Jacline Mouraud, Ingrid Levavasseur, Christophe Chalençon... Plusieurs figures des "gilets jaunes", dont certaines ne se reconnaissent plus dans le mouvement tel qu'il est aujourd'hui, se présentent ou soutiennent des listes aux municipales. Panorama.

Des ronds-points aux urnes : quels sont les "gilets jaunes" qui tentent l'aventure des municipales ?
Des ronds-points aux urnes : quels sont les "gilets jaunes" qui tentent l'aventure des municipales ? © Getty

Après un an et demi de mobilisation des "gilets jaunes", certaines figures locales ou nationales du mouvement ont décidé de passer par les urnes pour faire entendre leurs revendications, aux municipales de mars. Une grande partie de celles et ceux que nous avons interrogés précisent qu'ils ne se reconnaissent plus dans le mouvement tel qu'il est devenu.

Dans de petites communes ou des villes moyennes, des candidats se revendiquant du mouvement des "gilets jaunes" ont aussi décidé de se présenter ou de s'associer à des listes déjà existantes.

Enfin, les visages connus qui sont toujours investis dans cette contestation, comme Éric Drouet, François Boulo, Jérôme Rodrigues ou encore Priscilla Ludosky, ont répondu à France Inter qu'ils ne souhaitent pas participer aux élections. Nous n'avons pas réussi à joindre Maxime Nicolle.

Jacline Mouraud recalée dans le Morbihan

Jacline Mouraud est apparue sur nos écrans en novembre 2018 avec sa vidéo adressée à Emmanuel Macron. En dépit de ses ambitions, elle ne briguera pas la mairie de Bohal dans le Morbihan, où elle vit depuis cinq ans. Début janvier 2020, le maire sortant avait pourtant annoncé qu'il ne se représentait pas. Ses adjoints avaient appelé aux bonnes volontés pour trouver une tête de liste. Elle raconte à France Inter qu'au printemps 2019, le maire et le premier adjoint étaient même "venus [la] voir en disant qu'ils ne se représentaient pas" et qu'elle allait "pouvoir y aller".

Finalement, les membres de cette unique liste en cours de constitution se sont opposés à sa candidature. "Je pense que je suis trop marquée 'gilets jaunes'", regrette-t-elle estimant toutefois "être la plus modérée de tout ce mouvement". Elle suppose aussi un soupçon "de jalousie et de misogynie" et la crainte que sa présence aux élections ne vienne "déranger un ordre établi" et "des petits arrangements locaux".

Ingrid Levavasseur, confiante aux municipales à Louviers (Eure)

Dans l’Eure, les électeurs retrouvent un visage connu. Très médiatisée au début du mouvement, Ingrid Levavasseur est en deuxième position d'une liste citoyenne à Louviers, sa ville natale. "Changer Louviers" a toutefois reçu le soutien de plusieurs partis (EELV, LFI, PCF, Génération.s, Place publique, Parti animaliste). 

La tête de liste, Philippe Brun, est un magistrat de 28 ans, ancien socialiste, passé par Sciences Po, HEC et l'ENA. Pas question d'y voir une incompatibilité. D'abord spectatrice des réunions de campagne, elle raconte avoir retrouvé "ce pour quoi [elle s'était] battue" : "On a fait une liste sans candidat" désigné au départ, puis "chacun vote à tour de rôle" pour celui ou celle de son choix. "Sur les 33 noms de la liste, 31 personnes n'ont jamais fait de politique auparavant", précise Ingrid Levavasseur qui se dit "armée" face aux commentaires sur sa participation au scrutin. "Quand les gens me parlent, j'arrive à leur faire comprendre que je suis comme eux", se réjouit celle qui travaille toujours à l'Armée du Salut et voit "la misère au quotidien".

Christophe Chalençon veut faire "tout péter" dans le Vaucluse

Très vite contesté dans son propre camp, malheureux aux dernières européennes (0,01 %), l'ancien "gilet jaune" Christophe Chalençon ne se décourage pas. Il est désormais candidat tête de liste à la mairie de Sault, dans le Vaucluse. Dans une interview accordée au Dauphiné libéré, il affirme que son état d’esprit n’a pas changé : il entend “porter les mouvements citoyens, une autre façon de faire de la politique et une autre représentativité”. 

Dans son projet, il suggère que les adjoints et les conseillers "tournent" chaque année et prennent "à tour de rôle" la tête de la mairie. Il dit vouloir "tout péter", "faire sauter" la vision du maire comme celle d'un "seigneur local" et promouvoir les assemblées citoyennes à partir desquelles il portera "une politique voulue par les citoyens".

Dans l'Indre, Jean-François Barnaba veut créer une "liste non partisane"

Jean-François Barnaba, l'un des "gilets jaunes" de la première heure, dans l'Indre, dit ne plus se reconnaître dans le mouvement, "récupéré politiquement" à ses yeux. Il indique à France Inter qu'il constitue actuellement “une liste non partisane”,  en vue de conquérir la mairie de Le Blanc, entre Poitiers et Châteauroux. Aux européennes, il n’avait pas réussi à présenter son mouvement "Jaunes et citoyens", faute de moyens financiers et s'était engagé aux côtés de Florian Philippot dont il s'est depuis détaché.

