[scald=81287:sdl_editor_representation]par Patrick Vignal

PARIS (Reuters) - François Fillon est entré lundi en campagne pour l'élection présidentielle du printemps avec une violente charge contre François Hollande, accusé notamment de "catastrophisme rustique" et de "diabolisation infantile".

Le Premier ministre a clairement choisi le terrain politique lors de la traditionnelle cérémonie des voeux de la presse, concentrant ses attaques sur le candidat socialiste et sa critique systématique du bilan de Nicolas Sarkozy.

Le chef du gouvernement a rappelé les propos de François Hollande, qui décrivait dans Libération une France "abaissée, abîmée, dégradée". François Fillon a dénoncé un "parallèle poussif" avec une célèbre harangue du général de Gaulle (Paris outragé, brisé, martyrisé...).

"Mais n'est pas le Général qui veut, et surtout, il y a dans ce catastrophisme rustique quelque chose de terriblement déprimant pour les Français et finalement de peu exigeant sur le plan intellectuel", a-t-il ajouté.

François Fillon, en passe de devenir le premier chef du gouvernement, toutes Républiques confondues, à se maintenir à Matignon pour toute la durée d'un mandat présidentiel, a répondu à ceux qui, dans son camp, lui reprochent de se tenir en retrait en s'acharnant sur François Hollande en termes choisis.

"A écouter M. Hollande, tout n'est qu'échec, iniquité, désolation, bref, notre pays est dans le gouffre", a-t-il dit.

"Je combats cette maladie, cette sorte de "scorpionite", cette autolyse (autodestruction-NDLR) qui consiste à nous envenimer pour mieux croire au mythe du phénix qui renaît de ses cendres (...) Cette diabolisation est infantile mais chacun aura compris son but : éviter de parler du fond, éviter d'élargir le débat aux contraintes du monde, et par là même, éviter de placer le socialisme devant ses contradictions", a-t-il ajouté.

"ARTIFICIERS EN GANTS BLANCS"

Bref, François Hollande démolirait l'action de Nicolas Sarkozy pour mieux masquer la vacuité de son propre programme, a voulu dire en substance le Premier ministre.

"Ceux qui attaquent notre bilan sont des artificiers en gants blancs", a dit François Fillon avant de défendre un "quinquennat de combat" et la volonté de réforme de Nicolas Sarkozy, illustrée récemment, selon lui, par les propositions du chef de l'Etat sur la "TVA sociale" et la taxe sur les transactions financières.

Tandis que François Hollande dénigre sans rien proposer, le gouvernement travaille dans un contexte rendu extrêmement difficile par la crise des dettes souveraines qui ébranle la zone euro, a martelé François Fillon.

"La crise ne nous laisse aucun répit, le fonctionnement de l'Etat ne connaît pas de pause, le gouvernement doit faire son travail jusqu'au bout avec rigueur et calme", a-t-il dit.

François Fillon a ensuite embrayé en enfourchant son traditionnel cheval de bataille, la nécessité de réduire les déficits publics.

Le Premier ministre, qui n'a jamais craint les discours alarmistes en la matière, a prédit que la France ferait un peu mieux cette année que ce qu'elle avait prévu tout en n'excluant pas de nouvelles mesures de rigueur.

PAS DE VOEUX POUR HOLLANDE

"Nous devons continuer de réduire nos déficits et nous préparer à toutes mesures nouvelles éventuelles", a-t-il dit avant d'ajouter : "Notre déficit public pour 2011 sera très probablement inférieur aux 5,7% du PIB sur lesquels nous nous sommes engagés", a-t-il dit.

Mais en consacrant près d'un tiers de son discours à François Hollande, François Fillon a enfilé le bleu de chauffe pour défendre la candidature annoncée de Nicolas Sarkozy.

Ces voeux étaient certainement les derniers à Matignon du Premier ministre, dont les relations avec le chef de l'Etat ont parfois été difficiles.

Le Premier ministre prépare déjà l'après-2012, avec une candidature aux législatives à Paris avant, peut-être, de briguer la mairie de la capitale deux ans plus tard.

En cas de victoire de Nicolas Sarkozy, François Fillon pourrait se laisser tenter par la présidence de l'Assemblée nationale, prédit un proche.

Interrogé sur sa longue expérience à Matignon, le chef du gouvernement s'est montré philosophe : "Je croyais que ce serait plus dur", a-t-il confié à des journalistes. "On me disait que c'est l'enfer, ce n'est pas l'enfer. C'est une maison extrêmement attachante".

Avec Emile Picy, édité par Yves Clarisse

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