Pour préparer l'émission de samedi, les Jeunes Dans La Présidentielle (JDLP) ont lu avec attention le livre d'Eva Joly, "Sans Tricher " publié aux Arènes. En cent phrases extraites du texte, les JDLP établissent un premier contact avec la personnalité de la candidate écologiste.

1/5.

Toute notre formation est une éducation à l’obéissance. On n’enseigne pas la révolte. Cela génère chez nous l’idée qu’il y a des gens qui savent et d’autres non. Chacun doit faire son travail. Tu es brancardier, tu fais le brancardier, et tu laisses le fonds monétaire faire son travail de fonds monétaire.

6/9

Redevenir citoyen ou militant, c’est cela. On ne veut plus accorder aveuglément sa confiance aux décideurs. On a compris qu’ils font un mauvais usage de cette confiance. A force d’intimider les gens en mettant en avant leur ignorance, le système politique finit par les détourner de leurs réflexes citoyens.

10/13

Eva Joly arrive en France en 1964, jeune fille au pair dans la famille Joly. Elle épousera le fils Pascal, (médecine). Ils s’installeront dans l’Essonne avec leurs enfants. Les années heureuses, dit aujourd’hui la candidate d’EELV à l’élection présidentielle.

14/20

En arrivant comme magistrate novice à Orléans, j’ai du intégrer de nouveaux us et coutumes. Déjà une histoire de vêtements. Jupe moutarde avec ceinture de cowboy ne sonnait pas magistrature française.

Mais au-delà des vêtements, les comportements étaient observés à la loupe. Des places de parking réparties avec soin aux attitudes à adopter, tout était calculé. C’était le royaume des petites mesquineries où les chicaneries internes l’emportaient sur toute ambition collective. La magistrature des années 80 était un milieu conservateur et fortement hiérarchisé.

21/22

J’ai décidé de quitter la justice ordinaire. Je la percevais comme une maison de fous paralysée par des injonctions paradoxales.

23/28

Le passage au Trésor m’a permis de collaborer avec des énarques et des hauts fonctionnaires surdiplômés, la crème de la fonction publique en somme. La personnalité de Jean-Claude Trichet m’a impressionné. Je venais de la justice où rien ne marchait vraiment, où les moyens manquaient et Jean-Claude Trichet incarnait l’efficacité et la précision…/… Nos engagements ont pris ensuite des directions opposées. Il a accompagné la dérégulation financière et toléré les paradis fiscaux. Au nom de quelle logique des hauts fonctionnaires de valeur ont-ils ainsi pu servir les intérêts des financiers et non ceux des peuples ?

29/30

Après trois années au Trésor, rencontre avec la présidente du Tribunal de Grande Instance de Paris . Avec un poste de juge d’instruction, je voulais booster le traitement des affaires financières

31/37

C’est en Aout 1994 que commence l’incroyable affaire Elf , une instruction qui va occuper huit ans de ma vie et changer ma vision du monde.

Ce fut mon premier combat contre les lobbies. J’ai découvert la puissance des apparences et l’efficacité de la rumeur, le plus vieux média du monde. J’appartenais à la CIA, tête de pont d’une offensive des pétroliers étrangers contre les intérêts Français….Tout était bon pour créer des fictions qui avaient l’allure d’une vérité…

Entrée en politique, je n’ai pas été dépaysée par ce double registre. Les snipers verbaux agissent dans l’ombre de leurs chefs en racontant tout et n’importe quoi.

38//42

En Février 2002, je terminais l’instruction de l’affaire Elf. Il me restait bien d’autres dossiers à boucler mais je sentais que la hiérarchie judiciaire ferait tout sous l’impulsion de la chancellerie pour m’empêcher de continuer mon travail.../… chacun sait dans la magistrature que si de lui-même, un magistrat ne comprend pas ce qu’on attend de lui, la hiérarchie, elle, sait s’en souvenir. Mon destin serait donc de siéger dans une formation subalterne de la Cour d’Appel pour y juger des contraventions. Je devais changer d’orientation.

43/46

Eva Joly ne le dit pas dans le livre, c’est aussi une période de deuil. Son ex-mari, Pascal Joly, est mort quelques mois auparavant.

En pleine interrogation sur son avenir, retour en Norvège en 2002. Le gouvernement de Centre Droit lui donne les moyens de lutter contre la corruption et le blanchiment international (2002/2005) puis en 2005, une deuxième mission relative aux problèmes nord/sud.

