[scald=23189:sdl_editor_representation]par James Mackenzie

ROME (Reuters) - Après les sénateurs la veille, les députés italiens ont adopté à leur tour, vendredi, le plan d'austérité présenté par le gouvernement, qui prévoit 48 milliards d'euros d'économies sur quatre ans.

Les députés se sont prononcés par 314 voix en faveur du plan et 280 ont voté contre. Un peu plus tôt, ils avaient majoritairement accordé leur confiance au gouvernement de Silvio Berlusconi.

Le plan doit maintenant acquérir force de loi dans les heures à venir.

Son objectif est de ramener le déficit public de 3,9% du PIB en 2011 à l'équilibre en 2014 et d'écarter le risque de propagation de la crise des dettes souveraines dans la zone euro.

Il combine baisse des dépenses centrales et régionales, relèvement de certaines taxes (produits financiers, péages autoroutiers, prélèvements sur les jeux de hasard) et augmentation progressive de l'âge du départ à la retraite (avec introduction d'un mécanisme d'indexation sur l'espérance de vie).

Son adoption, qualifiée d'"absolue priorité" par le quotidien économique Il Sole 24 Ore, a été facilitée par l'attitude de l'opposition, qui s'est gardée de prolonger les débats par des dépôts d'amendements en série ou d'autres techniques parlementaires.

Et la vitesse avec laquelle les parlementaires italiens ont progressé dans leurs travaux a contribué à faire retomber le vent de panique qui a balayé en début de semaine les marchés financiers, redoutant que la troisième puissance économique de la zone euro bascule à son tour dans la spirale grecque.

Mais la situation demeure fragile: vendredi matin, l'écart de rendement entre les obligations italiennes à dix ans et les Bunds allemands, qui servent de référence, dépassait les trois points de pourcentage.

"SILENCE ASSOURDISSANT"

Les médias italiens s'interrogent sur l'attitude de Silvio Berlusconi. Le président du Conseil, d'ordinaire très présent, n'a fait aucune apparition publique depuis la semaine dernière et s'est contenté d'un simple communiqué en réaction à la panique des marchés.

Il Corriere della Sera s'étonne du "silence assourdissant du grand communiquant". "Peut-être lirons-nous plus tard dans la journée une longue interview qu'il aura donnée, mais pour le moment, c'est un silence inquiétant", poursuit le journal.

Le Corriere publie ce qu'il présente comme la photographie la plus récente de Berlusconi, prise avant qu'il disparaisse de la scène publique. On le voit, portant des lunettes de soleil et accompagné d'un garde du corps, regagner son domicile romain.

Du coup, c'est le président Giorgio Napolitano, 86 ans, qui s'est retrouvé en première ligne pour cornaquer les partis du gouvernement et de l'opposition. Et le ministre des Finances Giulio Tremonti, dont les relations avec Berlusconi sont passablement compliquées, sort renforcé de cette semaine sous haute tension.

L'Italie a évité le pire de la crise financière en partie grâce à un contrôle strict des dépenses publiques, piloté par Tremonti, et un haut niveau d'épargne privée. Mais le poids de sa dette, qui représente 120% du PIB italien, et la faiblesse de la croissance de son économie l'exposent aux remous.

Le Parti démocrate (PD), principale formation de l'opposition, demande la démission du gouvernement de Berlusconi, estimant que les tensions entre le parti Peuple de la liberté (PDL) du président du Conseil et ses alliés de la Ligue du Nord l'affaiblissent trop pour faire face à la tempête financière.

Mais au lieu de caresser l'idée d'élections anticipées et son lot d'incertitudes, ses dirigeants prônent un gouvernement de transition jusqu'aux élections prévues pour 2013, sur le modèle du gouvernement formé en 1995 par Lamberto Dini, ancien haut responsable de la Banque centrale d'Italie.

"Le gouvernement Berlusconi est dans la clandestinité ces jours-ci mais, à l'évidence, un autre gouvernement est déjà à l'oeuvre dans notre pays", confie, anonymement, un député de la majorité gouvernementale.

Avec Paolo Biondi; Henri-Pierre André et Eric Faye pour le service français

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