Le Président Emmanuel Macron a convoqué une réunion d'urgence à l'Élysée ce dimanche en fin de matinée, dès son arrivée en provenance du G20 en Argentine. L'exécutif doit décider de la réponse à apporter aux revendications des "gilets jaunes" alors que les mouvements ont été entachés de violences à Paris et en région.

Le chef de l'État s'est rendu à l'Arc de Triomphe, saccagé samedi lors de la troisième journée de mobilisation des "gilets jaunes".
Le chef de l'État s'est rendu à l'Arc de Triomphe, saccagé samedi lors de la troisième journée de mobilisation des "gilets jaunes". © AFP / Geoffroy VAN DER HASSELT

La troisième journée de rassemblement des "gilets jaunes" a fait 263 blessés et donné lieu à 412 interpellations et 378 placements en garde à vue, et marque une nouvelle escalade dans le conflit.

Avant cette réunion d'urgence, le président de la République s'est rendu dimanche matin place de l'Étoile à Paris pour constater l'ampleur des dégradations de l'Arc de Triomphe, théâtre des premières violences samedi, alors que les forces de l'ordre filtraient l'accès sur les Champs-Élysées pour permettre aux "gilets jaunes" de manifester dans un périmètre sécurisé.

Le chef de l'État, tout juste rentré d'un déplacement en Argentine, s'est notamment rendu au pied de la tombe du soldat inconnu, accompagné du ministre de l'Intérieur Christophe Castaner et du secrétaire d'État Laurent Nuñez.

À la mi-journée, Emmanuel Macron a convoqué son Premier ministre Édouard Philippe ainsi que François de Rugy, ministre de la Transition écologique et solidaire, Christophe Castaner et Laurent Nuñez pour tenter de trouver une réponse à un mouvement qui semble avoir échappé à tout contrôle. La commission des lois du Sénat a annoncé de son côté qu'elle entendra "les explications" mardi de Christophe Castaner et son secrétaire d'État Laurent Nuñez.

"Rien à voir avec l'expression d'une colère légitime"

Samedi soir, alors que des voitures brûlaient en plein Paris, Emmanuel Macron a déclaré qu'il "n'accepterait jamais la violence". Selon lui, celle-ci n'a "rien à voir avec l'expression d'une colère légitime", celles des "gilets jaunes" protestant au départ contre la hausse des carburants et la baisse du pouvoir d'achat. 

Tous les membres du gouvernement ont dénoncé des scènes d'émeute et de pillages ainsi que la dégradation de symboles nationaux comme l'Arc de Triomphe.  

Au total, à Paris, 412 personnes ont été interpellées et 378 placées en garde à vue, selon un bilan de la préfecture de police dimanche. 133 personnes ont été blessées, dont 23 membres des forces de l'autre dans ces violences qui ont atteint des proportions inédites à Paris depuis des décennies. Une réunion de crise présidée par la maire de Paris Anne Hidalgo avait lieu dimanche. "Les dégâts sont énormes", selon l'une de ses adjointes, Pauline Véron. 

Des incidents ont également eu lieu en province en marge d'une mobilisation qui, selon le dernier bilan officiel établi dimanche, a rassemblé 136 000 manifestants en France. C'est plus que le 24 novembre, où 106 301 personnes avaient été recensées.

En Haute-Loire, la préfecture a notamment été incendiée après le jet de cocktails molotov.  Dimanche, la zone de péage autoroutier de Narbonne sud a été incendiée. L'autoroute A6 était toujours coupée dimanche matin dans les deux sens entre Mâcon et la jonction avec l'A46 au nord de Lyon.

La gravité des faits a conduit Édouard Philippe à annuler son déplacement en Pologne pour le sommet sur le climat COP 24.  Dans l'immédiat, la réponse de l'exécutif a d'abord été celle de la fermeté. "Les coupables de ces violences [...] veulent le chaos. Ils seront identifiés et tenus responsables de leurs actes devant la justice", a insisté Emmanuel Macron, alors que Benjamin Griveaux et Christophe Castaner n'ont pas écarté la possibilité d'instaurer l'état d'urgence. "Tout ce qui permettra de sécuriser plus, moi je n'ai pas de tabou. Je suis prêt à tout regarder", a dit le ministre de l'Intérieur samedi.  

Quelle réponse au mouvement ?

Mais l'opposition et une partie des "gilets jaunes", mouvement protéiforme sans structure ni leader désigné, réclament d'abord un geste fort au gouvernement, à commencer par un moratoire ou un gel de la hausse des taxes sur les carburants.

À droite, le président des Républicains, Laurent Wauquiez, a réitéré son appel à un référendum sur la politique écologique et fiscale d'Emmanuel Macron. Marine Le Pen, qui demande la dissolution de l'Assemblée nationale, a demandé à être reçue par Emmanuel Macron, avec les autres chefs de partis politiques d'opposition. Si Emmanuel Macron "refuse de dissoudre l'Assemblée Nationale, qu'il présente sa démission. On ne gouverne pas éternellement contre son peuple en République", a estimé le président des Patriotes, Florian Philippot.

À gauche, le patron du PS, Olivier Faure, a réclamé des États généraux sur le pouvoir d'achat. Benoît Hamon, chef de Génération-s, a exigé la démission du ministre de l'Intérieur et demandé un dialogue national avec les "gilets jaunes", les syndicats et les ONG sur le pouvoir d'achat, la répartition des richesses et la transition écologique. Quant à Jean-Luc Mélenchon, le chef de file de la France insoumise, il a appelé à rétablir l'impôt sur la fortune, tout en applaudissant "l'insurrection citoyenne" qui "fait trembler la macronie et le monde du fric"

Face à ces revendications, pour la plupart sur la table depuis plusieurs jours, le gouvernement est resté inflexible. "On a dit que nous ne changerions pas de cap. Parce que le cap est le bon", a répété le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux dimanche. "En revanche, nous avons une méthode plus ouverte de dialogue", a-t-il ajouté, précisant que l'exécutif était "prêt" à discuter. 

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