Sa liste, “Le Blanc Renaissance” porte selon lui, un “espoir de rassemblement, de synthèse” et sans “esprit partisan”. Mais il craint de ne pas pouvoir la boucler, soulignant la difficulté de s’ancrer dans un territoire où il n'est implanté que depuis un an et demi.

À Bordeaux, Antoine Boudinet sur la liste de Philippe Poutou

La Liste “Bordeaux en Luttes” compte dans ses rangs un jeune "gilet jaune" de 27 ans, Antoine Boudinet, membre fondateur du collectif "Mutilés pour l'exemple". En décembre dernier, il a eu la main droite arrachée par une grenade, lors d'une manifestation à Bordeaux. Il est en troisième position de cette liste menée par Philippe Poutou, du Nouveau parti anticapitaliste, avec le collectif "Bordeaux debout".  

Deux identités pour les mêmes revendications, c’est ce qui l'a encouragé à se lancer dans la course aux municipales girondines. Contacté par France Inter, le Basque ne se veut pas être le représentant du mouvement, mais le “relais” entre la réalité de terrain et les citoyens. “Je ne suis pas un politicien, nous garantit-il, et je ne compte pas faire carrière en politique". Lucide, il ne se fait "pas d'illusions : on ne prendra pas la mairie, mais on se fera la voix de l’opposition”, concède-t-il.

À Bobigny, Nissrine Ennahal sur la liste de la France Insoumise

“On est là pour les citoyens et pas pour se remplir les poches, comme certains”, attaque Nissrine Ennahal, faisant référence à ceux qui tiennent la mairie de Bobigny depuis 2014. Aux dernières municipales, c’est Stéphane de Paoli qui a été élu avec la liste de centre droit (UDI), mettant fin à près d'un siècle de règne du Parti communiste à Bobigny.

Deuxième sur la liste La France insoumise, Nissrine Ennahal, proche de Jérôme Rodrigues, tracte pour les municipales sans jamais se séparer de son gilet jaune. Elle se définit comme “apartisane” et souhaite “changer les choses” en se joignant à cette liste qui porte notamment "la fin des privilèges” octroyés aux élus municipaux. Concrètement, ils signeraient "une charte", en vertu de laquelle ils renonceront à certains avantages, tels que "les voitures de fonction ou le badge à essence".

“Si on arrive à changer les choses dans nos propres villes, on peut faire changer les choses à l’échelle nationale”, défend celle qui compte “recréer un lien de confiance” avec les citoyens, se comptant parmi les déçus du système.

À Nantes, des “gilets jaunes” sur la liste soutenue par la France insoumise 

Cinq “gilets jaunes” dont certains assuraient il y a un an qu’ils ne "voteraient plus jamais” se sont engagés aux côtés de la tête de la liste “Nantes en commun”, Margot Medkour, soutenue par la France insoumise. Dans un article de Ouest France, ces "gilets jaunes" se déclarent “tous unis contre un même système”. "Je me sens proche des 'gilets jaunes', le premier mouvement populaire qui se préoccupe de l’écologie et du social", confirme la candidate.

Participantes des assemblées citoyennes, Émilie Chassay, secrétaire de 36 ans et Cécile Marty, sans emploi (47 ans) sont respectivement 15e et 7e sur la liste. Alors qu'elle disait ne plus jamais vouloir voter, Émilie Chassay explique aujourd'hui vouloir se"réapproprier le pouvoir, prendre part aux décisions aux côtés des autres citoyens". Trois autres "gilets jaunes" sont en 8e, 23e et 42e positions. "On est tous unis contre un même système", proclament-ils à Ouest France.

À Grenoble, l'ex-"gilet jaune" Julien Terrier soutient le Vert Éric Piolle

Cet  ex-"porte-voix" du mouvement grenoblois a "raccroché son gilet jaune depuis mars 2019", dit-il à France Inter. Cette fois, ne voyant "aucun retour, après un an et demi de lutte" des "gilets jaunes", il a choisi de s'investir "bénévolement" sur le terrain politique.

Il a rejoint le comité de soutien du candidat Éric Piolle (EELV), à Grenoble. Il ne sera pas sur la liste mais il estime qu'elle est celle qui "correspond le plus à ce [qu'il a] défendu dans la rue le 17 novembre 2018", au tout début de la mobilisation. "Il met en avant la démocratie participative", souligne Julien Terrier qui tient à rappeler que le maire les a "défendus en tant que gilet jaune". Il note également que le candidat a soutenu, dès 2016, l'idée d'un "dispositif d’interpellation et de votation d’initiative citoyenne", comparable selon lui au Référendum d’initiative citoyenne (RIC), une des revendications des gilets jaunes. "Et puis il y a l'enjeu écologique", auquel Julien Terrier est sensible. "Il tente de faire ce qu'il faut, dans la mesure du possible, surtout au niveau des espaces verts et des transports", juge-t-il.

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