médias français. L'une des plus virulentes a été donnée à l'Express, en février dernier. L'ancien directeur du site d'informations d'extrême-droite Breitbart, qui a travaillé chez Goldman Sachs et loge à Paris à l'hôtel Bristol, y qualifie Emmanuel Macron de "pantin" : "Il est hors sol. (...) J'ai connu plein de banquiers d'affaires chez Goldman Sachs, dans les années 1980. Ces types-là voient les choses de loin, de manière abstraite. (...) Ils ne comprennent pas comment vivent les gens, ne savent pas à quoi ressemble une fin de mois difficile."

Les sorties de Steve Bannon sur Emmanuel Macron sont toutes sur le même modèle, le président de la République étant accusé d'appartenir au camp des "mondialistes". Une campagne médiatique qui n'a pas manqué de faire réagir dans la majorité : "Il ne se cache absolument pas de son envie de s'ingérer dans notre scrutin", a déclaré, ce samedi, Ntahalie Loiseau. La tête de liste La République en marche, s'en prend au passage, au Rassemblement national qu'elle accuse d'avoir "formé ses cadres à la méthode Bannon, c'est-à-dire la désinformation, le mensonge, assénés jusqu'à ce que ça passe".

Angela Merkel : "Son arrogance..."

Emmanuel Macron n'est pas le seul chef d'État européen attaqué par Steve Bannon. Dans une interview accordée au quotidien allemand Die Zeit fin mai 2018, il rend Angela Merkel responsable d'un soi-disant "raz de marée de migrants" arrivant en Europe : "C'est arrivé à cause de son arrogance et de son incompétence". Dans le même entretien, Bannon dit, au contraire, avoir une "grande confiance" en l'AfD, le parti d'extrême-droite allemand.

Marine Le Pen : "Une héroïne du temps présent"

Steve Bannon ne cache pas sa proximité avec la présidente du RN. Dans le JDD, le 18 mai, il assure que Marine Le Pen est "une héroïne du temps présent", qu'elle "finira par gagner, parce que c'est la plus résiliente de tous". "La chose la plus dure dans la vie est de se prendre un coup et de se relever. Elle a changé le nom du FN en RN, elle a changé de position sur l'économie, elle s'est 'rebrandée', c'est assez extraordinaire" détaillait-il au Parisien, quelques jours plus tôt. Des propos réitérés ce lundi matin, sur BFMTV :

Selon Steve Bannon, ces élections européennes sont, pour Marine Le Pen, un match retour de la présidentielle française, "un peu comme les midterms aux États-Unis que Trump a perdus". Battre la liste Renaissance (LREM) soutenue par le chef de l'État pourrait "totalement changer la donne en Europe puisque Macron s'est autoproclamé chef de l'UE et qu'il a investi toute son énergie dans son projet européen". 

Marion Maréchal : "Impressionnante"

Invité en mars 2018 au XVIe congrès du Front national à Lille, Steve Bannon disait voir, en conférence de presse, "de grandes choses" dans l'avenir de Marion Maréchal, ancienne députée du Vaucluse et nièce de Marine Le Pen : "Ce n'est pas simplement une étoile montante sur la droite de l'échiquier politique en France, c'est l'une des personnes les plus impressionnantes au monde."

Un an plus tard, Bannon dit la même chose, au mot près, dans le Parisien : "Marion est fantastique, je pense qu'elle est l'une des personnes les plus importantes sur le plan mondial mais elle a dédié sa vie pour quelques années, à créer son école." Marion Maréchal est en effet directrice générale de l'Institut de sciences sociales, économiques et politiques, où les intervenants viennent de tous les courants de l'extrême-droite.

Sa vision de l'Europe : "Le mouvement populiste ou la bureaucratie"

L'ancien conseiller spécial de Donald Trump a une vision binaire de l'Europe et de son avenir. "Il n'y a que deux alternatives", estime-t-il dans le Journal du Dimanche : "Soit le mouvement populiste en faveur d'une Europe des nations, soit la bureaucratie des États-Unis d'Europe de Macron", explique-t-il, estimant par ailleurs, dans le Parisien, que le président français a fait de cette élection "un référendum pour ou contre sa personne".

Pour ces élections européennes, Steve Bannon prédit "une faible participation un peu ­partout" et que "c'est en France que ça va se jouer", comparant la situation française au "Ground Zero de l'avenir de l'Europe contre les mondialistes".

Les autres nationalistes : "Super-groupe"

Selon l'ancien proche de Donald Trump, Salvini en Italie, Le Pen en France et Orban en Hongrie constituent "une alternative structurée" entre "ceux qui pensent que l’État-nation doit être dépassé" et "ceux qui pensent que c’est un bijou", comprenez les nationalistes. Sur BFMTV ce lundi, Bannon estime encore que les nationalistes peuvent "renforcer l'Europe" en rendant, aux citoyens, le pouvoir "confisqué par Bruxelles".

Steve Bannon rêve également, toujours dans le Parisien, d'un "super-groupe" au Parlement européen qui regrouperait tous les élus nationalistes. Interrogé sur une éventuelle collaboration avec Bannon, le Premier ministre hongrois ultra-conservateur Viktor Orban avait répondu, il y a quelques semaines, ne pas être "intéressé par des choses qui ne touchent pas la Hongrie".

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