Après la publication de plusieurs enquêtes de la cellule investigation de Radio France la concernant, Ségolène Royal a réagi sur France Inter en dénonçant des accusations "diffamatoires" et relevant, selon elle, de la "délation". Nos réponses sur les faits.

Ségolène Royal invitée du 7h50 de France Inter, le 20 novembre 2019
Ségolène Royal invitée du 7h50 de France Inter, le 20 novembre 2019 © Radio France / France Inter

Ségolène Royal était ce mercredi 20 novembre 2019 l'invitée de Léa Salamé, sur France Inter. L'ambassadrice chargée des négociations arctiques et antarctiques réagissait suite à la publication de plusieurs enquêtes de la cellule investigation de Radio France concernant ses activités et l'utilisation qu'elle fait des moyens mis à sa disposition par le ministère des Affaires étrangères. 

Sur l'utilisation des moyens du Quai d'Orsay

Ce que dit Ségolène Royal : "Mes collaborateurs m'accompagnent sur leur temps disponible"

Voici l'échange lors de l'interview : 

SÉGOLÈNE ROYAL : "Mes collaborateurs travaillent 35 heures au service des pôles, et sur leur temps disponible il leur arrive de m'accompagner au long cours […]."

LÉA SALAMÉ : "Votre assistante quand elle vous accompagne à une conférence dédicace à Brest un mardi ou à une inauguration d'hôpital un lundi, elle prend un jour de congé ?"

SG : "Bien sûr !" (hésitation) "Elle pose pas… C’est-à-dire… Elle travaille ses 35 heures.

LS : "Donc, quand elle fait des choses qui n'ont rien à voir avec les pôles, elle pose des jours de congés ?"

SG : "Elle travaille ses 35 heures."

Nos précisions : Ségolène Royal ne dit jamais clairement si ses collaborateurs rémunérés par le Quai d'Orsay sont effectivement en congés lorsqu'ils l'accompagnent sur des déplacements sans rapport apparent avec sa fonction d'ambassadrice. Nous avons relevé de nombreux exemples de leurs interventions sur des opérations a priori très éloignées de la diplomatie. Certains déplacements semblent nécessiter plusieurs jours de mise à disposition, comme celui qui a vu son conseiller en communication visiter des projets entrepris par sa fondation en Afrique. Était-il en congé ? La question reste toujours ouverte. Le ministère des Affaires étrangères n'a pas souhaité non plus y répondre.

Ce que dit Ségolène Royal : "Je ne touche pas une enveloppe de 100 000 €"

Nos précisions : La cellule investigation de Radio France n'a jamais écrit que Ségolène Royal "touchait" une enveloppe de 100 000 €. Cette somme, que nous évoquons, correspond à l'enveloppe que le Quai d'Orsay met à sa disposition pour payer ses frais de mission et de représentation. Des e-mails du ministère des Affaires étrangères dont nous avons pris connaissance l'attestent. Cette enveloppe est environ trois fois supérieure à celle dont disposait son prédécesseur, Michel Rocard, comme le confirme ce rapport du Sénat. Ségolène Royal évoque plus tard dans l'interview une "limite maximale", semblant confirmer que ce chiffre correspond au montant maximal des frais qu'elle est autorisée à engager, ce que nous écrivions.

Sur sa présence aux réunions du conseil de l'Arctique

Ce que dit Ségolène Royal : "Je suis allée à douze réunions internationales dans l'Arctique"

Nos précisions : Nous avons examiné l'agenda de Ségolène Royal établi par son propre cabinet. Depuis sa nomination, en juillet 2017, il ne fait état que de six déplacements en Arctique : trois participations à la conférence annuelle "Arctic circle", une à la conférence "Arctic frontiers" et une à la conférence "Arctic spirit". On peut aussi y ajouter un voyage au Groenland en octobre 2017, mais qui n'est pas une "réunion" à proprement parler. Comme nous l'avons raconté dans cet article, Ségolène Royal avait alors décliné la proposition qui lui était faite de rencontrer les autorités locales, préférant aller visiter la cabane de Paul-Emile Victor.

Ce que dit Ségolène Royal : "Je ne suis pas à la réunion du conseil de l'Arctique et je n'ai pas à y être, parce que la France n'est pas membre, […] c'est l'ambassadeur de France qui y va."

Nos précisions : Ségolène Royal évoque le fait qu'elle n'est jamais allée depuis sa nomination au conseil de l'Arctique, la principale instance de décision politique pour cette zone de la planète. Selon elle, la France n'est pas "membre" de ce conseil. En fait, la France en est membre observatrice, comme de nombreuses autres nations. Les membres de plein droit sont les huit pays qui possèdent des territoires dans la zone. 

Notons tout d'abord que ses homologues étrangers se rendent souvent dans ces réunions. C'est le cas de celle qui se tient actuellement en Islande. Plusieurs homologues étrangers de Ségolène Royal y sont présents, comme les ambassadeurs chinois, japonais, sud-coréens ou polonais en charge des pôles. Ces nations sont, comme la France, "observatrices" au sein du Conseil.

