François Fillon va présider, ce jeudi, au Sénat un colloque pour venir en aide aux chrétiens d'Orient. Trois mois avant son procès pour détournement de fonds publics, l'ancien Premier ministre cherche à faire parler de lui autrement. Et au final, embarrasse la droite et séduit la gauche. Explications.

Pour "être utile autrement", François Fillon a lancé l'an dernier son association "Agir pour la paix avec les chrétiens d'Orient" et présidera ce jeudi un colloque au Sénat..
Pour "être utile autrement", François Fillon a lancé l'an dernier son association "Agir pour la paix avec les chrétiens d'Orient" et présidera ce jeudi un colloque au Sénat.. © AFP / Eric Feferberg

Ce sera l'un des grands procès de l'année prochaine. Le lundi 24 février 2020, François Fillon comparaîtra aux côtés de son épouse devant le tribunal correctionnel de Paris pour détournement de fonds publics et abus de biens sociaux, notamment. Quelques semaines avant les élections municipales, la droite espère ne pas en pâtir. 

Qu'il soit condamné ou non, cette affaire aura ruiné la carrière politique de l'ancien candidat LR à la présidentielle. Mais François Fillon ne veut pas en rester là et quitter la scène sur cet échec. Pour "être utile autrement", il a donc lancé l'an dernier son association "Agir pour la paix avec les chrétiens d'Orient", et présidera ce jeudi un colloque au Sénat.

Levée de fonds

Son premier appel aux dons n'a pas reçu l'accueil escompté. L'ancien Premier ministre espère donc, avec ce colloque, lever plusieurs centaines de milliers d'euros et pouvoir transformer ainsi son association en une fondation. Il marcherait alors dans les pas de Jean-Pierre Raffarin, François Hollande ou Jacques Chirac, qui en ont chacun créé une en marge de leur carrière politique.

Les chrétiens d’Orient sont un rempart contre la montée du fondamentalisme". François Fillon

"Je veux démontrer que la présence des chrétiens au Moyen-Orient est la clé de la paix", expliquait-il à nos confrères de Paris Match, de retour du Liban. L'ancien Premier ministre français met donc son réseau au service de cette cause, qu'il porte depuis 2014. Dans son équipe, on retrouve l'ex-chef de cabinet de Jacques Chirac, Annie Lhéritier, l’avocat Antoine Gosset-Grainville, le financier Arnaud de Montlaur. 

Sur scène, ce jeudi, il accueillera le cardinal Louis Raphaël Ier Sako, l'ex-chef du gouvernement espagnol José Maria Aznar, les anciens ministres Hubert Védrine et Luc Ferry, et une seule figure de la droite : Bruno Retailleau. "Je ne continue pas à travailler avec lui mais là, c'est quelque chose qui lui tient à cœur depuis longtemps", précise le chef de file des sénateurs LR. "C'est important de plaider pour les chrétiens d'Orient", ajoute-t-il au micro de France Inter, "et au-delà en Afrique, je pense au Nigeria, où l'on a des massacres de grande ampleur"

L'association de François Fillon s'est fixé trois objectifs :

  • Alerter l'opinion publique sur le sort des chrétiens d'Orient 
  • Financer des projets de reconstruction ou de solidarité dans leur pays d'origine
  • Promouvoir "les initiatives d'aide et d'accompagnement (...) aux côtés de ceux qui n'ont trouvé d'autre solution que le départ"

Il boude la droite, la droite le boude

"La droite française s'est suicidée avec ses divisions, et ça ne commence pas avec la campagne présidentielle (de 2017, ndlr), c'est bien plus ancien. Depuis une vingtaine d'années, il y a des batailles uniquement personnelle et d'ego (...). Il y a des comportements humains qu'on ne peut pas complètement pardonner", avait déclaré François Fillon à Genève, en octobre dernier, au micro de la télévision suisse (RTS). 

Des propos très mal accueillis en France, notamment la dernière phrase, que beaucoup de ses anciens amis aimeraient lui retourner. "Comment ose-t-il dire que la droite s'est suicidée, alors qu'il l'a lui-même tuée ?" peste un député LR. D'autant que l'ancien Premier ministre a aussi fait preuve de cynisme à propos des "gilets jaunes" et des manifestations en France. "Je vais être un peu prétentieux : quand j'étais ministre des Affaires sociales, j'ai fait une réforme des retraites, j'ai mis deux millions et demi de personnes dans la rue, Macron, c'est un petit joueur à côté", avait-il lâché.

Cette séquence a notamment déplu à l'un de ses anciens fidèles, le président du Sénat, Gérard Larcher. Celui-ci devait prendre la parole lors de ce colloque aujourd'hui au Palais du Luxembourg, mais finalement, "il passera juste une tête" précise son équipe. Sous-entendu : Gérard Larcher a mieux à faire. 

Moteur des manifestants

Pendant la campagne de la primaire de la droite, en mars 2016, François Fillon avait tenu un "grand oral" devant les chefs d'entreprise de la fondation Concorde à Paris. Il y avait présenté son "blitzkrieg" (guerre éclair) libéral et avait évoqué la question des retraites, sans tabou. "Le système de retraite par points, ça permet une chose qu'aucun homme politique n'avoue, ça permet de baisser chaque année le montant et la valeur des points, et donc de diminuer le niveau des pensions", avait-il lancé. 

Cet extrait du discours, diffusé à l'époque par Public Sénat, a été exhumé ces derniers jours par des élus de gauche pour alimenter la contestation de la réforme voulue par le gouvernement. Le député insoumis François Ruffin l'a notamment relayé la semaine dernière, le 4 décembre, et depuis plus de 110 000 personnes l'ont visionné. 

François Fillon devient donc, malgré lui, dans ce dossier un adversaire d'Emmanuel Macron, et un moteur des manifestants. Il aura peut-être un mot pour eux ce jeudi, alors que de nombreux invités auront du mal à rejoindre le Sénat au vu des perturbations dans les transports publics. 

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