Affaires, médias, les personnalités politiques donnent une nouvelle tourne à leur carrière, dans le privé ou sur les plateaux télés.

Battu au premier tour de l'élection présidentielle, François Fillon se tourne vers les affaires.
Battu au premier tour de l'élection présidentielle, François Fillon se tourne vers les affaires. © AFP / Mehdi Taamallah / NurPhoto

Candidats vaincus, sénateurs épuisés, députés dégoûtés, le renouveau en politique signifie aussi un tournant pour la carrière de nombreuses personnalités. Certains choisissent le secteur privé, comme Nicolas Sarkozy après sa défaite en 2012, avant de revenir le temps d'une primaire dont il a été éliminé dès le premier tour. Et comme François Fillon.

Battu au premier tour de l'élection présidentielle, le candidat de la droite va rejoindre la société de gestion d'actifs et d'investissement Tikejau Capital, récemment introduite en bourse après une levée de fonds de près de 702 millions d'euros, dont il devient l'un des 30 associés.

Dans le communiqué qui annonce son arrivée mardi, la société a mis en avant "son expérience internationale [...] et sa connaissance aiguë des problématiques économiques françaises et européennes constituent des atouts majeurs pour accompagner le développement de la société de gestion et d'investissement". Le développement international du groupe est l'"un de ses axes stratégiques majeurs", a-t-elle souligné.

Certains sont trop attachés au micro pour raccrocher

François Fillon n'est pas le seul à avoir récemment raccroché la casquette politique. En juin, l'ancien Premier ministre de Jacques Chirac, Jean-Pierre Raffarin, avait abandonné son siège de sénateur avant même la fin de son mandat pour créer son ONG. Une activité qu'il va compléter d'une chronique régulière sur France 2, nous annonce-t-il sur Twitter, lui permettant de conserver une exposition médiatique.

Car ils sont nombreux, nos politiques déçus, à rester des drogués des micros et des plateaux télé. Au milieu de l'été, l'ancien conseiller de Nicolas Sarkozy Henri Guaino avait annoncé son arrivée dans la matinale de Sud Radio, où il sera en charge, à partir de la rentrée, d'un éditorial quotidien.

Dans les pas de Roselyne Bachelot en 2012, L'ex député des Yvelines profite ainsi de sa notoriété pour rebondir et disposer d'une place de choix dans les médias. A l'inverse, l'Insoumise Raquel Garrido veut "utiliser les médias pour se créer une notoriété", juge le sociologue Philippe Riutort, et gagner ainsi en crédibilité après du grand public. L'ancienne porte-parole de La France Insoumise assurera une chronique hebdomadaire sur C8, dans l'émission de Thierry Ardisson Les Terriens du dimanche.

Quant à Julien Dray, qui conserve son activité politique et est l'un des portes-paroles de la nouvelle direction du PS, il sera présent sur LCI, la recherche est bien l'exposition médiatique. Le chroniqueur qui ne sera pas payé pour son intervention se présente comme "un élément du débat politique".

Ce passage de la politique au monde médiatique, "c'est avantageux pour les deux camps", observe Nicolas Hubé, maître de conférences en science politique à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. "D'une part pour les médias car les politiques savent parler en trente secondes et faire le buzz. D'autre part pour les politiques car ils gardent un capital de notoriété et ne disparaissent pas de la scène médiatique".

Pour Philippe Riutort, sociologue et spécialiste des médias et des politiques, "Henri Guaino est dans un élan déclinant, il gère sa retraite politique. Son édito est une activité comme une autre. Alors que Raquel Garrido, c'est l'inverse, elle utilise les médias pour se créer une notoriété".

La porte-parole de La France insoumise, Raquel Garrido, tiendra elle une chronique hebdomadaire dans l'émission de Thierry Ardisson Les Terriens du dimanche, diffusé sur C8. "Je serai libre de dire ce que je veux", a-t-elle promis sur RMC. Cette collaboration d'une des figures du mouvement de Jean-Luc Mélenchon avec le groupe de Vincent Bolloré suscite pourtant les sarcasmes depuis le début de l'été.

Une pratique lancée par Paris Match et VGE

"Que les politiques travaillent pour les médias, ce n'est pas nouveau". Pour le sociologue Philippe Riutort, c'est le magazine Paris Match qui a lancé cette pratique. "L'hebdomadaire avait proposé il y a une quinzaine d'années à Valéry Giscard d'Estaing d'écrire des chroniques", rappelle-t-il. "A l'époque cela avait détonné, maintenant c'est normal, surtout en presse écrite".

Depuis, d'autres personnalités ont quitté l'hémicycle pour les plateaux télé. La première fut la très remarquée Roselyne Bachelot en 2012. L'ancienne ministre de Nicolas Sarkozy a commencé sa carrière à la télévision sur D8. A la rentrée, elle présentera avec Julien Arnaud "un talk d'actu" sur LCI.

La même année, Clémentine Autain, nouvelle députée LFI, s'est fait connaître en devenant chroniqueuse sur France 2. Daniel Cohn-Bendit a rejoint la matinale d'Europe 1 en 2013, quand Jeannette Bougrab, ancienne secrétaire d'État, participait au Grand Journal de Canal +.

En novembre 2016, c'est Sébastien Pietrasanta alors député PS de la 2e circonscription des Hauts-de-Seine qui est devenu consultant sur le terrorisme sur BFM TV.

Et puis, rester dans les médias peut peut-être mieux passer aux yeux de l'opinion que de s'enrichir en se tournant vers les affaires comme le fait François Fillon dont la chute est due à des soupçons d'emplois fictifs concernant sa compagne, Penelope, et ses enfants.

Une notion qui, outre-Rhin, n'échappe pas à la chancelière allemande. Angela Merkel a assuré lundi qu'une fois sa carrière politique achevée, elle n'acceptera pas de poste dans les affaires, dénonçant son prédécesseur, Gerhard Schröder, qui a rejoint le géant pétrolier russe Rosneft.

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