En plein débat sur la moralisation de la vie publique et la collaboration des conjoints des élus, le statut de Première dame est rejeté par 200.000 signataires d'une pétition.

La compagne du chef de l'État dispose déjà d'un cabinet, mais ses fonctions ne sont pas définies par le protocole de l'Élysée.
La compagne du chef de l'État dispose déjà d'un cabinet, mais ses fonctions ne sont pas définies par le protocole de l'Élysée. © AFP / ALAIN JOCARD

Aura-t-on bientôt notre French lady ? En parallèle de l'examen du texte de loi sur la moralisation de la vie publique à l'Assemblée, texte qui doit être définitivement adopté ce mercredi, une pétition circule pour s'opposer à ce que Brigitte Macron, l'épouse du président de la République, dispose d'un statut de Première dame.

Lancée il y a deux semaines sur internet, la pétition a récolté près de 200.000 signatures. Son auteur, Thierry Paul Valette, estime qu'il n'y a "aucune raison pour que l'épouse du chef de l'État puisse obtenir un budget sur les fonds publics".

"Brigitte Macron dispose à l'heure actuelle d'une équipe de deux à trois collaborateurs, ainsi que de deux secrétaires et deux agents de sécurité et cela est suffisant", affirme encore le texte, qui oppose la volonté affichée par Emmanuel Macron pendant la campagne de donner "un rôle public à son épouse" s'il était élu et le projet de loi qui interdit notamment les emplois familiaux de collaborateurs pour les ministres et parlementaires, "nous ne pouvons décemment cautionner l'initiative d'un statut spécifique à l'épouse du président Macron".

En 2016 déjà, selon un sondage réalisé par Ifop, seuls 31% des Français interrogés se disaient favorable à un statut avec rémunération et moyens alloués.

Budget, statut et responsabilité

La question du statut du conjoint du président ne se pose pas ici pour la première fois avec Brigitte Macron. Son prédécesseur, Valérie Trierweiler, qui a conservé son emploi de journaliste, disposait d'un cabinet de cinq personnes, dirigé par l'ancien journaliste de RFI Patrice Biancone, pour une masse salariale annuelle brute de quelque 396.900 euros en 2013, d'après le rapport 2014 de la Cour des comptes, ainsi que 85.000 euros de dépenses liées à des frais de représentation et de déplacement.

Selon les estimations de l'ancien député socialiste René Dosières, c'était près du double pour Carla-Bruni Sarkozy. Mais l'ex-député PS, qui a enquêté sur le fonctionnement de l'Élysée et son argent pendant des années, estime qu'il ne s'agit pas d'"une question d'argent" . Ce montant est géré par l'Élysée, dont les budgets sont transparents et examinés de près par la Cour des comptes. Le sujet porte plutôt sur la légitimité du conjoint non élu. Quel rôle et quelles fonctions publiques doivent avoir les conjoints de nos chefs de l'État ?

Pour René Dosières, la question se pose chaque fois que la compagne/le compagnon d'un.e président.e de la République représente son mari. Le socialiste estime qu'il faudrait alors "un statut de collaborateur du Président", pour que son conjoint figure dans l'organigramme et puisse officiellement le représenter.

Une officialisation qui engendrerait aussi des responsabilités pour la Première dame. Citant en exemple le rôle de Cécilia Sarkozy en 2007 dans la libération des infirmières bulgares détenues en Libye, René Dosières rappelle le refus de l'Élysée que l'épouse du chef de l'État soit entendue en commission d'enquête parlementaire. Une situation qui pose la question de l'immunité du conjoint du président de la République.

Une action occulte de la compagne du Président qui doit être abolie juge également, Marie-Anne Cohendet, professeur de droit constitutionnel à la Sorbonne. Invitée de France Inter ce lundi, madame Cohendet met en garde sur les interventions politiques des conjoints alors qu'ils ne sont ni élus, ni titulaires de la haute fonction publique.

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