Marion Maréchal est sortie, ces derniers jours, de sa retraite médiatique. Si l’ex-députée FN du Vaucluse dit ne pas vouloir revenir en politique, elle affiche son intention de participer “au débat d’idées”. Son objectif : séduire l’électorat le plus conservateur.

Marion Maréchal en meeting lors de la campagne pour l'élection présidentielle de 2017.
Marion Maréchal en meeting lors de la campagne pour l'élection présidentielle de 2017. © AFP / IROZ GAIZKA

Marion Maréchal s’est offert près d'une heure d’interview, dimanche dernier, sur LCI. Mi-avril, c’était dans l’hebdomadaire Valeurs actuelles, sous la forme d’un entretien d’une dizaine de pages. Directrice depuis deux ans de son école de sciences politiques à Lyon, après avoir quitté le Front national, la nièce de Marine Le Pen a dit souhaiter "une grande coalition" entre la "droite populaire" issue des Républicains et le Rassemblement national (RN), une union des droites qu'elle théorise depuis des années. Mais sur quelles idées Marion Maréchal appuie-t-elle pour parler à l’électorat conservateur ?

La remise en cause du Mariage pour tous 

Marion Maréchal s’est exprimée à plusieurs reprises sur l’ouverture du mariage aux personnes de mêmes sexes, dans le cadre de la loi Taubira de 2013 : elle est contre. Sur le plateau de BFMTV, en mars 2016, elle explique que, selon elle, la "lecture traditionnelle du mariage" est d’encadrer juridiquement un "cadre naturel" : la filiation d’un homme et d’une femme. Par conséquent, pour celle qui est alors encore députée FN, le mariage ne peut être “une simple reconnaissance sociale de l’amour” dont le seul critère serait “le consentement mutuel”, au risque d’encourager, toujours selon elle, la polygamie : “Quelle est la justification qui fait que demain on accepte le consentement mutuel des homosexuels et qu'on n'accepte pas d'autres formes de consentement mutuel, et notamment le consentement mutuel polygame ?”

Marion Maréchal défend une vision "traditionnelle et naturelle" de la famille. Dans son "testament politique" publié en 2017 dans Valeurs actuelles, elle précise sa pensée : "Quand une partie de la France conservatrice défend le mariage et la filiation, elle défend aussi une partie de l’identité française avec une certaine idée des rapports humains basée sur le bien commun et l’intérêt du plus faible plutôt que sur la jouissance et l’envie de l’individu dans une liberté sans limite."

Dérembourser les IVG

Marion Maréchal ne veut pas officiellement remettre en cause le droit à l’avortement. En revanche, dès 2012, dans une interview accordé au Mouv’, elle se dit opposée au remboursement intégral de l’interruption volontaire de grossesse (IVG) par la Sécurité sociale, estimant que "ce n'est pas à l'État de réparer les inattentions des femmes" et qu’il y a un "certain nombre d'excès". En 2015, elle accuse le gouvernement de banaliser l'avortement en suggérant, sur Twitter, qu'acheter un micro-ondes est plus encadré que de pratiquer une IVG.

En novembre 2015, alors qu'elle est en campagne pour les élections régionales, Marion Maréchal s’engage, si elle est élue, à supprimer les subventions aux "associations politisées, dont les plannings familiaux" qui, selon elle, "véhiculent une banalisation de l’avortement".

Sa foi catholique

Les positions de Marion Maréchal sur les sujets de société sont en accord avec sa foi catholique, qu’elle revendique. "C’est pour moi important de rencontrer des catholiques qui défendent des valeurs auxquelles je tiens. Cela renforce mes convictions en adéquation avec ma foi. Avec eux, il est possible de dépasser les clivages et de construire un avenir meilleur", explique-t-elle en août 2015 dans une interview accordée à l’hebdomadaire Famille Chrétienne. Dans le même entretien, Marion Maréchal se dit ainsi opposée à la peine de mort.

L'immigration et le "Grand remplacement"

Marion Maréchal a été plusieurs fois interrogée sur sa foi catholique et son rapport à l'immigration. Dans une interview accordée au site Atlantico en mars 2017, elle dissocie les deux : la question des migrants pose, selon elle, "une question d'ordre moral intime sur un sujet qui relève d'une position d'un État". Or, selon l'ex-députée FN : "Un État n'est pas une personne physique. De ce fait là, la charité politique consiste à défendre le bien commun. Le bien commun, aujourd'hui en France, me conduit à penser comme beaucoup de Français que la France ne peut plus se permettre d'accueillir une immigration anarchique au regard du coût social et sécuritaire que cela engendre." 

