[scald=94399:sdl_editor_representation]par Elizabeth Pineau

TULLE, Corrèze (Reuters) - "Merci M. le président". Dans la salle de réunion du Conseil général de Corrèze, une ancienne chapelle au plafond voûté, un élu remercie François Hollande de lui donner la parole pour évoquer le budget du département le plus endetté de France.

Juché à la tribune, le candidat socialiste à l'élection présidentielle déroule l'ordre du jour, prend quelques notes, interpelle les élus par leur prénom, consulte discrètement sous la table ses messages sur son téléphone portable.

Costume sombre, teint hâlé, le député et président du Conseil général de Corrèze semble peu affecté par sa courte nuit qui l'a vu relier Paris, où il était jeudi l'invité du Journal de 20 heures de TF1 et Tulle -à quatre heures de route-, où il vient presque chaque semaine depuis sa première victoire électorale dans cette zone rurale du centre de la France, en 1983.

Entre deux échanges sur l'école et les transports locaux, François Hollande glisse quelques allusions à ses ambitions.

"Ce qui se décidera en France concernera la Corrèze", dit-il. "En étant candidat, j'ai la conviction de changer l'orientation de mon pays mais aussi de servir mon département".

Titillé par l'opposition locale, il ose des formules comme "le président que vous soutenez" en référence à Nicolas Sarkozy, "si ça peut m'aider pour là où je veux aller, tant mieux" ou bien, parlant du frelon asiatique qui menace les abeilles : "Le nuisible n'est pas le même suivant les sensibilités politiques".

Lunettes fumées et caban bleu marine, Bernadette Chirac suit les débats au premier rang. L'épouse de l'ex-président Jacques Chirac, élue de Corrèze, a consenti devant les micros quelques mots sur Nicolas Sarkozy, un homme "très travailleur, très intelligent, remarquable, et qui a l'expérience d'un mandat".

"UN HOMME TRÈS COURTOIS"

De François Hollande, qui lui a serré la main à son arrivée, elle dit qu'il est un "homme très courtois" avec qui elle n'a "que des relations professionnelles".

L'ordre du jour annonce une discussion sur le budget, sujet sensible en Corrèze. "Avec 363 millions (d'euros) de dette, nous n'avons pas le droit d'augmenter d'un euro l'endettement du département", dit François Hollande, qui répète avoir hérité de cette situation à son arrivée à la tête du département en 2008.

Quand on lui demande s'il considère la Corrèze comme une "petite France" qu'il faut gérer avec autant de soin qu'un pays, il sourit : "Une petite France où nous sommes majoritaires!"

Dans les couloirs du Conseil général, les Corréziens ne cachent pas leur fierté de voir de nouveau un des leurs, après Jacques Chirac, susceptible d'entrer à l'Elysée.

"Personnellement, je pense qu'il n'a plus tellement la tête au département", dit un agent croisé à la buvette. "Il n'a pas changé, sauf sur un point: il fait moins de blagues, il a sans doute peur que ça brouille le message".

Sophie Dessus, maire d'Uzerche et vice-présidente du Conseil général, résume : "François Hollande a un peu maigri mais il n'a pas changé".

"Quand on le dit arrogant, ça fait sourire ici. Il a peut-être d'autres défauts mais pas celui-là", ajoute la blonde élue, déjà en lice pour la succession de François Hollande à l'Assemblée nationale s'il accède à l'Elysée.

RÉSISTANCE

Le candidat refuse de brûler les étapes. "Il faut d'abord élire un président", dit-il quand on lui demande ce qu'il pense d'un récent sondage donnant la première secrétaire du PS Martine Aubry favorite des Français pour le poste de Premier ministre.

Dans son bureau décoré d'une Marianne et d'un buste d'Henri Queuille, ancien président du Conseil et figure locale, François Hollande répond aussi à Nicolas Sarkozy, qui l'a traité de menteur la veille en meeting à Annecy : "Je ne veux pas me mettre à ce niveau".

L'agenda chargé du candidat prévoit d'ici samedi soir plusieurs rendez-vous avec la presse locale, le lancement d'un timbre à l'effigie d'Henri Queuille et une visite d'Ussel.

Vendredi après-midi, il a participé à la cérémonie de baptême d'un collège à Allassac en hommage à une "Juste" ayant accueilli une enfant juive pendant la Seconde Guerre mondiale.

La vieille dame de 99 ans, Mathilde Marthe Faucher, a écouté à ses côtés le Chant des partisans et La Marseillaise, en présence de l'ambassadeur d'Israël en France.

Dans son allocution, François Hollande a rendu hommage à la Résistance corrézienne, à laquelle il se réfère régulièrement dans ses discours, et éludé dans un sourire la référence à Dieu faite plus tôt par la fille de Mathilde Faucher.

"Est-ce qu'il y a un Dieu? Je ne répondrai pas cet après-midi, ce serait ou trop court ou trop long", a-t-il dit.

Edité par Yves Clarisse

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