[scald=71999:sdl_editor_representation]par Chine Labbé

PARIS (Reuters) - Sous les huées des sénateurs de gauche et les applaudissements de la droite, François Fillon a réaffirmé jeudi son attachement au lien entre nationalité et droit de vote en France.

Le Premier ministre s'est opposé ainsi à une proposition de loi sur le droit de vote et d'éligibilité des étrangers non communautaires aux élections municipales présentée par la gauche au Sénat.

"Avec cette proposition, la gauche s'engage dans une voie dangereuse avec légèreté. Elle prend le risque de vider la nationalité et la citoyenneté française de leur substance", a dit François Fillon aux sénateurs en ouverture d'une allocution de plus de vingt minutes.

La présidente du Front national, Marine Le Pen et ses partisans d'un côté, associations et partis de gauche de l'autre, ont manifesté aux abords du Sénat avant l'examen du texte.

La séance a été très animée, en présence non seulement du Premier ministre mais aussi du ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, et de celui de la Justice, Michel Mercier.

Le gouvernement est hostile à ce projet de loi, qui a été inscrit à l'ordre du jour par la gauche sénatoriale.

Reprenant un argument avancé à plusieurs reprises par divers membres de son gouvernement, le Premier ministre a estimé que le vote des étrangers aux élections municipales ferait courir le risque de "communautariser le débat public".

"Il n'est sans doute pas de pire ferment du communautarisme que l'onction du suffrage universel donnée à des candidatures qui seraient tentées de miser sur leur caractère ethnique", a-t-il dit.

SARKOZY ÉTAIT POUR

François Fillon a remis en cause le fait que le Sénat puisse être saisi de ce texte, adopté par une Assemblée nationale de gauche en 2000 sans que le Sénat, alors à droite, et passé historiquement à gauche en septembre, ne suive.

"Cette initiative n'a (...) plus le moindre lien avec la représentation nationale actuelle, ce qui pose un problème au regard de la clarté démocratique", a-t-il déclaré.

Depuis 1998, les citoyens de l'Union européenne sont éligibles et peuvent voter aux élections municipales au même titre que les nationaux, une différence de traitement vivement dénoncée par les sénateurs de gauche.

Sur ce point, le Premier ministre a déclaré que le choix d'accorder le droit de vote aux Européens correspondait à une volonté de voir émerger une "citoyenneté européenne".

Après l'intervention de François Fillon, Esther Benbassa, sénatrice d'Europe-Ecologie-Les Verts et rapporteur du texte, a lu tour à tour des anciennes prises de parole de Nicolas Sarkozy, Jean-Pierre Raffarin, ou encore Brice Hortefeux, en faveur du vote des étrangers aux élections locales.

Des lectures encouragées à gauche de l'hémicycle aux cris de "Encore, encore!"

Le texte devait être soumis au vote des sénateurs dans la soirée.

Une large majorité des Français (61%) est favorable au vote des étrangers, selon un récent sondage BVA.

avec Gérard Bon, édité par Patrick Vignal

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