[scald=67405:sdl_editor_representation]PARIS (Reuters) - François Fillon a rendu jeudi un hommage appuyé à Jacques Chirac pour son combat en faveur du développement, signant un armistice tardif avec l'ancien président de la République que ni lui ni Nicolas Sarkozy n'ont épargné de leurs critiques.

Le Premier ministre a participé - une première - à la remise du 3e prix de la Fondation Chirac pour la prévention des conflits au musée des Arts premiers, à Paris, en présence de Jacques Chirac, qui ne s'est pas exprimé, et de son épouse.

Le prix a été décerné cette année à la Canadienne Louise Arbour, qui fut procureur en chef des Tribunaux pénaux internationaux pour l'ex-Yougoslavie et le Rwanda, et à la Burundaise Marguerite Barankitse, "la Mère Teresa africaine" qui oeuvre au bien-être des enfants tutsis et hutus.

"Au cours de ses deux mandats à la tête de la République française, le président Chirac a su se faire l'avocat des oubliés", a déclaré François Fillon lors d'un discours applaudi par les époux Chirac.

"Il a non seulement posé un diagnostic juste sur les principaux déséquilibres de son temps, le risque d'uniformisation linguistique et culturelle, la contestation du multilatéralisme, l'insuffisance des moyens consacrés au développement, mais il a surtout défendu et promu des politiques pour y répondre", a-t-il souligné.

Le chef du gouvernement, qui a gratifié l'ancien président d'un "Mon cher Jacques Chirac" et glissé quelques mots amicaux à son oreille en quittant le musée du Quai Branly, a également affirmé que l'idée d'une taxe sur les transactions financières, portée par Nicolas Sarkozy, était "la fille" de la taxe sur les billets d'avion imaginée par l'ancien chef d'Etat pour financer le développement.

RÉPARATION

L'hommage à Jacques Chirac - affaibli par une affection neurologique qui le condamne à de longues éclipses médiatiques et lui a épargné une comparution au procès le visant pour détournements de fonds publics entre 1992 et 1995 -, tranchait avec les règlements de comptes du passé et de la "rupture" de mai 2007, date de l'élection de Nicolas Sarkozy.

Les relations entre Jacques Chirac et François Fillon ont toujours été complexes, marquées par une défiance réciproque.

Dans "La France peut supporter la vérité", qu'il a publié en octobre 2007, François Fillon signait une charge virulente contre le bilan de l'ancien président de la République.

En préambule du livre, il écrivait notamment : "J'ai beaucoup de raisons de me méfier de Chirac et elles ne datent pas d'hier".

Après son éviction du gouvernement en mai 2005, l'ancien ministre de l'Education nationale avait lâché : "Des années Chirac, on ne retiendra que mes réformes". Il choisit alors de rallier Nicolas Sarkozy.

Dans ses Mémoires, Jacques Chirac n'évoque François Fillon qu'en pointillés.

Dans le tome II publié en juin dernier, l'ancien président de la République égratignait pour la première fois publiquement Nicolas Sarkozy, décrivant un homme "ne doutant de rien et surtout pas de lui-même". Et il lançait lors d'un déplacement en Corrèze qu'il voterait François Hollande en 2012.

Dans ses écrits, il se disait également "touché" de ne pas avoir été cité par son successeur le soir de son accession à l'Elysée, en 2007.

La présence et le discours de François Fillon jeudi, à ses côtés, semblaient valoir réparation.

Sophie Louet, édité par Patrick Vignal

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