En janvier 2017, devant des militants réunis à Monteux (Vaucluse), Marion Maréchal prône ainsi, dans un discours capté par France Bleu Vaucluse, le “retour des frontières nationales, d’une France qui ne serait plus une passoire, où l'on ne viendrait plus s’installer en exigeant systématiquement”.

Là où Marion Maréchal va plus loin, notamment, que Marine Le Pen, c’est qu’elle semble accorder publiquement du crédit à la théorie du "Grand remplacement" développée par l'écrivain d'extrême droite Renaud Camus. En tout cas, comme elle l’a confié au journal britannique The Economist en mars dernier, elle ne la trouve pas "absurde". En 2015, Marion Maréchal déclarait ceci sur BFMTV, répondant à une question de Jean-Jacques Bourdin sur l’éventualité de la disparition du peuple français : “On n'en est pas à un grand remplacement, mais il y a aujourd'hui un effet de substitution sur certaines parties du territoire de ce qu'on appelle les Français de souche par une population nouvellement immigrée”.

La France et l'identité nationale

Marion Maréchal met souvent en avant la "question identitaire" capable, selon elle, de transcender les clivages. "Je crois que la droite traditionnelle et les classes populaires ont un souci commun, c'est celui de leur identité", assure-t-elle à Valeurs actuelles, en mai 2017, avant de poursuivre : "Elle comporte une dimension abstraite, c’est vrai, avec des symboles, la Marseillaise, la devise, notre patrimoine républicain, et une dimension charnelle, notre terre, notre terroir, notre gastronomie, la pierre locale avec laquelle on construit sa maison."

À propos de "patrimoine républicain", l'ex-députée FN affirmait néanmoins, en avril 2016 sur iTELE, que la France avait "commencé avant la République".

Suivant ce raisonnement, Marion Maréchal estimait ainsi "tout à fait normal", en novembre 2015, que "ceux qui résident sur le territoire se plient aux mœurs, aux traditions, au mode de vie façonnés, entre autre, par 16 siècles de chrétienté". "À ce titre, poursuit-elle, la culture dominante étant empreinte de catholicisme, il est tout à fait normal que nos traditions populaires (crèches, jours fériés, procession...) accordent une place publique plus importante aux références catholiques qu'à l'islam."

Le repoussoir Emmanuel Macron

Pour Marion Maréchal, Emmanuel Macron incarne logiquement l'opposé des idées qu'elle défend. "L'idée progressiste est une idée qui affaiblit toutes les institutions construites par le peuple", a notamment déclaré la directrice de l'ISSEP dimanche dernier, sur LCI.

"Pour lui, la France est un territoire, pas une patrie ; c’est une population, pas un peuple ; ce sont des individus, pas des personnes", affirmait-elle déjà en 2017, toujours dans son "testament politique" publié dans Valeurs actuelles. 

Marion Maréchal voit dans le président de la République une incarnation des "élites d'émigrés spirituels" dont la vie "est à l'échelle mondiale", mais aussi l'accomplissement de l'idéologie de Mai-68 qu'elle veut mettre à bas, celle "du progrès, le culte du renouveau, qui implique nécessairement de faire table rase du passé". Par opposition, la petite-fille de Jean-Marie Le Pen préfère louer les "patriotes" qu'elle définit comme "partisans de l'enracinement".

L'exemple Nicolas Sarkozy

Si Marion Maréchal s'est définie, en 2012, comme une "déçue du sarkozysme", on retrouve, dans les interviews de l'ex-députée FN, beaucoup de références à la campagne victorieuse pour les élections présidentielles de 2007. En mars 2017, dans son entretien au site Atlantico, elle en fait l'exemple à suivre : "C'est une alchimie qui a réussi à mettre dans un même horizon à la fois les classes populaires, la France périphérique, les classes moyennes et la droite bourgeoise conservatrice, sans que cette désignation ne soit péjorative." 

Cet appel à "l'alchimie", Marion Maréchal ne dit pas autre chose lorsqu'elle souhaite, sur LCI, un "grand compromis patriotique" qui rassemblerait autant des électeurs du Rassemblement national que ceux des Républicains.

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