De nombreuses voix émergent au sein de l'opposition pour réclamer la tête, qui de Christophe Castaner, qui d'Edouard Philippe ou d'Emmanuel Macron pour montrer aux "gilets jaunes" que leurs revendications et leur mal-être sont entendus.

L'opposition reproche au gouvernement son obstination.
L'opposition reproche au gouvernement son obstination. © AFP

Dissolution de l'Assemblée nationale, démission de Castaner, états généraux du pouvoir d'achat... Au lendemain de la troisième journée de mobilisation des "gilets jaunes" et alors que les rassemblements se sont transformés en scènes de guérilla urbaines dans certaines villes de France, dont Paris, l'exécutif temporise sa réponse.

Emmanuel Macron, de retour du G20 en Argentine, a convoqué en réunion d'urgence à l'Élysée son Premier ministre Édouard Philippe ainsi que le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, son secrétaire d'État Laurent Nuñez et le ministre de la Transition écologique et solidaire, François de Rugy. Une réunion d'une heure et demi de laquelle les membres du gouvernements sont sortis sans s'exprimer sur d'éventuelles mesures ou décisions.

Appel à de nouvelles élections

Mais l'opposition et une partie des "gilets jaunes", mouvement protéiforme sans structure ni leader désigné, réclament d'abord un geste fort au gouvernement, à commencer par un moratoire ou un gel de la hausse des taxes sur les carburants.  Et certains en profitent pour appeler à la dissolution de l'Assemblée nationale ou à la démission du ministre de l'Intérieur.

Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon ont ainsi réclamé dimanche des élections anticipées pour sortir de la crise des "gilets jaunes". "Je ne vois pas, au niveau où nous sommes de la gravité de cette crise politique, comment sortir par le haut, à part en retournant aux urnes", a déclaré la présidente du Rassemblement national sur France 3. "Je pense qu'il faut mettre en oeuvre la proportionnelle et qu'il faut dissoudre l'Assemblée nationale pour qu'il y ait de nouvelles élections à la proportionnelle", a-t-elle ajouté.

Les deux dirigeants, tout comme le président des Républicains Laurent Wauquiez, exigent également l'annulation de la hausse des taxes sur le carburant.

L'option d'une dissolution de l'Assemblée nationale a également été avancée par le chef de file de La France insoumise (LFI).  Entre la légitimité de l'exécutif et celle des "gilets jaunes", "il n'y a qu'une manière de trancher, c'est le vote, alors ça s'appelle la dissolution", a-t-il déclaré dimanche sur BFM TV, en dénonçant l'attitude du gouvernement qui "choisit le pourrissement [au lieu de] choisir l'apaisement".

À gauche, on dénonce aussi à la fois la surdité de l'exécutif et l'incapacité du ministre de l'Intérieur à faire face aux violence. Benoît Hamon, à la tête de Générations, demande la démission de Christophe Castaner.

Le NPA parle de "violences d'État qui sont l'illustration de l'obstination de Macron à ne pas répondre aux revendications populaires". Il demande aux organisations politiques, syndicales et associatives de converger pour épauler les revendications des "gilets jaunes".

Le PCF à l'initiative du patron des députés communistes André Chassaigne va déposer, avec la France insoumise, une motion de censure pour faire tomber le gouvernement. Le PS n'a pas encore donné sa réponse. Il faut les signatures de 58 députés pour qu'une telle motion voit le jour, 289 députés la votant, sur 577, pour qu'elle fasse tomber le gouvernement. Sachant que la majorité dispose de plus de 300 députés, peu de chances que la motion ait la tête d'Edouard Philippe.

Le député LFI François Ruffin est allé plus loin en demandant, dans une déclaration lue à la presse non loin de l'Elysée, la démission d'Emmanuel Macron et son départ "en auto, en moto, à cheval, en trotinette [ou] en hélicoptère". "Il doit partir avant de rendre notre pays fou", a-t-il dit.

Consultation sur la fiscalité écologique ou sur le pouvoir d'achat

Depuis plusieurs jours, Laurent Wauquiez exhorte pour sa part Emmanuel Macron à organiser un référendum sur la hausse de la fiscalité écologique, seul à même selon lui de sortir de la crise actuelle. Cette idée ne fait toutefois pas l'unanimité dans son camp, le président du Sénat, Gérard Larcher, jugeant les délais nécessaires à l'organisation d'un tel vote incompatibles avec l'urgence de la situation. "En tous les cas, le gouvernement n'a pas le droit à un troisième samedi noir", a estimé Gérard Larcher, sans écarter par principe une interdiction de nouvelles manifestations.  

Le patron du PS, Olivier Faure, a réclamé des États généraux sur le pouvoir d'achat. Le NPA, qui parle de "violences d'État qui sont l'illustration de l'obstination de Macron à ne pas répondre aux revendications populaires", demande aux organisations politiques, syndicales et associatives de converger pour épauler les revendications des "gilets jaunes".

Dans Questions politiques ce dimanche, le ministre de la Transition écologique François de Rugy, a affirmé que le gouvernement ne resterait pas "sourd et muet", la priorité étant, selon lui, de maintenir l'ordre et de trouver des solutions permettant d'apaiser les mécontentements.

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