[scald=69437:sdl_editor_representation]par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - Prédisant une "alerte grave" pour l'économie française d'ici l'élection présidentielle de 2012, François Bayrou a tracé mercredi les grandes lignes de sa stratégie de redressement jusqu'à l'horizon 2020, inspirée du douloureux mais fructueux "Agenda 2010" de Gerhard Schröder en Allemagne.

Une semaine avant l'officialisation de sa troisième candidature à la magistrature suprême, le président du Mouvement Démocrate (MoDem) a livré son discours de la méthode en faisant sienne la maxime du journaliste français Emile de Girardin, "Gouverner c'est prévoir", alors que les rumeurs de dégradation de la note souveraine française se font insistantes.

"Les chances de voir la France arriver sans alerte grave à l'élection présidentielle du mois de mai m'apparaissent bien ténues", a-t-il affirmé lors d'une conférence de presse.

La crise des dettes souveraines, les difficultés de l'euro, "tout était prévisible", estime François Bayrou.

Pour le dirigeant centriste, qui ambitionne de réaliser une percée comparable à son score de 2007 (18,57%), voire de figurer au second tour, le rétablissement de l'économie française passera dès 2012 par une loi de finances drastique imposant notamment une baisse des dépenses publiques de 5% (20 milliards pour l'Etat, 20 milliards pour la Sécurité sociale et 10 milliards pour les collectivités locales).

Au chapitre des recettes, 50 milliards d'euros supplémentaires seraient réunis grâce au relèvement de 41% de l'actuelle tranche à 41% de l'impôt sur le revenu, à la création d'une nouvelle tranche d'imposition à 50% et à environ 25% d'économies sur les niches fiscales.

"Un grand effort", mais un effort "accessible" après "trois décennies d'incurie, de légèreté, entre 1981 et 2011", a souligné François Bayrou, qui n'a pas évoqué dans sa démonstration les possibles aléas de la conjoncture.

L'urgence se doublera d'"une action de longue haleine", au rythme de "lois-cadres" jusqu'en 2020, "horizon crédible" où la France présentera des comptes publics excédentaires", un taux de chômage à 5%, et un commerce extérieur excédentaire. L'"obsession" productive sera le maître-mot du redressement.

"DU JAMAIS VU"

Cette "démarche de gouvernement", que le dirigeant centriste oppose aux "réactions de l'immédiat", "souvent contradictoires, irréfléchies" de Nicolas Sarkozy (qu'il n'a pas cité), trouve son inspiration dans l'"Agenda 2010" que le chancelier social-démocrate Gerhard Schröder dicta contre toute attente à l'Allemagne en mars 2003, six mois après la reconduction de la coalition "rouge-verte" au pouvoir.

L'Allemagne était alors la lanterne rouge de la zone euro -

croissance atone, chômage élevé, déficits publics excessifs.

Gerhard Schröder mit l'Allemagne sur la voie d'une réforme radicale de l'Etat providence, avec notamment une diminution des prestations sociales et une revalorisation moindre des retraites. La mesure phare de ce plan fut la loi "Hartz IV", du nom de Peter Hartz, le responsable du personnel de Volkswagen, qui réduisit considérablement les indemnisations des chômeurs.

Déroute politique, qui conduisit à l'éclatement de la gauche, ce plan fut un indéniable succès économique, redonnant à l'Allemagne son rôle de moteur en Europe.

"Il ne s'agit nullement pour nous d'imiter l'Allemagne", a assuré François Bayrou, évoquant notamment le contraste démographique entre les deux pays.

S'il est élu, tout sera fait pour que la France n'ait pas à vivre le "traumatisme" de la baisse des retraites et de la réduction des salaires des fonctionnaires, a-t-il expliqué.

François Bayrou, qui revendique son indépendance vis-à-vis du PS et de l'UMP, convoque également la figure du général de Gaulle, qui présida au plan Rueff-Pinay en 1958, pour appuyer sa démarche.

Il préconise, s'il accède à l'Elysée, une loi-cadre dès l'automne 2012 pour créer un commissariat au Plan nouvelle manière. S'y ajouteraient une loi-cadre sur l'énergie et une loi-cadre pour une démocratie qui fera la fierté des Français en 2020, "pas une démocratie qui fait honte".

Cinq forums se dérouleront de janvier à mars 2012 pour confronter les propositions du candidat à l'expérience "des acteurs de la vie réelle" et juger ainsi de la validité de ses choix.

"Je vous promets que du jamais vu, on va en voir", a lancé le président du MoDem.

Edité par Yves Clarisse

Mots-clés :

Derniers articles


Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.