Par ailleurs, contrairement à ce que dit Ségolène Royal, elle n'y est pas représentée par l'ambassadeur de France du pays dans lequel se déroule la réunion (parce que "ça fait des économies de bilan carbone" justifie-t-elle face à Léa Salamé), mais par un membre de la sous-direction juridique du ministère des Affaires étrangères (en charge des dossiers polaires), venu de Paris, comme à chaque réunion du Conseil. 

Ce que dit Ségolène Royal : "J'ai décidé de ne pas aller aux trois réunions, sur deux ans, du conseil de l'Arctique"

Nos précisions : Ségolène Royal semble affirmer que le conseil de l'Arctique n'aurait tenu que trois sommets ("SAO meetings", Senior arctic officials, dans le jargon de l'institution) depuis sa nomination en 2017. D'après notre décompte, il y a en fait eu quatre "SAO meetings" depuis juillet 2017. Mais ce n'est pas tout. Le conseil de l'Arctique tient également des "réunions ministérielles" auxquelles participent les ministres et ambassadeurs chargés des dossiers polaires. Il y a eu trois réunions de ce format depuis la nomination de Ségolène Royal. Elle n'est allée à aucune d'entre elles.

Ce que dit Ségolène Royal : "Je ne sais pas si Michel Rocard y allait" (au conseil de l'Arctique)

Nos précisions : Le prédécesseur de Ségolène Royal allait au Conseil de l'Arctique. Il n'a quasiment raté aucun sommet sur les sept ans qu'a duré sa mission d'ambassadeur. 

Sur son rôle dans l'organisation de la semaine de l'Arctique à Paris

Ce que dit Ségolène Royal : "J'organise pour la première fois en France, au mois de décembre, la semaine de l'Arctique"

Nos précisions : Ségolène Royal évoque l'événement "Arctic Week", qui doit se tenir du 9 au 13 décembre prochains au ministère des Affaires étrangères. En réalité, cette série de conférences a déjà eu lieu l'an dernier à la même époque. Par ailleurs, s'il est vrai que Ségolène Royal s'est impliquée dans cet événement, il est organisé par un laboratoire de l'Université de Versailles-Saint Quentin qui était déjà à l'origine de l'édition précédente.

Sur le travail de la cellule investigation de France Inter

Ce que dit Ségolène Royal : "Je ne leur ai pas répondu car leurs questions étaient diffamatoires

Nos précisions : La cellule investigation de Radio France a particulièrement veillé à respecter un principe de droit : le respect du contradictoire. Ségolène Royal a reçu une première demande d'interview trois semaines avant la publication des enquêtes la concernant. Malgré de nombreuses relances, elle n'a pas répondu à ces sollicitations. 

Un mail comportant 29 questions précises et factuelles lui a donc été envoyé onze jours avant la publication des enquêtes. Ségolène Royal a choisi de ne pas y répondre, ce qui est son droit, et a transmis ces questions à la Présidence de Radio France, ce qu'elle reconnaît elle-même. Si sa version des faits est absente de la publication originale des enquêtes, c'est donc parce qu'elle a choisi de ne pas répondre.

Par ailleurs, nous avons exposé à Ségolène Royal, préalablement à la publication de nos enquêtes, ce que contenaient les documents sur lesquels nous nous basions, de façon à ce qu'elle puisse donner sa version des faits qui y sont exposés. Elle n'a pas accepté de répondre, mais a demandé à ce que nous lui montrions des documents qui pourraient dévoiler nos sources. En tout état de cause, les journalistes ont le droit au secret de leurs sources et nous ne produirons aucun élément qui puisse les exposer. Néanmoins, notre enquête repose également sur de nombreux éléments publics ou connus d'elle-même (comme l'agenda de Ségolène Royal ou les déplacements de ses collaborateurs dans des manifestations publiques).

Ce que dit Ségolène Royal : "Ce journaliste a fait lire un faux témoignage sur votre antenne"

Nos précisions : Il n'y a évidemment aucun "faux témoignage" dans les enquêtes de la cellule investigation. En revanche, certains témoignages sont anonymes, certaines personnes nous ayant expliqué qu'elles craignaient que leurs propos ne leur soient reprochés par leurs employeurs notamment. En l'occurrence, Ségolène Royal semble faire allusion au témoignage d'un partenaire d'un concours de cinéma lancé par sa fondation. Cette personne raconte que l'opération a tourné à la "catastrophe". Ce témoignage anonyme, comme tous les autres, est corroboré par des éléments factuels que nous avons pu recueillir. 

En lançant cette opération, Ségolène Royal promettait un parterre de stars du cinéma (comme le racontaient nos confrères du Parisien) et une opération d'envergure. Non seulement les stars ne sont jamais venues, mais l'opération s'est terminée de façon rocambolesque : le film primé a été réalisé par une classe d'école primaire dont l'instituteur n'était même pas au courant qu'il participait à un concours (il nous l'a confirmé). Et la levée de fonds annoncée par la fondation de Ségolène Royal a permis de récolter 50 euros

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