annulation de la mise en examen de martine aubry dans le dossier de l’amiante
annulation de la mise en examen de martine aubry dans le dossier de l’amiante © reuters

Dans un entretien au JDD dimanche, la maire de Lille a demandé au président François Hollande et au Premier ministre Manuel Valls d'engager une "réorientation de la politique économique" plus favorable à la croissance. Faute de quoi, selon elle, la gauche "échouera" en 2017.

A l'issue d'un conseil stratégique consacré à l'attractivité de la France, François Hollande a assuré que "les réformes se poursuivront à un rythme encore accéléré jusqu'à la fin du quinquennat, manière de répondre aux critiques de Martine Aubry.

Plutôt discrète depuis le début du quinquennat, Martine Aubry passe à l'offensive en éreintant dans un entretien au Journal du dimanche la politique économique de François Hollande et de Manuel Valls et en se posant clairement en chef de file des députés PS frondeurs.

Martine Aubry, dans les colonnes du JDD :

Je demande qu'on réoriente la politique économique. (Il faut) emprunter le bon chemin dans les deux ans qui viennent" faute de quoi la gauche va échouer

Si la maire de Lille admet que l'exécutif a accompli quelques "bonnes choses" (elle cite en une petite phrase "le retour de la France sur la scène internationale, les moyens complémentaires donnés à la police, à la justice, à l'éducation, la retraite à 60 ans pour les longues carrière), tout le reste de l'interview est un réquisitoire contre l'action du tandem Hollande-Valls.

Nous avions prévu qu'à mi-mandat, la croissance serait revenue, le chômage en repli et les déficits réduits en deçà de 3 %. Ce n'est pas le cas. Il nous faut trouver au plus vite le bon réglage des politiques économiques qui permettra de sortir la France de la crise. Regardons la vérité en face. La politique menée depuis deux ans, en France, comme presque partout ailleurs en Europe, s'est faite au détriment de la croissance

L'ex-ministre des Affaires sociales du gouvernement Jospin propose de mieux cibler les aides aux entreprises sur celles qui sont exposées à la concurrence internationale et sur celles qui investissent et embauchent. Elle propose également un "plan de soutien à la croissance qui touche les ménages et les collectivités locales" ainsi qu'une fusion du CICE (crédit d'impôt compétitivité emploi) avec le crédit d'impôt recherche. Martine Aubry juge aussi qu'une grande réforme fiscale "est plus que jamais nécessaire pour réconcilier les Français avec l'impôt.

La réponse du Président et du Premier ministre ne s'est pas faite attendre

Manuel Valls, a réagi indirectement dimanche aux propos de Martine Aubry lors d'un forum organisé par le Parti Radical de Gauche, à Paris :

C'est dans la franchise, dans la loyauté, dans l'unité, dans le rassemblement que la Gauche avance au service du pays.

C'est ensuite au tour de François Hollande de répondre -indirectement- à la maire de Lille.

A l'issue d'un conseil stratégique à l’Elysée consacré à l'attractivité de la France, François Hollande a assuré que les réformes se poursuivraient "avec un rythme encore accéléré jusqu'à la fin".

François Hollande

La France a besoin de réformes, non pas réformer pour réformer, mais réformer pour créer davantage de richesses, davantage d'activité, davantage d'emplois et aussi pour attirer davantage d'investisseurs et davantage d'entreprises.

Le président de la République s'exprimait devant un parterre de patrons de grandes entreprises étrangères et en présence du chef du gouvernement Manuel Valls et du ministre de l'Economie Emmanuel Macron. Enumérant les réformes engagées depuis six mois par le gouvernement Valls, François Hollande a présenté comme "une nouvelle étape" le projet de loi de relance de l'activité lancé par le gouvernement qui prévoit notamment un assouplissement du travail du dimanche, l'ouverture des professions réglementées et des mesures en faveur de l'actionnariat salarié.

Pour Ségolène Royal, interrogé sur BFM TV:

"Tout le problème vient du fait que pour l'instant il n'y a pas de résultats. Quand les Français voient qu'il n'y a pas de résultats, ils s'interrogent sur le bien-fondé des décisions prises"

Aubry passe à la vitesse supérieure

Martine Aubry était déjà sortie du bois ces derniers mois en s'insurgeant contre la réforme territoriale et l'abandon de l'encadrement des loyers mais elle semble être passée à la vitesse supérieure. Elle a d'ailleurs lancé une deuxième salve en publiant dans la nuit de samedi à dimanche sur internet (ensemble-reussir.fr) sa contribution aux Etats généraux du PS, où elle plaide pour "une nouvelle social-démocratie", un projet qui n'est, insiste-t-elle, "ni le libéralisme économique, ni le social-libéralisme".

Un texte signé à ce stade par 34 responsables socialistes: des frondeurs comme Jean-Marc Germain et Christian Paul, des présidents de région (Jacques Auxiette, François Bonneau, Marie-Guite Dufay et René Souchon), les ex-ministres François Lamy et Philippe Martin, des présidents de conseils généraux (Matthieu Klein, André Vezinhet) mais aussi des députés non étiquetés "frondeurs".

Mais est-ce le bon timing ?

En décidant de s'exprimer maintenant, l'ex-Première secrétaire du PS ne le fait-elle pas trop tard ? C'est en tout cas l'avis du politologue Gaël Sliman, le président de l'Institut Odoxa .

Martine Aubry aurait été mieux entendue eu moment du remaniement

La Maire de Lille a-t-elle des ambitions gouvernementales ?

Avec cette sortie médiatique, Martine Aubry se pose très clairement en recours à gauche. Pourtant, à la question de savoir quel rôle elle entend jouer dans la seconde moitié du quinquennat de François Hollande, elle répond n'être candidate... "qu'au débat d'idées".

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