[scald=67493:sdl_editor_representation]par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - "Je suis une femme libre", clame Eva Joly. Liberté, certes, pour cette candidate iconoclaste à l'élection présidentielle, mais une liberté désormais sous surveillance.

L'ex-magistrate a renoué avec le terrain jeudi pour faire taire les Cassandre qui prédisaient son désistement -choisi ou contraint- après son faux pas de la veille, quand elle avait laissé planer le doute sur son ralliement à François Hollande, dans l'hypothèse de la qualification du candidat socialiste pour le second tour de la présidentielle.

La mise au point maladroite de la candidate écologiste, puis son recadrage amical -qu'elle conteste- par la direction d'Europe Ecologie-Les Verts, ont mis fin au psychodrame avec le Parti socialiste mais à EELV, on redoute un nouveau coup d'éclat de cette novice en politique qui se joue des codes.

"Toute ma vie j'ai eu le sens du jeu collectif, mais ça passe par un langage de vérité", a-t-elle réaffirmé jeudi. "Je n'ai pas eu la tentation de laisser tomber. C'est haro sur Eva Joly et j'en tire une certaine fierté."

Sergio Coronado, son directeur de campagne, ne cache pas son embarras face à cet électron libre intrépide, qui rappelle à ses détracteurs qu'en tant que juge d'instruction de l'affaire Elf, elle avait été sous la menace de "contrats".

Le fonctionnement de la campagne, concède-t-il, sera complexe entre une candidate "antisystème" et l'appareil d'Europe Ecologie-Les Verts qui brigue une vraie représentation parlementaire. Yannick Jadot, son porte-parole, a démissionné mercredi mais l'assure de son soutien.

"ENTRE ELLE ET RIEN"

"Au bout du bout, il vaut mieux pour les écologistes avoir un candidat qui a un peu souffert ou même qui ferait un mauvais score et avoir un vrai groupe à l'Assemblée, plutôt que de faire un score à la François Bayrou et de n'avoir aucun député", résume Gaël Sliman, directeur du pôle Opinion de BVA.

Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts, et le sénateur Jean-Vincent Placé, son bras droit, souhaitent à tout crin ancrer le pôle écologiste dans les institutions, après les scores prometteurs des élections européennes (16,28% en 2009) et régionales (12,5% en 2010), pour tourner la page des "idées reçues" sur des Verts "amateurs", "irresponsables" et "brouillons".

Jusqu'à changer de candidat si Eva Joly contrecarre leurs desseins? Certains, au sein du mouvement écologiste, n'écartent pas ce scénario.

Dès mercredi, Alain Lipietz mettait en garde la candidate "en grand danger".

Choisi en juin 2001 par les militants pour porter les couleurs de l'écologie à l'élection présidentielle de 2002, ce polytechnicien avait été évincé par son parti en octobre de la même année au profit de son rival Noël Mamère après avoir laissé entendre que les nationalistes corses emprisonnés devaient être amnistiés.

Dans Le Parisien-Aujourd'hui en France, l'ancien député européen conseille à Eva Joly de "mouiller davantage autour d'elle son équipe et son parti". La candidate doit présenter son équipe de campagne le 1er décembre

"Je pense qu'elle est plus résiliente que moi, parce que c'est une femme, elle est norvégienne, elle a gagné la primaire bien plus largement que moi, et parce que le débat n'est pas d'être remplacé par Mamère, ni par Duflot, mais entre elle et rien", dit-il.

COMME SÉGOLÈNE ROYAL EN 2007...

L'eurodéputé EELV Noël Mamère, qui avait recueilli 5,25% des suffrages en 2002, a mis en garde "Eva" contre un nouvel accident qui risquerait de "conduire à un carambolage dramatique pour la gauche en 2012" tout en appelant à l'"entourer" pour "affronter les ouragans et les tempêtes".

"Les écologistes essayent de capitaliser sur les européennes et les régionales, sans avoir à compter sur le score d'Eva Joly. Tout ça, de facto, met en grande difficulté Eva Joly", estime Stéphane Rozès, président de Cap (Conseils, analyses et perspectives).

La candidate d'EELV est créditée de 4% à 5% d'intentions de vote dans les sondages.

"Les enjeux sont énormes, la pression est très forte", soulignait mercredi sur RTL l'ex-candidate Dominique Voynet, se souvenant d'avoir enduré "une campagne cauchemardesque en 2007" qui s'était soldée par un score humiliant : 1,57%.

Pour Jérôme Sainte-Marie, directeur du département opinion de CSA, Eva Joly "s'en remettra" et pourra même tirer les bénéfices de cette mauvaise passe.

"Le fait qu'elle soit attaquée par tous, et qu'elle apparaisse comme trop sincère d'une certaine manière, ça ne peut pas lui faire du tort", a-t-il dit à Reuters.

"Inversement, les Verts en tant que formation ont donné une image très tacticienne, politicienne, de leur combat, et ça peut susciter des phénomènes psychologiques de solidarité avec Eva Joly", explique-t-il.

"Ça peut apparaître d'une certaine manière comme la réédition de ce que Ségolène Royal disait avoir subi de la part du Parti socialiste en 2007".

Avec Elizabeth Pineau et Catherine Lagrange, édité par Patrick Vignal

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