47/52

Jusqu’alors, je n’avais pas pris la mesure de la manière dont l’Occident pillait les ressources du Tiers Monde, en saccageant l’environnement et en mettant en péril la vie de la population…/…. Dans le delta du Niger, Shell, Total, Eni exploitent le pétrole depuis les années 1970. En 40 ans, la mortalité infantile augmente, l’espérance de vie baisse, le taux de pauvreté passe de 30 à 70 %. Les experts évaluent à 500 milliards de dollars l’ensemble des recettes pétrolières. Dans le même temps, les autorités nigérianes recensent 7000 marées noires . 5 millions de tonnes de brut (source WWF) déversés dans les eaux du delta, un des dix écosystèmes les plus humides au monde.

53/54

Le concept d’écologie politique , l’écologie au centre de toutes les problématiques, correspond à un impératif planétaire. Sans cet engagement politique déterminé, nous dériverions vers une société où les plus riches auraient accès à une nourriture de qualité, profiteraient à titre privé, d’un environnement préservé alors même que des milliards d’êtres humains seraient laissés dans la misère, la faim, aux prises avec les dérèglements climatiques.

55/69

Entre la magistrature et l’engagement politique, l’intermède norvégien a été une initiation.

Mais quelle formation rallier ?L’UMP , hors de question compte tenu des soutiens de la droite à l’ordre économique injuste que je voulais changer.

Les socialistes ? L’influence des sphères de Roland Dumas et des héritiers de Mitterrand restent forte.

François Bayrou ? Un homme estimable. Nous nous sommes rencontrés. Il m’a invitée à une convention du Modem en juin 2008. J’y ai tenu un discours où j’ai été chaleureusement applaudie. Mais cet accueil surprenant loin de nous rapprocher a jeté un froid sur sa garde rapprochée. Le Modem n’est pas une aventure collective mais un rassemblement autour d’un homme.

C’est à ce moment que Daniel Cohn-Bendit m’appelle. Il vient de fonder Europe Ecologie. J’ai été enthousiasmée par son projet, sa chaleur humaine, son énergie.

70/73

Mon engagement politique, mon fauteuil de député européen me donne l’occasion de retourner dans les pays du Sud, notamment au Mali Je porte mes combats au Parlement Européen. Les fils de mon action continuent à se nouer. L’aide au développement doit consolider la société civile.

74/80

Au fil des rencontres, j’ai pris gout à la politique mais de là à penser à une élection présidentielle !!!! La position de Dany Cohn-Bendit : l’élection présidentielle est impossible pour EELV ! De Gaulle a installé l’idée bonapartiste selon laquelle la présidentielle est un choix charnel presque mystique entre une personnalité et le peuple. Et le laminoir du vote utile laisse peu d’espace aux écologistes.

Cécile Duflot au contraire m’encourage. Les choses se sont faites naturellement.

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Eva Joly raconte ensuite l’arrivée de Nicolas Hulot, le feuilleton de la primaire, la surprise de l’emporter face à un homme, orateur zélé et habitué des médias .

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Ma diction, ma voix faible, ma timidité, ma faible popularité étaient des handicaps. __

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83/89

Désormais, il faut prendre en compte la dimension morale ou plutôt immorale de la crise. Je parle du cynisme, de la corruption et de la cupidité qui gouvernent le monde de la finance. L’intérêt général n’intéresse plus grand monde. Il devient une formule creuse, une incantation électorale. Le « chacun pour soi » et le « pas vu pas pris » constituent la vraie règle, sauf pour les rêveurs. Rêve pour rêve. Ceux qui nous reprochent de rêver veulent nous faire entrer dans le cauchemar qu’ils ont fabriqué.

90/100

Je pense souvent à cette phrase de Romain Gary : « Je n’ai pas une goutte de sang français mais la France coule dans mes veines ». Lorsque Marine Le Pen me traite de francophobe, et quand la droite dure me décrit comme un cheval de Troie de la nation française, c’est qu’ils n’ont rien compris. Pour croitre et se développer, il faut s’ouvrir, se mélanger, se refonder en permanence. La France est ainsi depuis Philippe Auguste. Au XIXe, la colonisation a fait naître une France algérienne, une France africaine, une France antillaise ou polynésienne. La Corse, la Bretagne, le Pays Basque et l’Alsace ont gardé le goût de leur langue et de leur culture régionale, résistant au jacobinisme uniformisateur. L’identité de la France est d’une infinie richesse, c’est un puzzle de territoires et de cultures qui se reconnaissent un avenir commun. C’est le mouvement qui toujours a fait la France.

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