[scald=87457:sdl_editor_representation]par Elizabeth Pineau

PARIS (Reuters) - Ne pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué, à moins de trois mois de l'élection présidentielle : tel est le leitmotiv de François Hollande au terme d'une semaine qui a conforté le candidat socialiste, désormais à découvert, dans sa position de favori.

Après son grand discours du Bourget dimanche, le député de Corrèze a présenté jeudi son projet prévoyant 20 milliards de "nouvelles mesures" financées et 29 milliards "d'efforts" pour lutter contre les déficits.

"Il a clairement repris l'offensive et surtout réfuté deux critiques qui lui étaient faites par l'UMP : l'absence de présidentialité, de densité, de capacité à incarner la fonction présidentielle et puis le flou sur les propositions, puisqu'il en a sorti une soixantaine relativement précises", commente Brice Teinturier, de l'institut Ipsos.

La séquence est positivement validée par les sondages, où François Hollande "est maintenant dans la zone des 30-31%, alors que (le centriste) François Bayrou stagne et que Nicolas Sarkozy est à un niveau particulièrement faible en termes d'intentions de vote", souligne le politologue.

Devant tant de points favorables, la droite se déchaîne désormais sur le thème de l'"arrogance" supposée du "candidat normal" autoproclamé.

"François Hollande joue un rôle de composition, il n'est pas lui-même et ça lui donne une suffisance insupportable", dit un ministre. "Il a un côté 'balladurien'. Quelque chose sonne faux, il n'a pas trouvé son personnage de campagne".

Le débat technique et tendu entre François Hollande et Alain Juppé, jeudi soir sur France 2, a été l'occasion d'une attaque du ministre des Affaires étrangères sur ce même thème.

"Si je suis élu, quand je serai élu, comme je suis déjà président de la République... Vous êtes un peu trop sûr d'avoir tourné la page!", a ironisé l'ancien Premier ministre.

Réplique de François Hollande : "En matière d'arrogance, je pense que chacun a à faire son examen de conscience..."

"LE FAVORI DE JANVIER"

En fin de débat, Alain Juppé prévenait : "Le favori de janvier n'a jamais été élu". Réponse de son adversaire : "Je me permets d'être le favori du mois de janvier, on verra bien".

Brice Teinturier tranche : "Il y a des favoris de janvier qui sont vainqueurs en avril, le premier dans la période récente ayant été Nicolas Sarkozy lui-même".

Début 2007, ce dernier dominait en effet déjà son adversaire socialiste Ségolène Royal dans les sondages.

En attendant la candidature du président sortant, qui sera dimanche à la télévision, François Hollande garde profil bas :

"Quand la mayonnaise prend, il faut éviter qu'elle retombe et ça peut tourner (...) Je suis suffisamment expérimenté en politique pour savoir que rien n'est acquis", a dit le député tout en revêtant à plusieurs reprises, sans conditionnel, les habits présidentiels.

Guillaume Peltier, secrétaire national de l'UMP, a comparé dans un communiqué l'émission à "un film en noir et blanc présenté par un réalisateur arrogant, trop arrogant, pensant que le match de la présidentielle qui n'a pas encore commencé est déjà fini, que tout est joué, que les Français l'ont déjà élu à l'Elysée".

Sa collègue Valérie Rosso-Debord ironise : "Il est déjà président! Françaises, Français, inutile de vous rendre aux urnes, l'élection a déjà eu lieu pour le candidat socialiste".

Dans le camp adverse, la députée Delphine Batho évoque la "maîtrise du calendrier, le calme et le sang-froid" de François Hollande, qui "se prépare à diriger la France"

Même s'il a "remporté deux belles batailles cette semaine", il est "beaucoup trop respectueux du jeu démocratique pour vendre une quelconque peau de l'ours avant de l'avoir tué", renchérit une autre porte-parole du candidat socialiste, Najat Vallaud-Belkacem.

Selon elle, François Hollande est "très lucide aussi sur la situation et la fébrilité d'une droite aux abois qui n'hésitera pas à utiliser tous les moyens, même les moins avouables, pour conserver le pouvoir".

A la droite maintenant, de trouver la bonne réplique.

"Le projet socialiste est totalement à coté de la plaque et de ce que la France attend", affirme un ministre. "Est-ce qu'on arrivera à faire passer le message dans les trois mois? C'est le défi".

Avec Emmanuel Jarry et Yann Leguernigou, édité par Patrick Vignal

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